Le FMI conclut les consultations de 2008 au titre de l’article IV avec Djibouti

Note d’information au public (NIP) n° 09/81
Le 9 juillet 2009

Les notes d'information au public (NIP) s’inscrivent dans le cadre des efforts que déploie le FMI pour promouvoir la transparence de ses prises de position et de son analyse de l’évolution et des politiques économiques. Les NIP sont diffusées avec le consentement des pays concernés, à l’issue de l’examen par le Conseil d’administration des rapports sur les consultations au titre de l’article IV avec les pays, de la surveillance de l’évolution économique à l’échelle régionale, du suivi post-programme et des évaluations ex post de la situation des pays membres où le FMI a appuyé des programmes sur une longue durée. Les NIP sont aussi diffusées à l’issue de l’examen des questions de politique générale par le Conseil d’administration, sauf si le Conseil en décide autrement.

Le 17 septembre 2008, le Conseil d’administration du Fonds monétaire international (FMI) a conclu les consultations au titre de l’article IV avec Djibouti1.

Informations générales

Les résultats macroéconomiques de Djibouti se sont améliorés sensiblement, mais les tensions inflationnistes s’accentuent. La croissance du PIB réel s’est accélérée pour atteindre 5,3 % en 2007, portée principalement par l’investissement direct étranger, qui se concentre dans le bâtiment et les services portuaires, alors que la contribution des services publics au PIB réel est tombée à 14,5 %. La part de l’investissement dans le PIB a augmenté pour avoisiner 42 %. Cette expansion rapide, conjuguée à l’envolée des prix des importations de produits alimentaires et de pétrole, a fait passer l’inflation de 3,5 % en 2006 à 13,9 % en glissement annuel en juin 2008. Les autorités ont réagi en éliminant la taxe à la consommation sur cinq produits alimentaires de base, et se sont accordés avec les importateurs et les détaillants pour plafonner leurs marges bénéficiaires sur ces produits et d’autres produits de base.

Le déficit budgétaire global est resté voisin de 2,6 % du PIB en 2007, alors même que le déficit budgétaire de base (hors recettes et dépenses financées sur ressources extérieures) est tombé de 7,2 % en 2006 à 4,9 % en 2007. Les recettes fiscales ont diminué d’environ 1 % du PIB, en raison des exemptions accordées aux nouveaux investissements et à la faible création d’emplois. Cette baisse a été compensée par un recouvrement exceptionnel d’impôts en retard. Le recul des dépenses courantes de 30 % du PIB en 2006 à environ 26,5 % en 2007 a été plus que compensé par une forte hausse (3,7 % du PIB) de l’investissement public. Les arriérés extérieurs de l’État à fin 2006 ont été réglés, mais une nouvelle accumulation d’arriérés a entraîné des retards dans le décaissement de certains prêts. La dette extérieure contractée ou garantie par l’État est demeurée voisine de 60 % du PIB.

Après avoir stagné pendant plusieurs années, le crédit au secteur privé a augmenté de 23 % en 2007, grâce en partie à une forte expansion dans l’immobilier et le bâtiment, et à une intensification de la concurrence. L’arrivée de trois nouvelles banques étrangères en 2006–07, portant leur total à cinq, a intensifié la concurrence en réduisant les marges et en élargissant la gamme des instruments financiers. La croissance de la monnaie au sens large a ralenti à 9,6 %, en raison d’une accumulation plus faible des avoirs extérieurs des banques. Le ratio des fonds propres est resté largement supérieur au minimum obligatoire et la qualité des actifs s’est améliorée. Une confiance accrue dans la caisse d’émission et dans le système bancaire a entraîné un repli de la dollarisation, de 52,4 % des engagements bancaires en 2006 à 51,4 % en 2007, d’où une réduction de la vulnérabilité financière.

La détérioration du solde des transactions courantes tient principalement à une envolée des importations financées par des investissements étrangers, mais aussi à la montée des prix des produits alimentaires et du pétrole. Selon les estimations, le solde des transactions courantes est devenu déficitaire à hauteur de 25 % environ du PIB en 2007, mais cela a été plus que compensé par l’excédent élevé du compte de capital et d’opérations financières, si bien que les réserves de change brutes ont légèrement augmenté, pour atteindre 130 millions de dollars EU fin 2007 (ce qui équivaut à une couverture de la caisse d’émission de 116 %). Le taux de change effectif réel a diminué de 24 % sur la période 2001–07 par rapport à sa moyenne de 2000, en raison principalement de l’affaiblissement du dollar EU. Néanmoins, divers indicateurs, dont le coût élevé de la production intérieure, donnent à penser que la compétitivité reste faible.

