Le FMI conclut les consultations de 2009 au titre de l’article IV avec le Canada

Note d’information au public (NIP) n° 09/66
22 mai 2009

Les notes d'information au public (NIP) s’inscrivent dans le cadre des efforts que déploie le FMI pour promouvoir la transparence de ses prises de position et de son analyse de l’évolution et des politiques économiques. Les NIP sont diffusées avec le consentement des pays concernés, à l’issue de l’examen par le Conseil d’administration des rapports sur les consultations au titre de l’article IV avec les pays, de la surveillance de l’évolution économique à l’échelle régionale, du suivi post-programme et des évaluations ex post de la situation des pays membres où le FMI a appuyé des programmes sur une longue durée. Les NIP sont aussi diffusées à l’issue de l’examen des questions de politique générale par le Conseil d’administration, sauf si le Conseil en décide autrement.

Le 11 mai 2009, le Conseil d’administration du Fonds monétaire international (FMI) a conclu les consultations au titre de l’article IV avec le Canada1.

Informations générales

Le Canada a abordé la crise armé de solides atouts : fort cadre macroéconomique, réglementation financière rigoureuse et entreprises au bilan robuste. Jusqu’à la fin 2007, la mise en œuvre de saines politiques macroéconomiques et financières et l’essor du marché des matières premières se sont soldés par une croissance vigoureuse, une inflation stable, un budget et un compte courant excédentaires, un chômage historiquement faible et une conjoncture financière stable. La crise a toutefois eu une incidence notable sur la situation économique et financière du Canada du fait de son ouverture aux flux commerciaux et financiers.

Le PIB réel s’est contracté de 3,4 % (en taux annuel corrigé des variations saisonnières) au quatrième trimestre de 2008, après les faibles résultats enregistrés dans le courant de l’année, sous l’effet d’une compression de 5 % de la demande intérieure, conséquence d’une détérioration brutale des termes de l’échange, des conditions de crédit, des cours boursiers et de l’emploi. Le solde net du commerce extérieur a contribué de façon positive à la croissance, la chute des importations ayant été plus forte que celle des exportations. L’économie s’est contractée davantage au début de 2009, en raison du net ralentissement de l’activité aux États-Unis et du resserrement des conditions financières, mais elle devrait connaître un rebond modéré dans le courant de l’année sous l’effet d’une relance budgétaire et monétaire. Le PIB devrait perdre 2½ % en glissement annuel en 2009, avant de connaître une certaine reprise à un taux de 1,2 % en 2010. Le chômage devrait atteindre un pic décennal d’environ 9¼ % au milieu de 2010, tandis que l’élargissement de l’écart de production devrait amortir les tensions sur les prix, l’inflation globale se situant à une moyenne proche de zéro en 2009.

À la fin 2008, pour la première fois en dix ans, le solde des transactions courantes du Canada est devenu négatif, suite à une chute de plus de 30 % des termes de l’échange (c.v.s.) et au repli de quelque 20 % des exportations réelles (c.v.s.). Ce dernier phénomène était principalement imputable à la forte détérioration des échanges de produits manufacturés provoquée par le ralentissement de l’activité aux États-Unis et l’impact de l’appréciation qu’avait enregistré la monnaie. Le dollar canadien a joué un rôle effectif d’amortisseur, épousant les tendances des cours des matières premières : il a ainsi connu une appréciation de 35 % en termes effectifs réels lorsque les cours s’inscrivaient en hausse (de 2002 à 2007) et une dépréciation de 12 % au quatrième trimestre 2008.

La Banque du Canada a réduit les taux directeurs de 425 points de base depuis décembre 2007, les ramenant à ¼ % — bas historique et valeur plancher —, et injecté des liquidités au moyen de mécanismes adaptés. Elle s’est engagée à maintenir le taux d’intérêt directeur à son niveau actuel jusqu’à la fin du deuxième trimestre 2010 (pour autant que le permettent les perspectives d’inflation), et a allongé les échéances de ses instruments de prise en pension. Elle a par ailleurs annoncé un dispositif d’assouplissement quantitatif et d’assouplissement direct du crédit, qui serait mis en marche si les risques baissiers sur la croissance se matérialisaient. L’opportunité de ces mesures novatrices devrait être évaluée à chaque réunion de politique monétaire, en tenant dûment compte des risques pesant sur le bilan de la Banque et de la stratégie de sortie.

