Describes the preliminary findings of IMF staff at the conclusion of certain missions (official staff visits, in most cases to member countries). Missions are undertaken as part of regular (usually annual) consultations under Article IV of the IMF's Articles of Agreement, in the context of a request to use IMF resources (borrow from the IMF), as part of discussions of staff monitored programs, and as part of other staff reviews of economic developments.

Maroc—Conclusions préliminaires des consultations de 2011 au titre de l'Article IV

Le 19 juillet 2011

Une mission du Fonds monétaire international (FMI) a séjourné à Rabat du 7 au 19 juillet 2011 pour mener les discussions relatives aux consultations au titre de l’Article IV des statuts du FMI. La mission tient à remercier les autorités marocaines de leur excellente coopération et du caractère constructif des discussions.

1. Le Maroc a réussi à faire face avec succès à d’importants défis durant les deux dernières années. Grâce à une gestion macroéconomique prudente et à des réformes politiques, le pays a pu bénéficier de marges de manœuvre suffisantes pour confronter la crise internationale de 2009 et répondre aux mouvements sociaux qui ont affecté une grande partie des pays de la région d’Afrique du Nord et Moyen Orient (MENA) depuis début 2011. Dans ce contexte difficile, le pays a enregistré une bonne performance économique et une amélioration des indicateurs sociaux.

2. Des perspectives à moyen terme relativement favorables bénéficieraient d’une réorientation de certaines politiques macroéconomiques pour assurer des taux de croissance élevés et durables. En effet, le défi principal pour le Maroc demeure d’atteindre un taux de croissance du PIB qui permette la réduction du chômage et l’amélioration du niveau de vie des populations, tout en assurant la stabilité macroéconomique à moyen terme. Depuis début 2011, le fléchissement de la croissance chez les principaux partenaires commerciaux et l’envolée des prix des matières primaires ont entravé quelque peu la gestion des équilibres macroéconomiques. Bien qu’en 2011 les autorités marocaines aient su mettre en place des politiques à court terme pour gérer ces contraintes, en 2012, elles devraient considérer la réorientation des dépenses publiques et retrouver un niveau de déficit budgétaire soutenable à moyen terme qui permettrait une croissance inclusive et durable à moyen terme.

I. Développements récents

3. Le Maroc a réussi dans l’ensemble des performances économiques solides :

• Une forte performance du PIB hors agriculture (PIBHA) : la forte reprise du PIBHA de 4½% en 2010 a été tirée par la bonne performance des secteurs manufacturiers et a permis de compenser une contraction dans le secteur primaire. La poursuite de la bonne performance du secteur non-agricole –y compris le secteur touristique– ainsi qu’une bonne récolte céréalière devraient amener la croissance du PIB global en 2011 à environ 4½-5%.

• Une inflation qui demeure fermement contenue. L’inflation moyenne globale en 2010 s’est maintenue à un niveau très modéré de 1%. En 2011, une bonne campagne agricole et le maintien des prix de certains produits pétroliers et alimentaires malgré l’augmentation des prix internationaux, devraient aider à limiter l’augmentation de l’indice des prix à environ 1½%.

• La croissance du crédit s’est poursuivie dans un contexte de baisse de la liquidité. Le crédit à l’économie a progressé de 7,4% en 2010. Durant les cinq premiers mois de 2011, la croissance du crédit s’est ralentie tandis que les ressources des banques ont été soutenues par la mobilisation de ressources de marché alors que les dépôts de la clientèle ont légèrement baissé. Ce phénomène pourrait s’expliquer par la contraction de la liquidité systémique due à une baisse des avoirs extérieurs et à une augmentation de la monnaie en circulation plus forte que d’habitude durant les cinq premiers mois de 2011. Néanmoins, sur la base de la croissance attendue du PIB et de M3, le crédit pourrait augmenter d’environ 6,2% en 2011. Les autorités attendent une progression du crédit entre 6 et 8% en 2011. La projection des services du FMI, d’environ 6,2%, se situe dans cette fourchette.

• Une légère détérioration de la balance externe due à un choc adverse des termes de l’échange. La mission estime que le déficit de compte courant pourrait augmenter et se situer à environ 5% du PIB à fin 2011. Le bon comportement des exportations marocaines, y compris les phosphates et ses dérivés, ainsi que l’augmentation des recettes du tourisme et les transferts de marocains résidant à l’étranger ne pourront pas compenser l’augmentation des importations due à la hausse des cours internationaux des produits pétroliers et alimentaires. Les réserves internationales brutes devraient diminuer légèrement à fin 2011, mais demeureront à un niveau confortable, en se situant légèrement au-dessus de 5 mois d’importations de biens et services.