Des progrès considérables ont été accomplis dans l’exécution des réformes structurelles. Tous les principaux repères structurels en souffrance du programme de référence de 2005 ont été observés. En particulier, des progrès ont été réalisés dans les domaines de la transparence des finances publiques, de la réforme de la fonction publique et du régime juridique des entreprises privées. La qualité des statistiques monétaires et de balance des paiements est renforcée avec l’assistance technique du FMI, et une évaluation du système de lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme a été effectuée par le Département juridique du FMI en 2007, dans le contexte d’un programme d’évaluation du secteur financier (PESF) à venir.

Les perspectives de croissance à court terme sont favorables, portées par une solide réserve de gros projets d’investissement. Le PIB réel progresserait de 5,9 % en 2008. L’inflation devrait être légèrement supérieure à 8 % fin 2008, mais reculerait progressivement par la suite sous l’effet du repli des prix mondiaux de l’alimentation et du pétrole. Les mesures portant sur les recettes et les dépenses devraient réduire le déficit budgétaire global à 1,9 % du PIB en 2008, tandis que le déficit des transactions courantes devrait rester voisin de 33 % du PIB, les importations liées à l’investissement direct étranger demeurant élevées.

Évaluation par le Conseil d’administration

Les administrateurs souscrivent à l’orientation de l’évaluation effectuée par les services du FMI. Ils saluent la forte croissance économique de Djibouti, portée par les investissements directs étrangers considérables dans le secteur portuaire et d’autres secteurs importants de l’économie. Par ailleurs, les administrateurs notent que l’accélération concomitante de l’inflation a été aggravée par l’envolée des prix à l’importation des produits alimentaires et du pétrole; la maîtrise des tensions inflationnistes doit donc être une priorité. À moyen terme, il reste essentiel de veiller à la viabilité de la dette tout en réduisant le chômage et la pauvreté, tous deux élevés. À cet effet, il faudra maintenir une discipline budgétaire stricte et accélérer les réformes structurelles pour élarger le tissu économique, rehausser la productivité et favoriser le développement du secteur privé.

Les administrateurs souscrivent au programme économique des autorités, qui vise à stabiliser la situation macroéconomique, à améliorer la compétitivité et à renforcer la position extérieure. Ils considèrent que la nouvelle stratégie de réduction de la pauvreté constitue une étape importante vers l’élimination des principaux goulets d’étranglement structurels. Les administrateurs soulignent que, pour mener à bon terme le programme appuyé par le FMI, ce qui est essentiel pour renforcer la confiance des investisseurs et des donateurs, les autorités devront bien maîtriser le programme et faire preuve de beaucoup de persévérance. Les administrateurs engagent donc les autorités à prendre les mesures nécessaires à cet égard.

Les administrateurs soulignent qu’il importe de maintenir l’objectif de rééquilibrage du budget, en vue de maîtriser l’inflation et de créer un espace budgétaire pour financer la stratégie de réduction de la pauvreté. La plupart des administrateurs sont d’avis que la trajectoire de l’ajustement budgétaire est appropriée, et notent les mesures déjà prises en 2008, et prévues pour le reste de l’année, en particulier du côté des recettes, qui ne porteront leurs fruits que dans quelques années. Un petit nombre d’administrateurs auraient préféré que l’ajustement soit plus intensif dans sa phase initiale que prévu dans le programme, étant donné le rôle limité de la politique monétaire dans le cadre de la caisse d’émission, le creusement du déficit des transactions courantes et la vulnérabilité du budget aux conditions de financement extérieur. Les administrateurs ont mis en garde cotnre le recours aux contrôles des prix ou autres restrictions qui risquent d’entraver le fonctionnement du marché. Ils demandent d’appliquer rapidement un système de subventions ciblées, avec l’assistance de la Banque mondiale, pour atténuer les effets des prix élevés de l’alimentation sur les pauvres.

Les administrateurs notent avec satisfaction que l’objectif à moyen terme est d’équilibrer le budget. Ils félicitent les autorités pour les améliorations déjà apportées à l’administration fiscale et le projet de vaste réforme fiscale, notamment la mise en place d’une taxe sur la valeur ajoutée (TVA) et la réduction des exemptions. Les administrateurs notent avec intérêt aussi que les autorités sont déterminées à maîtriser les dépenses courantes en améliorant la gestion budgétaire, en s’attachant davantage à établir un ordre de priorité parmi les dépenses et en réduisant progressivement la masse salariale. Ils demandent de poursuivre la réforme de la fonction publique et le renforcement de la transparence des finances publiques. Les administrateurs soutiennent la demande par les autorités d’une assistance technique du FMI qui viserait à renforcer le cadre de gestion budgétaire.

