Le Conseil d’administration du FMI conclut les consultations de 2011 au titre de l’article IV avec l’Algérie

Note d’information au public (NIP) n° 12/5
Le 27 janvier 2012

Les notes d'information au public (NIP) s’inscrivent dans le cadre des efforts que déploie le FMI pour promouvoir la transparence de ses prises de position et de son analyse de l’évolution et des politiques économiques. Les NIP sont diffusées avec le consentement des pays concernés, à l’issue de l’examen par le Conseil d’administration des rapports sur les consultations au titre de l’article IV avec les pays, de la surveillance de l’évolution économique à l’échelle régionale, du suivi post-programme et des évaluations ex post de la situation des pays membres où le FMI a appuyé des programmes sur une longue durée. Les NIP sont aussi diffusées à l’issue de l’examen des questions de politique générale par le Conseil d’administration, sauf si le Conseil en décide autrement.

Le Conseil d’administration du Fonds monétaire international (FMI) a conclu, le 11 janvier 2012, les consultations au titre de l’article IV avec l’Algérie selon la procédure du défaut d’opposition1.

Informations générales

Malgré un climat d’incertitude économique internationale, l’économie algérienne se porte relativement bien. En 2010, le taux de croissance du PIB réel hors hydrocarbures a atteint 6 % et celui du PIB total 3 %. Le taux d’inflation globale a été ramené à 3,9 % en 2010 sous l’effet d’une chute des prix des produits alimentaires frais, tandis que l’inflation hors produits alimentaires est restée peu élevée. Le chômage a continué de reculer légèrement pour atteindre 10 % à la fin de 2010, mais il reste important parmi les jeunes et les femmes. La gestion macroéconomique généralement prudente durant 2000–10 a permis d’accumuler des réserves extérieures importantes et de constituer une épargne budgétaire substantielle dans le fonds de stabilisation pétrolier, tout en réduisant sensiblement l’endettement.

Selon les estimations, la croissance est restée solide en 2011 et la hausse des cours du pétrole renforce le solde extérieur et les recettes budgétaires de l’Algérie. L’effet d’entraînement du Programme d’investissements publics (PIP) devrait maintenir le taux de croissance hors hydrocarbures autour de 5 %, et porter la croissance du PIB global à 2,5 % environ. Jusqu’à présent, la hausse des cours internationaux des produits alimentaires et les relèvements substantiels des traitements de la fonction publique ne se sont pas traduits par une progression sensible de l’inflation en raison des subventions accrues des produits alimentaires de base, d’une hausse de l’épargne des ménages, d’une plus grande demande d’importations et d’une politique monétaire vigilante. Dans l’ensemble, on estime que le taux d’inflation s’est maintenu autour de 4 % en 2011. Avec la hausse des cours du pétrole, l’excédent du compte courant sera porté à 9,5 % du PIB en 2011 et les recettes budgétaires des hydrocarbures augmenteront de 30 %. Les réserves officielles ont progressé de 16 milliards de dollars EU depuis la fin de 2010 pour atteindre 178 milliards de dollars EU à la fin août 2011 (soit l’équivalent de trois années d’importations). Le budget restera déficitaire, de 4 % du PIB environ, l’augmentation des recettes budgétaires étant plus que compensée par une hausse de 32 % des dépenses totales, en particulier des salaires de la fonction publique et des transferts.

Les perspectives restent favorables à court terme, mais la viabilité budgétaire et la stabilité financière à moyen terme deviennent davantage tributaires de la volatilité des cours du pétrole. À court terme, la croissance continuera d’être tirée par les investissements publics et le programme d’investissements de la compagnie nationale d’hydrocarbures. Le PIB hors hydrocarbures pourrait progresser de 5 % en 2012, mais la production d’hydrocarbures devrait poursuivre sa baisse du fait d’une faible demande mondiale, limitant le taux de croissance globale à 3–3½ % environ. L’inflation devrait se maintenir aux alentours de 4 % si la hausse des prix des produits alimentaires frais reste modérée et les pressions inflationnistes résultant de l’augmentation des salaires sont maîtrisées. À moyen terme, les cours du pétrole qui, selon les prévisions, devraient être relativement élevés, devraient maintenir un solde extérieur positif et des recettes budgétaires importantes, mais le solde budgétaire restera déficitaire.

L’orientation budgétaire expansionniste de ces dernières années a cependant rendu la situation budgétaire vulnérable aux fluctuations des cours du pétrole, le prix permettant d’équilibrer le budget étant aujourd’hui légèrement supérieur à 100 dollars EU/baril. D’importants risques baissiers émergeront en cas de dégradation de la situation économique internationale et d’un repli prolongé des cours du pétrole. Les positions extérieure et budgétaire seraient alors sérieusement affaiblies, entraînant vraisemblablement une réduction forcée des investissements publics et se traduisant par un fléchissement de la croissance et une hausse du chômage. De plus, il resterait nettement moins de ressources dans le fonds de stabilisation pétrolier pour les générations futures.