• Une aggravation du déficit budgétaire causée par la forte augmentation des dépenses. Le déficit budgétaire pourrait atteindre 5½-6% du PIB dû à une hausse des dépenses de 3% du PIB par rapport au budget 2011, qui résulterait principalement de l’augmentation des charges de compensation des prix des produits pétroliers et certains produits alimentaires.

II. Contexte International et Perspectives à Moyen Terme

4. La reprise économique internationale de 2010 a soutenu en partie la relance de la croissance au Maroc mais de nouveaux risques sont apparus en 2011. La croissance mondiale continue à être plus soutenue mais le ralentissement de la croissance semble se confirmer pour un certain nombre de pays de la zone Euro, le principal partenaire commercial du Maroc. D’autre part, la persistance des prix élevés des matières premières, le contexte régional et l’instabilité financière internationale ajoutent des incertitudes aux perspectives économiques.

5. Le Maroc devrait continuer à enregistrer une performance économique solide. La croissance du PIBHA devrait atteindre environ 5% et contribuer à une croissance du PIB global qui devrait atteindre 4½-5% en 2011. A moyen terme, le taux de croissance pourrait atteindre 6% mais ceci dépendra dans une large mesure de la poursuite de la mise en œuvre du programme de réformes structurelles et le maintien de la stabilité macroéconomique. A cet effet, les autorités ont pour objectif de ramener le déficit budgétaire à moyen terme à environ 3% du PIB ce qui permettrait de ramener l’endettement total du Trésor à environ 50% du PIB. Cela se traduirait par une décélération des importations, en particulier des produits énergétiques, due en partie à la rationalisation de la consommation, et des biens à la consommation qui pourrait ramener le déficit du compte courant à environ 2½% du PIB en 2016.

III. Politiques Macroéconomiques et structurelles

A. Politique budgétaire

6. En 2011, l’augmentation de certains types de dépenses suite aux mesures adoptées par les autorités pour répondre aux revendications sociales se traduira par une hausse de la dépense totale de 1½% du PIB. Assurer la stabilité des prix pour certains produits alimentaires et pétroliers dans un environnement de fortes hausses des cours internationaux de matières premières fera augmenter le coût des subventions à ces produits à environ 5½% du PIB en 2011, un écart considérable par rapport au 2,1% du PIB estimé dans le budget de 2011. De même, la hausse des salaires de la fonction publique pourrait augmenter le coût de la masse salariale de 0,2% du PIB pour atteindre 10,7% du PIB.

7. Des mesures de réorientation de la politique budgétaire en 2011 équivalentes à 2% du PIB permettront d’atteindre un déficit budgétaire d’environ 5,7% du PIB. Etant donnée l’importance de signaler la volonté de maîtriser les équilibres budgétaires, la mission considère qu’il existe peu de marges pour de nouvelles mesures d’augmentation des dépenses publiques. Les efforts pour augmenter les recettes se sont intensifiés et le recouvrement des recettes à fin juin 2011 a dépassé–grâce aux impôts indirects les montants initialement budgétisés dans la loi de finances 2011. Ces efforts devraient se poursuivre pendant la deuxième partie de l’année et devraient permettre une augmentation du recouvrement des recettes de 1% du PIB par rapport au budget 2011. Par conséquent, les recettes totales devraient se maintenir au même niveau qu’en 2010, à environ 25% du PIB. Du côté des dépenses, l’ensemble des services ont été sollicités pour économiser 10% de leurs allocations budgétaires pour certaines dépenses de fonctionnement nonessentielles. Par ailleurs, les transferts budgétisés à certaines entités publiques avec des excédents importants de trésorerie seront réduits tout en maintenant la capacité de dépense des ces entités. Ces deux dernières mesures devraient générer une épargne de plus de 1% du PIB par rapport au budget 2011. En outre, si les élections ont lieu en 2011, leur coût sera absorbé dans le cadre de l’enveloppe budgétaire existante.

8. Suite aux efforts pour limiter l’étendue de l’expansion budgétaire en 2011, les autorités s’apprêtent à adopter des mesures fermes de consolidation à partir de 2012. Les autorités ont l’intention de poursuivre des mesures budgétaires visant à ramener le déficit à environ 3% du PIB dans le moyen terme ce qui permettrait de converger vers un niveau d’endettement total du Trésor de l’ordre de 50% du PIB. Par ailleurs, l’article 77 de la nouvelle constitution et le projet de la loi organique des finances consacrent le principe de la préservation des équilibres des finances publiques. En l’absence de mesures correctives, le déficit budgétaire pourrait atteindre 6½-7½% du PIB et par conséquent le niveau d’endettement public continuerait à augmenter.

