Le Conseil d’administration du FMI conclut les consultations au titre de l’article IV 2011 avec le Tchad

Note d’information au public (NIP) n° 11/127
7 octobre 2011

Les notes d'information au public (NIP) s’inscrivent dans le cadre des efforts que déploie le FMI pour promouvoir la transparence de ses prises de position et de son analyse de l’évolution et des politiques économiques. Les NIP sont diffusées avec le consentement des pays concernés, à l’issue de l’examen par le Conseil d’administration des rapports sur les consultations au titre de l’article IV avec les pays, de la surveillance de l’évolution économique à l’échelle régionale, du suivi post-programme et des évaluations ex post de la situation des pays membres où le FMI a appuyé des programmes sur une longue durée. Les NIP sont aussi diffusées à l’issue de l’examen des questions de politique générale par le Conseil d’administration, sauf si le Conseil en décide autrement.

Le Conseil d’administration du FMI a conclu le 7 septembre 2011 les consultations au titre de l’article IV avec le Tchad.1

Informations générales

La sécurité intérieure du Tchad s’est améliorée depuis les dernières consultations au titre de l’article IV, mais la crise en Lybie présente des risques. Plus de 70.000 personnes qui fuient la violence ont été rapatriées vers le Tchad ou y ont transité avec l'aide des organismes internationaux. La situation politique intérieure est relativement calme, et les élections législatives et présidentielles se sont déroulées sans troubles sérieux, mais les chefs de l'opposition ont boycotté les élections et ont allégué la fraude. Pour accélérer la croissance non pétrolière et endiguer l'impact de l'épuisement des réserves pétrolières sur le revenu, les exportations et les recettes budgétaires, l'État met en œuvre un ambitieux programme d'investissements publics et tente d'attirer les investissements directs étrangers dans des projets industriels.

En 2010, la croissance du PIB réel a atteint 13 % et le Tchad a bien rebondi à la suite du ralentissement de 2009. La production pétrolière a progressé alors que les prix du pétrole justifiaient des investissements supplémentaires pour doper les taux d’extraction. Grace à une pluviométrie favorable et à des mesures prises par l'État pour fournir des intrants agricoles, ainsi qu'à l'augmentation des terres cultivées, la production agricole a pratiquement doublé et les prix des produits alimentaires et à la consommation se sont contractés. En dépit de la hausse des recettes d'exportation du pétrole, le déficit du compte courant s'est creusé à 35 % du PIB à cause de la part importante des importations dans les dépenses investissement (notamment dans le secteur pétrolier).

Malgré certaines améliorations, de graves lacunes subsistent dans l'exécution du budget. La part des dépenses avant ordonnancement dans le cadre de procédures d'urgence a été moins importante en 2010 qu’en 2009 mais elle représente néanmoins plus d’un quart des dépenses discrétionnaires financées sur l'intérieur (9,3 % du PIB non pétrolier) ; des dépenses avant ordonnancement, équivalant à 4,3 % du PIB non pétrolier, attendent d'être régularisées à la fin de 2010. Sur une note plus positive, la part des contrats de gré à gré a diminué de 85 % en 2009 à 49 % en 2010.

En 2010, la situation budgétaire globale s'est améliorée, ce qui reflète des prix du pétrole supérieurs aux projections et l'accroissement des recettes non pétrolières ; mais l'orientation budgétaire sous-jacente, telle que mesurée par le déficit primaire hors pétrole, s’est affaiblie de 28 à 31 % du PIB non pétrolier. La cible du déficit primaire hors pétrole fixée dans la loi de finances rectificative de 2010 a été dépassée de 2½%, essentiellement à cause des investissements publics financés sur l'intérieur. Le niveau des réserves officielles a progressé, mais leur ratio en mois d'importations de biens et de services (non comprises les importations du secteur pétrolier) a légèrement reculé. Le taux de change effectif réel du Tchad est encore globalement aligné sur celui des autres pays de la CEMAC. La monnaie au sens large a augmenté de 25 %, ce qui s'aligne sur le PIB nominal, tandis que le crédit à l'économie a enregistré une hausse de 19 %, reflétant en partie le PIB nominal non pétrolier.