Les administrateurs soulignent que le risque encore élevé de surendettement et la vulnérabilité à une détérioration des conditions de financement extérieur et à d’autres chocs nécessitent l’attention permanente des autorités. Ils notent avec satisfaction le règlement des arriérés vis-à-vis des créanciers multilatéraux et encouragent les autorités à négocier un accord multilatéral avec le Club de Paris. La prochaine conférence des donateurs offre une belle occasion de mobiliser le financement extérieur nécessaire pour des programmes d’investissement à des conditions très concessionnelles. Les administrateurs notent avec intérêt que les autorités ont l’intention de solliciter une assistance technique pour améliorer la gestion de la dette et éviter l’accumulation de nouveaux arriérés.

Les administrateurs conviennent que la caisse d’émission est bénéfique à Djibouti : elle contribue à renforcer la confiance et à stabiliser la situation macroéconomique. Les administrateurs notent que, selon l’évaluation effectuée par les services du FMI, le taux de change effectif réel semble correspondre plus ou moins aux paramètres économiques fondamentaux, et encouragent les autorités à continuer d’améliorer la compétitivité extérieure, notamment en réduisant les coûts de facteurs de production très importants. En particulier, les administrateurs sont d’avis qu’il est nécessaire de réduire les effectifs et d’améliorer la geston des deux principales entreprises de services publics déficitaires et de développer d’autres sources d’énergie. Ils encouragent aussi les autorités à améliorer le climat des affaires, notamment en adoptant le nouveau code de commerce et en appliquant le nouveau code du travail.

Les administrateurs saluent l’introduction prévue des réserves obligatoires sur les dépôts bancaires afin d’absorber les liquidités structurelles et de contenir les tensions inflationnistes. Ils soulignent qu’il est nécessaire de renforcer les capacités de contrôle de la banque centrale et de mettre à jour le cadre juridique et réglementaire pour suivre l’expansion rapide du système financier. Le PESF à venir devrait fournir des orientations utiles à cet égard. Les administrateurs attendent avec intérêt aussi l’application des recommandations du rapport rur l’observation des normes et codes (RONC) récent sur la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme.

Les administrateurs encouragent les autorités à tirer pleinement parti de l’assistance technique offerte par les donateurs pour améliorer la qualité de leurs statistiques. Ils soulignent en particulier qu’il importe d’achever le recensement de la population et les enquêtes sur les revenus et les dépenses des ménages pour surveiller les effets de la politique macroéconomique et de la lutte contre la pauvreté.

La prochaine consultation au titre de l’article IV avec Djibouti devrait avoir lieu conformément à la décision du Conseil d’administration sur le cycle de consultation pour les pays membres ayant un accord avec le FMI.


Djibouti : indicateurs économiques et financiers, 2004–07

 
        Prél.
  2004 2005 2006 2007
 
  (Variation annuelle en pourcentage)

Production et prix

       

PIB réel

3.0 3.2 4.8 5.3

IPC (moyenne)

3.1 3.1 3.6 5.0
  (En pourcentage du PIB)

Administrations publiques

       

Recettes et dons

35.6 37.1 34.9 35.1

Dépenses

37.5 36.8 37.4 37.7

Solde (base engagements)

-1.9 0.2 -2.5 -2.6

Solde (base caisse)

-3.0 -2.2 -2.3 -3.2
  (Variation annuelle en pourcentage)

Indicateurs monétaires

       

Avoirs extérieurs nets

18.6 12.0 15.3 4.0

Avoirs intérieurs nets

-2.7 8.7 -11.9 41.4

Monnaie au sens large

13.9 11.3 10.2 9.6

Secteur extérieur

       

Solde des transactions courantes (% du PIB)

-1.3 -3.2 -14.7 -24.8

Réserves de change brutes (mois d'import.) 1/

3.3 2.2 2.2 1.9
 

Source : autorités de Djibouti.
1/ En mois d'importations de l'année suivante.


1 Conformément aux dispositions de l'article IV de ses Statuts, le FMI procède, habituellement chaque année, à des consultations bilatérales avec ses membres. Une mission des services du FMI se rend dans le pays, recueille des données économiques et financières, et s'entretient avec les responsables nationaux de l'évolution et des politiques économiques du pays. De retour au siège, les membres de la mission rédigent un rapport qui sert de cadre aux délibérations du Conseil d'administration. À l'issue de ces délibérations, le Directeur général, en qualité de Président du Conseil d'administration, résume les opinions des administrateurs, et ce résumé est communiqué aux autorités du pays.



DÉPARTEMENT DE LA COMMUNICATION DU FMI

Relations publiques    Relations avec les médias
Courriel : publicaffairs@imf.org Courriel : media@imf.org
Télécopie : 202-623-6220 Télécopie : 202-623-7100