9. Pour atteindre cet objectif budgétaire, les autorités sont prêtes à relancer et accélérer les réformes suivantes :

• Augmenter les recettes. Les autorités ont l’intention de poursuivre leurs efforts de mobilisation des ressources en (i) élargissant l’assiette fiscale ; et (ii) en améliorant l’administration des impôts. Les recettes non-fiscales devraient aussi s’améliorer grâce à des contributions plus importantes des entreprises publiques au budget, ces entreprises devraient enregistrer une meilleure performance grâce notamment à l’évolution positive du contexte économique international. La mission considère que la réforme de la TVA devrait assurer le maintien–voire l’augmentation–des recettes au titre de cet impôt. Ceci et les autres réformes maintiendraient ou même augmenteraient les recettes en dépit de la baisse des recettes douanières due à la poursuite de la libéralisation commerciale.

• Maîtriser et rationaliser la dépense. Une réforme de la fonction publique devrait ramener la masse salariale à environ 10% du PIB dans les prochaines années. De même, une réforme de subventions aux produits pétroliers remplaçant la subvention universelle par un programme de transferts ciblés réduirait sensiblement la charge budgétaire et éliminerait les vulnérabilités des finances publiques face aux fluctuations des cours internationaux de matières premières tout en rationalisant la consommation.

• Améliorer l’efficacité de la dépense. Les autorités voudraient aussi atteindre une plus grande efficacité des investissements publics en améliorant les procédures pour la sélection des projets et en permettant une plus grande participation du secteur privé y compris dans le secteur des infrastructures publiques. Ceci et la réforme de la compensation donneraient plus de marges de manœuvre budgétaires pour augmenter les dépenses sociales notamment en matière de santé et d’éducation.

• Assurer la pérennité du système de retraites publiques. D’après les dernières projections actuarielles, les caisses des retraites publiques devront bientôt commencer à utiliser leur capital de base pour financer le paiement des retraites ce qui souligne le besoin d’adopter des mesures pour assurer la durabilité du système publique des retraites. La mise en œuvre de l’augmentation graduelle de l’âge de retraite et des contributions, accompagnée d’une révision du salaire de base utilisé pour le calcul de la pension de retraite, assurerait quelques années supplémentaires de durabilité financière avant l’introduction d’une réforme plus large du système qui devrait comprendre la réforme du système fondée sur la combinaison d’un système à répartition obligatoire, et un système par capitalisation qui comprenne une composante obligatoire et une composante facultative.

IV. Politique monétaire et de change

10. La politique monétaire a maintenu le taux d’inflation en ligne avec les objectifs de Bank Al-Maghrib (BAM). La non-répercussion de la hausse des prix internationaux de certaines matières premières a aussi contribué à préserver la stabilité des prix. Dans le cadre d’un taux de change fixe et du contrôle partiel des capitaux, la gestion efficace de la liquidité par BAM a permis de maintenir le taux d’intérêt au jour le jour (cible opérationnelle) proche du taux de référence de BAM qui est demeuré inchangé à 3,25% depuis mars 2009. BAM a baissé le taux de la réserve obligatoire de 16½% à 6% depuis 2008 et retiré les comptes sur carnets de l’assiette de la réserve obligatoire en avril 2011 pour libérer 4,6 milliards de Dirhams pour les banques.

11. Les autorités monétaires disposent des moyens et des capacités pour le passage à un régime formel de ciblage de l’inflation et de taux de change plus flexible. En effet, BAM dispose de l’indépendance, de l’expertise, des ressources statistiques nécessaires, d’un éventail complet d’instruments, ainsi que des réserves de change confortables. La supervision bancaire pour la maîtrise du risque est efficace et l’exposition en devises est limitée. Cependant, les autorités considèrent que cette transition est nécessaire pour assurer la soutenabilité des finances publiques et maintenir la stabilité financière, ainsi que des marchés interbancaires en monnaie locale et devises plus actifs et l’adaptation du cadre opérationnel de la politique de change pour des interventions actives de BAM sur le marché des changes. La mission considère qu’à court terme, le développement du marché des changes serait aidé par l’élargissement du « spread » de la banque centrale de 0,6% à au moins 2% (la norme du FMI pour les régimes de change fixe conventionnel) pour encourager le développement des transactions de change entre banques.

12. L’analyse par les services du FMI du taux de change réel du Maroc fondée sur les trois méthodologies du Groupe consultatif sur les taux de change (CGER) obtient des résultats mitigés. En effet, cette analyse estime que l’écart par rapport au taux d’équilibre varie considérablement entre les trois méthodologies utilisées. Cependant, et malgré la dépréciation du taux du change effectif réel d’environ 4% en 2010, la mission estime que l’évolution du solde du compte courant depuis 2007 pourrait signaler une certaine érosion de la compétitivité extérieure de l’économie marocaine. Un régime de taux de change flexible et la poursuite de réformes structurelles contribueraient à soutenir la compétitivité et donner plus de marges de manœuvre à la politique économique.

