Le FMI conclut les consultations de 2010 au titre de l’article IV avec le Tchad

Note d’information au public (NIP) No. 10/77
Le 21 juin 2010

Les notes d'information au public (NIP) s’inscrivent dans le cadre des efforts que déploie le FMI pour promouvoir la transparence de ses prises de position et de son analyse de l’évolution et des politiques économiques. Les NIP sont diffusées avec le consentement des pays concernés, à l’issue de l’examen par le Conseil d’administration des rapports sur les consultations au titre de l’article IV avec les pays, de la surveillance de l’évolution économique à l’échelle régionale, du suivi post-programme et des évaluations ex post de la situation des pays membres où le FMI a appuyé des programmes sur une longue durée. Les NIP sont aussi diffusées à l’issue de l’examen des questions de politique générale par le Conseil d’administration, sauf si le Conseil en décide autrement.

Le 16 juin 2010, le Conseil d’administration du Fonds monétaire international (FMI) a conclu les consultations au titre de l’article IV avec le Tchad1.

Informations générales

Le Tchad est l'un des pays les plus pauvres du monde. Il a été en conflit durant la majeure partie des trente dernières années. Son principal défi à moyen terme est de tirer parti des possibilités offertes par les revenus pétroliers depuis 2003 pour stimuler la croissance du secteur non pétrolier et réduire la pauvreté. La deuxième stratégie nationale de réduction de la pauvreté (SNRP) souligne l’importance de la viabilité budgétaire, d’une gestion saine des finances publiques et de dépenses de grande qualité pour promouvoir la diversification économique et la réduction de la pauvreté.

La production a baissé de 2 % en 2009 en raison de la forte baisse de la production agricole due à la mauvaise pluviométrie et de la baisse tendancielle de la production d’hydrocarbures. L’inflation a atteint 10 % en 2009 mais est en recul depuis la fin de la crise pétrolière et alimentaire.

La mauvaise récolte pourrait imposer des pénuries alimentaires à près de 2 millions de personnes (soit 18 % de la population). Les besoins en ressources alimentaires supplémentaires s’établissent, selon les estimations, entre 80.000 et 100.000 tonnes que le gouvernement a commencé à satisfaire en coopération avec des bailleurs de fonds.

La crise financière mondiale a surtout affecté le Tchad par la baisse des prix pétroliers. La situation budgétaire s’est fortement dégradée en 2009, le gouvernement ayant accru les niveaux de dépenses alors que les revenus pétroliers s’effondraient. Le solde budgétaire global est passé d’un excédent significatif (avoisinant 7 % du produit intérieure brut (PIB) hors pétrole) en 2008 à un lourd déficit (de près de 21 % du PIB hors pétrole) en 2009, financé par la totalité des revenus pétroliers épargnés, des prêts de la BEAC et des financements extérieurs (sous forme de dons principalement).

La baisse des prix pétroliers en 2009 a entraîné une détérioration marquée du solde extérieur courant comme du solde global de la balance des paiements, ainsi qu’une réduction des réserves officielles brutes imputées (ramenées à 3 mois d’importations de biens et de services, hors importations du secteur pétrolier financées par le consortium pétrolier).

Membre de la zone franc, le Tchad n’a pas une politique monétaire indépendante. La masse monétaire au sens large s’est légèrement contractée en 2009, reflétant la baisse de l’activité économique. Le secteur bancaire présente des vulnérabilités liées à son manque de profondeur, à la forte concentration des crédits, à la situation précaire de certaines banques, à l’insuffisance des inspections sur place, aux dysfonctionnements de la justice et, de manière plus générale, au sous-développement des marchés financiers au sein de Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale.

Les perspectives macroéconomiques sont tributaires du rebond escompté de l’agriculture, de la construction d’un deuxième projet d’extraction de pétrole, du redressement progressif des prix pétroliers et du nécessaire ajustement budgétaire face aux contraintes financières.

Évaluation par le Conseil d’administration

Les administrateurs ont noté que la crise financière mondiale a essentiellement affecté le Tchad par la baisse des prix du pétrole, qui a entraîné une forte détérioration de la balance des paiements et de la situation budgétaire. Dans le même temps, la PIB s’est contracté sous l’effet de la forte diminution de la production agricole. Si le redressement de la production agricole est attendu, la pénurie alimentaire est latente et doit être traitée d’urgence. À moyen terme, la baisse tendancielle des ressources pétrolières exigera un important ajustement de la politique budgétaire.

Les administrateurs ont exprimé leur inquiétude face à la menace de pénurie alimentaire. Ils ont préconisé l’adoption rapide de mesures complémentaires pour combler à temps le déficit en ressources alimentaires de manière à éviter la famine. Il est indispensable de redoubler d’efforts pour améliorer la productivité agricole afin d’éviter les pénuries alimentaires récurrentes.