Les finances publiques et le secteur financier du Tchad sont surexposés au risque pétrolier. Depuis le début de l'ère pétrolière en 2003, le Tchad a mené une politique budgétaire expansionniste et pro-cyclique, ce qui a mis à rude épreuve la capacité d'absorption de l'économie ainsi que la capacité de gestion des finances publiques de l'administration. Sans bouclier financier sous la forme de dépôts de l'État, un choc semblable à celui de 2009 entraînerait un resserrement budgétaire forcé, un ralentissement marqué des investissements et une augmentation des arriérés intérieurs, et éventuellement des arriérés envers la banque centrale. À leur tour, les fournisseurs de l'État ne seraient peut-être plus en mesure d'assurer le service de leur dette et les prêts non productifs des banques commerciales augmenteraient. Bien que des prix plus élevés du pétrole aient relâché les contraintes de financement à court terme, une meilleure gestion des finances publiques et la discipline budgétaire sont requises pour utiliser de manière efficace des ressources pétrolières qui finiront par s'épuiser.

Évaluation par le Conseil d’administration

Les administrateurs souscrivent à l'orientation générale de l'évaluation effectuée par les services du FMI. Ils observent que les soldes budgétaire et extérieur globaux du pays se sont améliorés, grâce notamment à un niveau des prix pétroliers plus élevé que prévu en 2010, et que la croissance du PIB réel a atteint 13 % suite à un rebond de l’activité dans le secteur agricole. Les administrateurs félicitent les autorités de la pertinence des mesures décidées en réponse aux pénuries alimentaires de l’année dernière. Elles sont venues se conjuguer à une pluviosité favorable pour doubler pratiquement la production agricole et faire baisser les prix des denrées alimentaires, ce qui a amorti l’impact de la hausse des prix alimentaires mondiaux sur le pays. S’ils se réjouissent de la mise en service de la première raffinerie de pétrole au Tchad, les administrateurs se déclarent préoccupés par le fait que la fixation des prix du combustible en deçà des prix du marché a perturbé les importations et entraîné des pénuries. Tout en reconnaissant l’intérêt que présentent les mesures de protection des couches les plus pauvres de la population contre les effets négatifs des prix élevés du pétrole, les administrateurs rappellent que ces mesures doivent être efficientes, ciblées et financièrement réalisables.

Les administrateurs admettent que le niveau plus élevé que prévu des prix du pétrole a contribué à atténuer la contrainte de financement à court terme mais notent que la volatilité des cours et la baisse de la production pétrolière attendue à moyen terme justifient la constitution d’un volant d’épargne de précaution, afin de lisser les dépenses publiques, de garantir un niveau adéquat de ressources pour financer les programmes de réduction de la pauvreté et de préserver la viabilité de la dette. Dans ce contexte, les administrateurs accueillent favorablement l’intention des autorités de redoubler d’efforts pour mobiliser les recettes non pétrolières et pour ramener le déficit primaire hors pétrole à un niveau viable à moyen terme.

Les administrateurs invitent instamment les autorités à améliorer la qualité des dépenses d’infrastructures à la faveur d’une sélection et d’une mise en œuvre plus rigoureuses des projets et d’un calibrage du budget d’investissements publics en fonction de la capacité d’absorption de l’économie. Les prévisions de recettes s’étant par le passé révélées trop optimistes, les administrateurs considèrent qu’il serait prudent de conditionner une partie du programme d’investissements publics à la réalisation effective des recettes escomptées. Ils encouragent par ailleurs les autorités à appliquer une politique prudente d’emprunts non concessionnels.