Des défis importants subsistent, notamment la nécessité de diversifier l’économie, d’améliorer le climat des affaires, de faire reculer le chômage et de réduire les vulnérabilités à moyen terme. L’investissement public devant jouer un rôle moins dynamique dans l’économie, le secteur privé devra devenir un moteur plus puissant de croissance et de création d’emplois. Pour atteindre cet objectif, les autorités ont lancé en 2011 une série de consultations avec les partenaires sociaux afin d’améliorer le climat des affaires, ce qui est essentiel pour améliorer les perspectives de croissance à long terme.

Évaluation par le Conseil d’administration

Les administrateurs saluent les bonnes performances économiques globales réalisées par l’Algérie ces dernières années dans un environnement économique international difficile. Néanmoins, ils notent que des défis importants subsistent et encouragent les autorités à redoubler d’efforts en vue de préserver la stabilité macroéconomique, rétablir la prudence budgétaire et diversifier l’économie avec un secteur privé plus solide. Réduire davantage le chômage, en particulier chez les jeunes et améliorer les débouchés économiques pour tous restent des besoins pressants. Des réformes structurelles plus résolues sont vitales pour atteindre ces objectifs.

Les administrateurs soulignent que bien que les cours élevés du pétrole permettent de répondre aux revendications sociales urgentes et maintenir la stabilité sociale, cela devrait être géré avec prudence pour éviter des tensions inflationnistes et préserver la viabilité budgétaire à moyen terme. Ils notent que l’augmentation importante des dépenses courantes en 2011 a rendu la position budgétaire vulnérable au risque de chute prolongée des cours du pétrole. Les administrateurs encouragent les autorités à adopter des mesures de rééquilibrage budgétaire, qui pourraient inclure notamment la limitation des hausses de salaires et les recrutements et un meilleur ciblage des transferts et des subventions. La poursuite des efforts visant une plus grande mobilisation des ressources budgétaires hors hydrocarbures et la réforme de l’administration fiscale devraient également contribuer à réduire la dépendance du budget moins à l’égard des recettes des hydrocarbures.

Les administrateurs soulignent qu’il est important d’assurer la bonne qualité et l’efficience des dépenses publiques. Le budget étant le principal levier pour exploiter et redistribuer la richesse en hydrocarbures, ils encouragent les autorités à tirer parti des progrès réalisés récemment dans le contrôle de la qualité des investissements publics et à avancer plus résolument sur les principaux axes de réforme budgétaire.

Les administrateurs félicitent la Banque d’Algérie pour avoir maîtrisé les tensions inflationnistes et avoir efficacement absorbé une liquidité systémique accrue générée par la hausse des recettes des hydrocarbures et le niveau important des dépenses publiques. L’augmentation marquée des liquidités ne s’est pas traduite par une hausse de l’inflation, mais le risque d’inflation s’est accru. Outre la modération des dépenses courantes, les administrateurs notent que les autorités devraient envisager de resserrer précocement la politique monétaire pour éviter que les tensions inflationnistes ne se matérialisent. Les administrateurs sont d’avis que le régime de change a bien servi l’Algérie. Ils saluent la détermination des autorités à maintenir le taux de change réel proche de son niveau d’équilibre, mais soulignent la nécessité de renforcer les déterminants fondamentaux du taux de change, y compris la position budgétaire et les gains de productivité.

Les administrateurs soulignent que pour faire reculer sensiblement le chômage, un programme de réformes structurelles plus ambitieux doit être mis en oeuvre. Tout en saluant les efforts des autorités pour soutenir le financement des PME et améliorer le climat des affaires, en consultation avec les partenaires sociaux, ils rappellent que des mesures plus fermes seront nécessaires pour diversifier l’économie, améliorer la compétitivité et stimuler la croissance et l’emploi. Les administrateurs estiment en outre que les progrès enregistrés en matière de réformes du secteur financier doivent se poursuivre afin de lever les principaux obstacles qui limitent l’intermédiation financière et l’accès du secteur privé au crédit. De plus, ils notent que les augmentations du coût de la main-d’œuvre, largement supérieures aux gains de productivité, et les restrictions à l’investissement privé telles que les limites à l’IDE adoptées en 2009, contraignent la compétitivité et les perspectives de croissance. Les administrateurs encouragent les autorités à améliorer la synergie entre les politiques macroéconomiques et le programme de réformes structurelles. Ils les encouragent également à continuer à rechercher une meilleure intégration de l’Algérie à l’économie régionale et mondiale.


Algérie : Principaux indicateurs macroéconomiques, 2007–12
(Quote-part : 1 254,7 millions DTS)
(Population : 35,6 millions; 2009)
(PIB par habitant : 4 435 dollars EU; 2010)
(Taux de pauvreté : 12,1; 2000)
 
  2007 2008 2009 2010 2011 2012
          Proj. Proj.
 