V. Secteur financier

13. Le secteur financier marocain a connu un fort développement mais la continuation de sa croissance nécessitera la mobilisation de ressources supplémentaires. Le secteur bancaire a atteint une taille importante, dépassant 120% du PIB, soutenu par les dépôts des marocains résidant à l’étranger et la constitution de réseaux bancaires en Afrique par les banques marocaines. La bourse de Casablanca est désormais l’une des plus capitalisées et diversifiées en terme de secteurs en Afrique. Les autorités ont pris des mesures pour encourager la bancarisation et l’épargne pour soutenir la mobilisation des dépôts bancaires qui tend à se ralentir et pour développer les marchés (développement de la courbe des taux et titrisation) de manière à faciliter la gestion-actif passif des banques dont les taux d’emploi dépassent 100% en moyenne.

14. La politique de renforcement des fonds propres de base a porté ses fruits. Le ratio de solvabilité du système s’établit à 12,3% à fin 2010, en augmentation par rapport à 11,8% en 2009, et les créances douteuses ont continué leur tendance à la baisse passant de 6,1% du total des crédits en 2008 à 4,8% en 2010. Cependant, la qualité du crédit semble avoir connu une légère détérioration depuis 2009 comme le suggère l’augmentation du coût du risque. Le renforcement des fonds propres de base sera poursuivi, en particulier pour les établissements qui n’ont pas atteint le seuil de 9% des risques ciblé par BAM.

VI. Politiques sociales et structurelles

15. Les autorités continuent leurs efforts dans la mise en œuvre d’un programme ambitieux de réformes structurelles pour augmenter la compétitivité de l’économie. En effet, la bonne performance économique de la dernière décennie est largement due aux réformes dans les secteurs économiques clés (comme le secteur financier et les entreprises publiques), et aux efforts pour améliorer le climat des affaires qui demande encore des améliorations significatives. Les autorités continuent de mettre en place des réformes visant à créer un secteur privé plus dynamique et assurer une contribution plus efficace de l’investissement privé à la croissance. Ces efforts faciliteraient une plus grande diversification de l’économie, la création d’emploi et la réduction du chômage. Celui-ci, malgré d’importants progrès, se situe à 9% et demeure très élevé chez les jeunes, les diplômés et les femmes. Dans ce contexte, des réformes visant une plus grande flexibilité du marché du travail semblent essentielles. Par ailleurs, en fin 2009 les autorités ont créé, en partenariat avec le secteur privé, le Comité National de l’Environnement des Affaires (CNEA) pour accélérer l’identification et la mise en œuvre des réformes liées au climat des affaires. De même, un nouveau cadre juridique est en train d’être développé pour promouvoir la création de partenariats publics-privés (PPP).

16. Les autorités ont continué à soutenir des politiques sociales cohérentes qui ont permis entre autres une baisse de 6½% du taux de pauvreté entre 2000 et 2008 et une amélioration des indicateurs sociaux. Ces efforts devraient être renforcés par une réorientation des politiques budgétaires qui donnerait plus de marge pour augmenter les dépenses de santé et d’éducation. De même, ces politiques sociales visent à une meilleure distribution de la richesse et à un développement régional plus équitable. Dans ce cadre, il faut noter le succès de l’Initiative Nationale de Développement Humain et la récente extension de la couverture médicale aux populations défavorisées (programme RAMED). Ces efforts seront poursuivis dans le cadre de la régionalisation avancée.

17. La réforme constitutionnelle contribuera aux efforts d’approfondissement des réformes structurelles et à stimuler la croissance à moyen terme. La nouvelle constitution permettra de développer un cadre juridique et institutionnel pour consolider les progrès de la gouvernance, la transparence dans la gestion des comptes publics, le climat des affaires, le développement du secteur privé et l’égalité des hommes et des femmes. Ceci devrait soutenir l’augmentation du niveau de vie des populations et le potentiel de croissance.

VII. Conclusion

18. Les politiques macroéconomiques prudentes de la dernière décennie ont permis au Maroc d’avoir des marges de manœuvre suffisantes pour affronter les dernières crises. Néanmoins, pour atteindre un taux de croissance élevé et durable à moyen terme, les autorités devront adopter des mesures vigoureuses de réorientation de la politique budgétaire et redoubler leurs efforts pour améliorer le climat des affaires. Comme à l’accoutumée, les services du FMI se tiennent prêts à appuyer les efforts de réformes des autorités et à maintenir un dialogue continu.



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