S’appuyant sur les mesures permanentes d’allégement fiscal annoncées en octobre 2007, les autorités ont présenté un nouveau plan de relance d’environ 2,8 % du PIB en janvier 2009. Si l’on prend en compte les mesures supplémentaires au niveau provincial qui ont été annoncées à la suite du budget fédéral, ces mesures de relance sont parmi les plus importantes des pays du G-20. Le plan de relance mise principalement sur les dépenses d’infrastructure, l’appui aux secteurs vulnérables, le renforcement des dispositifs de protection sociale et des programmes de reconversion professionnelle, ainsi que des réductions d’impôts et des incitations fiscales. La mise en œuvre de ce plan fait l’objet d’un suivi sous la forme de revues trimestrielles du parlement. Le ralentissement de l’économie et le plan de relance auront pour effet de mettre fin à 11 années successives d’excédents budgétaires qui ont permis au Canada d’afficher le ratio dette/PIB le plus faible des pays du G-7.

Le système financier est parvenu à enrayer les tensions systémiques dans un contexte de turbulence mondiale, grâce en grande partie à une supervision et une réglementation solides. Aucune institution n’a fait faillite ni fait appel à des fonds publics. Les banques ont par ailleurs mobilisé des capitaux sur les marchés (à un coût certes élevé). Malgré cette capacité d’adaptation, la crise a creusé les écarts de taux interbancaires, les conditions de crédit se sont durcies et les coûts d’emprunt se sont sensiblement accrus. Par ailleurs, la chute des marchés boursiers a mis à rude épreuve les compagnies d’assurance-vie, les caisses de retraite et les fonds de placement. Cependant, depuis le début de l’année, la situation s’est généralement améliorée au Canada.

Les autorités ont fait preuve d’initiative pour préserver la stabilité financière. Elles ont mis à la disposition des banques et compagnies d’assurance des instruments de garantie des emprunts de gros, acheté des titres adossés à des prêts hypothécaires afin de dissiper les tensions sur les liquidités et annoncé d’autres mesures de soutien en faveur de certains marchés de crédit. Elles ont en outre reçu le mandat de procéder à des injections de capitaux publics et à la création, par la Société d’assurance-dépôts du Canada, d’une banque relais, le cas échéant.

Évaluation par le Conseil d’administration

Les administrateurs ont félicité le Canada de ses résultats macroéconomiques remarquables, de la solidité de son cadre d’action et de sa démarche anticipatoire face à la crise. Grâce à tous ces éléments, le Canada est mieux équipé que la plupart des pays pour surmonter la crise financière mondiale et les tensions financières y sont nettement moins graves qu’ailleurs. Les administrateurs ont toutefois observé que les perspectives économiques à court terme s’annoncent difficiles en raison de la forte dégradation de la conjoncture mondiale et des liens étroits du Canada avec le reste du monde. Ils estiment que la balance des risques, notamment en raison des liens macrofinanciers, est orientée à la baisse et ils ont appelé les autorités à rester vigilantes et à se tenir prêtes à agir si les risques peu probables se matérialisent.

Dans ces conditions, les administrateurs se sont félicités que la Banque du Canada ait résolument assoupli sa politique monétaire, adapté ses mécanismes et annoncé récemment la création d’un dispositif pour mener une politique monétaire à faible taux d’intérêt. Ils partagent l’avis selon lequel la poursuite d’une politique monétaire très accommodante dans l’avenir envisageable limitera les risques de ralentissement de la croissance économique et les risques d’inflation, tout en continuant à promouvoir la stabilité financière. Les administrateurs ont jugé approprié le maintien d’une communication claire pour souligner l’engagement de poursuivre durablement une politique monétaire accommodante. Dans un scénario où les risques de dégradation de la situation l’emporteraient, la Banque du Canada pourrait opter pour de nouvelles mesures novatrices, en accordant l’attention voulue à la stratégie de sortie et à la solidité de son bilan.