Secteur du pétrole et du gaz

           
  • Total exportations produits du pétrole et du gaz (milliards de dollars EU)

59,6 77,2 44,4 56,1 70,9 66,2

Prix moyen du brut à l’exportation (dollars EU/le baril)

74,7 99,0 61,8 79,0 103,2 100,0

Production de brut (millions de barils/jour)

1,4 1,3 1,3 1,2 1,2 1,2

Production et prix

           

PIB réel

3,0 2,4 2,4 3,3 2,5 3,1

PIB réel hors hydrocarbures

6,3 6,1 9,3 5,9 4,9 5,3

Prix à la consommation (fin de période)

4,8 4,9 5,8 4,5 4,5 4,1

Prix à la consommation (moyenne pour la période)

3,6 4,9 5,7 3,9 3,9 4,3
  (en pourcentage du PIB)

Investissement et épargne

           

Formation brute de capital

34,4 37,4 46,7 41,4 40,2 41,4

Dont : non public

18,9 19,6 27,5 26,4 26,2 28,2

Épargne intérieure brute

57,2 57,5 47,0 48,9 49,7 46,8

Dont : non public

37,3 32,1 34,2 35,8 39,7 39,5
  (en pourcentage du PIB)

Finances publiques

           

Recettes

39,6 46,8 36,6 36,4 39,5 36,8

Hydrocarbures

30,1 36,9 24,0 24,1 27,4 24,8

Dépenses et prêts nets

35,2 39,2 43,0 38,2 43,4 42,8

Courantes

18,0 20,0 22,5 22,4 29,4 29,5

D’investissement

15,5 17,8 19,2 15,0 14,0 13,3

Solde budgétaire

4,4 7,6 -6,4 -1,9 -4,0 -6,0

Solde primaire hors hydrocarbures (en pourcentage

           

du PIB hors hydrocarbures)

-44,1 -52,2 -43,6 -39,3 -49,0 -46,4

Total dette publique

12,5 8,2 10,4 11,1 10,0 9,4
  (variation annuelle en pourcent., sauf indication contraire)

Secteur monétaire

           

Crédit à l’économie 1/

17,2 20,4 18,5 5,1 9,8 10,3

Monnaie au sens large

24,1 16,1 3,1 13,8 21,7 10,9

Vitesse de circulation de la monnaie au sens large (niveau)

1,6 1,6 1,4 1,5 1,4 1,3

Taux des bons du Trésor à trois mois (fin de période, en pourcentage)

0,2 0,2 0,3 0,3 ... ...
  (en pourcentage du PIB, sauf indication contraire)

Secteur extérieur

           
  • Exportations biens hydrocarbures (dollars EU, variation en pourcentage)

11,2 29,5 -42,5 26,4 26,3 -6,6
  • Exportations biens hydrocarbures (pourcentage total exportations biens)

98,4 98,2 98,3 98,3 98,6 98,4

Importations de biens (dollars EU, variation en pourcentage)

27,4 44,2 -1,6 4,0 16,0 2,9

Balance commerciale des marchandises

25,5 23,6 5,6 11,3 14,2 10,7

Compte courant y compris transferts officiels

22,8 20,1 0,3 7,5 9,5 5,4

Investissements directs étrangers

22,8 20,1 0,3 7,5 9,5 5,4

Total dette extérieure

1,0 1,4 1,8 1,2 0,9 0,9

Réserves brutes (milliards de dollars EU)

4,2 3,3 3,9 3,6 2,6 2,5

En mois d'importation de l'année suivante de biens et de services

110,2 143,1 148,9 162,2 181,5 193,4

Pour mémoire :

           

PIB nominal (milliards de dollars EU)

134,3 171,7 138,0 160,8 189,3 194,6

Taux de chômage (en pourcentage)

13,8 11,3 10,2 10,0 ... ...

Monnaie locale pour 1 dollar EU (moyenne pour la période)

69,3 64,6 72,6 74,4 ... ...

Taux de change effectif réel (2005 = 100)

99,0 102,1 102,2 102,7 ... ...
 

Sources : Autorités algériennes et estimations et projections des services du FMI.

1/ Crédit au secteur privé et aux entreprises publiques.


1 Conformément aux dispositions de l'article IV de ses statuts, le FMI procède, habituellement chaque année, à des consultations bilatérales avec ses membres. Une mission des services du FMI se rend dans le pays, recueille des données économiques et financières, et s'entretient avec les responsables nationaux de l'évolution et des politiques économiques du pays. De retour au siège, les membres de la mission rédigent un rapport qui sert de cadre aux délibérations du Conseil d'administration. À l'issue de ces délibérations, le Directeur général, en qualité de Président du Conseil d'administration, résume les opinions des administrateurs, et ce résumé est communiqué aux autorités du pays. Les consultations de cette année ont été conclues selon la procédure du défaut d'opposition. En vertu de cette procédure, les consultations au titre de l'article IV sont achevées par le Conseil sans faire l’objet de discussions officielles.



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