Les administrateurs insistent en outre sur la nécessité, à moyen terme, de promouvoir la croissance hors pétrole et la diversification de l’économie. Ils prennent acte des faiblesses institutionnelles à l’origine des difficultés du climat des affaires en général et des vulnérabilités et du sous-développement du secteur financier en particulier. Ils encouragent les autorités à mettre en œuvre des réformes structurelles de nature à faciliter l’investissement privé et à consolider le développement des marchés financiers grâce, notamment, à une simplification des procédures réglementaires et de la fiscalité des entreprises, à une réforme des principales entreprises publiques et à un renforcement de la confiance dans la justice. Les administrateurs engagent les autorités à collaborer avec les autres membres de la CEMAC au renforcement des pouvoirs de règlement de l’autorité régionale de contrôle bancaire.

Les administrateurs se félicitent que les autorités aient de nouveau manifesté leur intérêt pour un programme de référence, qui pourrait ouvrir la voie vers un accord financier dans le cadre de la facilité élargie de crédit et vers le point d’achèvement de l’Initiative renforcée en faveur des pays pauvres très endettés. Les administrateurs insistent sur le fait que des progrès en matière en politique budgétaire et de gestion des finances publiques sont essentiels pour parvenir à un accord sur un programme de référence et pour l’application réussie de ce dernier.

Dans cette perspective, les administrateurs encouragent les autorités à continuer d’œuvrer à l’amélioration de la qualité et de l’actualité des données économiques et financières.


Tchad : Principaux indicateurs économiques et financiers, 2007–11
 
  2007 2008 2009 2010 2011

 

 

 

 

Est. Proj.
 
    (Variation annuelle en %, sauf indication contraire)

Croissance du PIB réel

1,8 14,6 -1,2 13,0 3,8

Pétrolier

-3,9 19,2 -5,1 6,4 -1,8

Non pétrolier

4,4 3,3 0,0 15,0 5,3

Inflation IPC (moyenne)

-7,4 8,3 10,1 -2,1 2,0

Production pétrolière (millions de barils)

52,6 44,3 43,6 44,7 44,2

Prix du pétrole (brut Doba, f,à.b. Kribi, $/baril)

60,7 82,6 55,7 73,6 99,8

Monnaie au sens large

5,4 24,7 -4,0 25,4 14,0

Exportations

0,1 7,1 -25,5 29,1 20,4

Importations

11,7 -9,1 -20,6 -58,9 3,6

Solde des transactions courantes (% du PIB)

13,7 8,9 -17,2 -34,6 -23,6
  (En % du PIB non pétrolier)

Total recettes et dons

44,3 52,0 30,7 41,8 47,0

Total dépenses

38,5 43,7 46,2 50,4 42,1

Solde primaire hors pétrole, hors dons

-22,1 -29,1 -28,1 -31,5 -26,2

Solde budgétaire global, hors dons, base engagements

3,0 5,6 -20,9 -11,3 2,1
  (En milliards FCFA)

PIB nominal

3358 3741 3344 4230 4476

PIB non pétrolier nominal

1840 2003 2138 2556 2912
 

Sources : autorités tchadiennes et projections des services du FMI.


1 Conformément aux dispositions de l'article IV de ses Statuts, le FMI procède, habituellement chaque année, à des consultations bilatérales avec ses membres. Une mission des services du FMI se rend dans le pays, recueille des données économiques et financières, et s'entretient avec les responsables nationaux de l'évolution et des politiques économiques du pays. De retour au siège, les membres de la mission rédigent un rapport qui sert de cadre aux délibérations du Conseil d'administration. À l'issue de ces délibérations, le Directeur général, en qualité de Président du Conseil d'administration, résume les opinions des administrateurs, et ce résumé est communiqué aux autorités du pays. Les termes convenus qui sont utilisés dans les résumés sont expliqués à l’adresse http://www.imf.org/external/french/np/sec/misc/qualifiersf.htm.



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