Les administrateurs ont convenu que, compte tenu de l’ouverture du Canada aux flux commerciaux et financiers internationaux, la politique de flottement libre du taux de change a continué de bien servir les intérêts du pays. En particulier, le taux de change souple a joué un rôle efficace d’amortisseur dans le contexte de fluctuations très prononcées des cours des matières premières. Ils ont pris note de l’évaluation des services du FMI, selon laquelle la valeur du dollar canadien, qui a diminué avec la baisse des cours des matières premières, est globalement conforme aux fondamentaux de l’économie.

Les administrateurs ont félicité les autorités de leur ambitieux plan de relance budgétaire, qui met à profit la marge de manœuvre dégagée par les bons résultats budgétaires antérieurs, et ont convenu qu’à court terme elles devaient concentrer leur attention sur sa mise en œuvre. Ils estiment que le plan fédéral de relance a été adopté en temps opportun, qu’il a l’ampleur voulue, qu’il est diversifié et bien structuré, et qu’il comporte des mesures propres à faciliter la redistribution de la main-d’œuvre et à protéger les populations vulnérables. Le suivi trimestriel sera utile pour évaluer l’exécution et l’efficacité des dépenses budgétaires. Les administrateurs ont aussi félicité le Canada de continuer à libéraliser son régime de commerce en abaissant les droits de douane.

Les administrateurs ont convenu que le Canada serait bien placé pour participer à un nouvel effort de relance concerté au niveau international, si les circonstances l’exigeaient. Compte tenu de la solidité des finances publiques du Canada, dont le ratio dette/PIB est le plus faible des pays du G-7, et de la volonté affirmée des autorités de dégager des excédents structurels à moyen terme, une nouvelle expansion budgétaire ne menacerait pas la viabilité de la dette. Il importerait de veiller à ce que les nouvelles mesures éventuelles puissent être appliquées rapidement et prendre fin d’elles-mêmes. Entretemps, les administrateurs considèrent qu’il y a lieu de laisser jouer les stabilisateurs automatiques.

Se projetant au-delà de la crise, les administrateurs ont salué l’objectif des autorités de préserver la crédibilité budgétaire du Canada. Ils estiment que, dans cette optique, il sera possible de recalibrer les objectifs d’endettement une fois que les perspectives se seront éclaircies. La réduction future de la dette permettrait aussi de dégager l’espace budgétaire nécessaire pour financer les coûts futurs liés au vieillissement de la population et aux soins de santé.

Les administrateurs ont noté la solidité des banques canadiennes par rapport à leurs homologues internationales, en observant qu’aucune banque canadienne n’avait eu besoin d’injections de capital public ou de garanties de l’État. La limitation stricte du recours à l’effet de levier, la réglementation rigoureuse des ratios de fonds propres, une supervision efficace et une coopération harmonieuse entre les différents organismes de réglementation sont autant de facteurs qui ont contribué à la stabilité financière. Les administrateurs ont félicité les autorités d’avoir agi en amont pour préserver la stabilité financière, notamment en créant des facilités pour injecter du capital et fournir des garanties en cas de besoin. Ils ont invité les autorités à ne pas baisser la garde compte tenu des aléas entourant le cycle actuel du crédit. La vigilance sera particulièrement de mise en ce qui concerne l’exposition des secteurs touchés par l’évolution défavorable des cours des matières premières, les institutions non bancaires telles que les compagnies d’assurance et les caisses de retraite, et les ménages très endettés, en accordant une attention spéciale aux retombées entre institutions. À plus long terme, la consolidation de la réglementation des titres voulue par le gouvernement contribuerait aussi à préserver la stabilité financière.


Canada : Principaux indicateurs économiques 1/
(Variation annuelle en pourcentage, sauf indication contraire)

 

 

2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010
 

PIB réel

1,9 3,1 2,9 3,1 2,7 0,5 -2,5 1,2

Exportations nettes 2/

-2,5 -0,9 -1,7 -1,3 -1,5 -1,9 0,4 -0,1

Demande intérieure totale

4,6 4,2 4,8 4,7 4,3 2,4 -3,2 1,3

Demande intérieure finale

3,7 3,9 4,4 4,8 4,2 2,5 -2,8 1,2

Consommation privée

3,0 3,3 3,7 4,3 4,5 3,0 -2,3 0,7

Consommation publique

3,1 2,0 1,5 3,8 3,7 3,4 2,1 2,6

Investissement intérieur fixe privé

6,3 8,0 8,9 7,1 3,4 0,0 -11,1 -0,3

Taux d’investissement privé (en % du PIB)