Les administrateurs ont pris note de la dégradation prononcée de la situation budgétaire en 2009, de l’épuisement de l’épargne pétrolière et de la forte augmentation de la dette publique, due à deux gros prêts non concessionnels et aux crédits de la Banque des Etats de l’Afrique Centrale. Pour assurer la viabilité de la dette, les administrateurs ont conseillé aux autorités d’inscrire le resserrement de la politique budgétaire dans un cadre à moyen terme qui intègre la baisse tendancielle de la production pétrolière sur les 20 prochaines années. Ceci permettrait une réduction régulière du déficit primaire non pétrolier tout en axant les dépenses sur les domaines prioritaires. Les administrateurs ont recommandé l’adoption d’un collectif budgétaire pour 2010 allant dans ce sens. Ils ont encouragé les autorités à éviter de contracter des prêts non concessionnels.

Les administrateurs ont souligné que l’amélioration de la gestion des finances publiques est essentielle à la transformation de la richesse pétrolière en une croissance durable et à la réalisation de progrès vers les objectifs du millénaire pour le développement. Les grandes priorités sont le maintien d’une transparence exemplaire des revenus pétroliers, la mise en œuvre du dispositif de l’Initiative pour la transparence des industries extractives, le renforcement des récentes améliorations de l’administration fiscale, l’alignement des dépenses sur la Stratégie nationale de réduction de la pauvreté et l’amélioration de la planification des investissements publics et de la passation des marchés publics. L’amélioration de la politique budgétaire et de la gestion des finances publiques ouvrirait aussi la voie à un accord en temps voulu sur un nouveau programme de référence.

Les administrateurs ont noté que l’évaluation du niveau actuel du taux de change effectif réel ne signale pas de problème immédiat pour la viabilité extérieure, encore qu’un ajustement budgétaire important s’impose sur la durée. Pour améliorer la compétitivité, un climat des affaires plus propice est nécessaire afin de promouvoir l’expansion du secteur privé non pétrolier. Les administrateurs ont préconisé des mesures promptes pour améliorer le système judiciaire, approfondir le secteur financier, faire en sorte que les banques se conforment aux règles prudentielles et mener à bien la réforme des entreprises publiques du secteur du coton et de services publics.

Les administrateurs ont encouragé les autorités à consacrer des ressources suffisantes à la compilation et à l’analyse des données statistiques pour corriger les déficiences des statistiques macroéconomiques du Tchad.

Les administrateurs ont salué les autorités pour avoir élaboré une deuxième Stratégie nationale de réduction de la pauvreté (SNRP II) qui tire les enseignements de la mise en œuvre de la première SNRP. Ils se sont félicités de l’attention portée au rétablissement de la sécurité, à l’amélioration de la gouvernance, à une diversification économique accrue, au renforcement des capacités institutionnelles et à la promotion du développement humain. Ils ont souligné que la réussite de la SNRP est subordonnée à un engagement renouvelé pour la réduction de la pauvreté et la bonne gouvernance; ils ont encouragé les autorités à concentrer leur effort sur un nombre réaliste d’objectifs cruciaux et à en suivre de près la mise en œuvre.


Tchad — Principaux indicateurs économiques, 2008-2012

 
  2008 2009 2010 2011 2012
 
  (Variation annuelle en pourcentage)

PIB réel

-0.4 -1.6 4.3 3.9 5.5
  • PIB pétrolier

-11.5 -5.2 2.1 -2.2 -7.5
  • PIB hors pétrole

3.2 -0.5 4.9 5.5 8.7

IPC (moyenne)

8.3 10.1 6.0 3.0 3.0

Production pétrolière (en millions de barils)

46.6 43.6 44.0 43.0 42.0

Monnaie au sens large

24.7 -4.0 20.0 9.2 13.5

Exportations, f.à.b

7.4 -31.2 21.2 3.4 -0.5

Importations, f.à.b

7.0 20.6 14.1 -5.6 -29.5

Compte courant (en pourcentage du PIB)

-13.7 -33.7 -33.1 -26.1 -7.4
  (Pourcentage du PIB hors pétrole)

Recettes totales

48.6 25.2 37.2 34.7 33.5

Dépenses totales

43.1 46.1 49.7 36.3 33.9

Solde primaire hors pétrole

-28.7 -28.0 -31.8 -17.7 -14.8

Solde budgétaire global

6.7 -20.8 -10.6 -1.0 -1.6
  (Milliards de francs CFA)

PIB nominal

3,740 3,228 3,758 4,032 4,361

PIB nominal hors pétrole

2,030 2,142 2,369 2,587 2,937
 

Sources : autorités tchadiennes ; estimations et projections des services du FMI.

           

1 Conformément aux dispositions de l'article IV de ses Statuts, le FMI procède, habituellement chaque année, à des consultations bilatérales avec ses membres. Une mission des services du FMI se rend dans le pays, recueille des renseignements économiques et financiers et s'entretient avec les responsables nationaux de l'évolution et des politiques économiques du pays. De retour au siège, les membres de la mission rédigent un rapport qui est soumis à l'examen du Conseil d'administration. À l'issue de cet examen, le Directeur général, en qualité de Président du Conseil d'administration, résume les opinions des administrateurs et ce résumé est communiqué aux autorités du pays. On trouvera une explication des termes convenus généralement utilisés dans les résumés des délibérations du Conseil d’administration à l’adresse http://www.imf.org/external/french/np/sec/misc/qualifiersf.htm.



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