17,2 17,8 18,6 19,5 19,6 19,4 18,6 18,1

Investissement public

5,4 6,3 11,0 6,7 7,8 5,7 10,4 8,9

Variation du stock des entreprises 2/

0,8 0,1 0,3 -0,1 0,1 -0,1 -0,4 0,0

PIB (prix courants)

5,2 6,4 6,3 5,7 5,9 4,4 -3,9 2,5

Emploi et inflation

               

Taux de chômage

7,6 7,2 6,8 6,3 6,0 6,2 8,4 8,8

Indice des prix à la consommation

2,7 1,8 2,2 2,0 2,1 2,4 0,0 0,5

Déflateur du PIB

3,3 3,2 3,4 2,5 3,1 3,8 -1,4 1,3

Taux de change (moyenne pour la période)

               

Cents É.U./Dollar canadien

0,72 0,77 0,83 0,88 0,94 0,94 0,80 0,79

Pourcentage de variation

12,3 7,6 7,2 6,8 6,1 0,8 -15,3 -1,2

Taux de change effectif nominal

10,5 6,2 7,0 6,8 5,0 -0,2 ,,,

Taux de change effectif réel

11,1 5,5 6,1 5,9 4,4 -1,6 ,,,

Indicateurs de politiques financières (base comptes nationaux, en % du PIB)

 

Solde budgétaire fédéral

0,3 0,8 0,1 0,7 1,0 0,2 -2,0 -2,4

Solde budgétaire des provinces 3/

-1,2 -0,7 0,6 -0,2 -0,3 -0,4 -1,8 -1,5

Administrations publiques

-0,1 0,9 1,5 1,3 1,4 0,4 -3,4 -3,6

Bons du Trésor à trois mois

2,9 2,2 2,7 4,0 4,2 2,4 0,5 0,6

Rendement des obligations à dix ans

4,8 4,6 4,1 4,2 4,3 3,6 2,7 2,8

Balance des paiements

               

Solde des transactions courantes (en % du PIB)

1,2 2,3 1,9 1,4 0,9 0,6 -0,9 -0,7

Balance des marchandises (en % du PIB)

4,6 5,1 4,5 3,4 3,1 2,9 1,1 1,5

Exportations en volume

-2,1 5,2 2,0 0,9 1,4 -5,0 -14,5 0,6

Importations en volume

3,1 8,5 7,6 5,0 5,4 1,0 -16,0 1,3

Balance des invisibles (en % du PIB)

-3,4 -2,8 -2,6 -2,0 -2,2 -2,3 -2,0 -2,2

Épargne et investissement (en % du PIB)

               

Épargne nationale brute

21,2 23,0 23,9 24,3 24,1 23,7 21,6 21,6

Administrations publiques

2,3 3,5 4,4 4,3 4,5 3,7 0,5 0,6

Privé

18,9 19,6 19,5 20,0 19,7 20,0 21,1 21,1

Particuliers

4,5 4,8 4,1 4,7 4,5 5,2 7,6 7,8

Entreprises

14,5 14,7 15,4 15,4 14,7 14,9 13,5 13,3

Investissement intérieur brut

20,0 20,7 22,0 20,9 23,3 23,0 22,5 22,3
 

Sources : Statistique Canada et estimations des services du FMI.
1/ Données disponibles au 16 avril 2009.
2/ Contribution à la croissance.
3/ Comprend les administrations locales et les hôpitaux. 


1 Conformément aux dispositions de l'article IV de ses Statuts, le FMI procède, habituellement chaque année, à des consultations bilatérales avec ses membres. Une mission des services du FMI se rend dans le pays, recueille des données économiques et financières, et s'entretient avec les responsables nationaux de l'évolution et des politiques économiques du pays. De retour au siège, les membres de la mission rédigent un rapport qui sert de cadre aux délibérations du Conseil d'administration. À l'issue de ces délibérations, le Directeur général, en qualité de Président du Conseil d'administration, résume les opinions des administrateurs, et ce résumé est communiqué aux autorités du pays.



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