Le Conseil d’administration du FMI conclut les consultations au titre de l’article IV avec le Cameroun

Note d’information au public (NIP) n° 12/83
le 19 juillet 2012

Les notes d'information au public (NIP) s’inscrivent dans le cadre des efforts que déploie le FMI pour promouvoir la transparence de ses prises de position et de son analyse de l’évolution et des politiques économiques. Les NIP sont diffusées avec le consentement des pays concernés, à l’issue de l’examen par le Conseil d’administration des rapports sur les consultations au titre de l’article IV avec les pays, de la surveillance de l’évolution économique à l’échelle régionale, du suivi post-programme et des évaluations ex post de la situation des pays membres où le FMI a appuyé des programmes sur une longue durée. Les NIP sont aussi diffusées à l’issue de l’examen des questions de politique générale par le Conseil d’administration, sauf si le Conseil en décide autrement.

Le 13 juillet 2012, le Conseil d’administration du Fonds monétaire international (FMI) a conclu les consultations au titre de l’article IV avec le Cameroun selon la procédure de décision par défaut d’opposition1.

Informations générales

Le rebond de l’activité économique observé en 2010 s'est confirmé en 2011, avec une croissance atteignant 4,2 % (contre 2,9 % en 2010), malgré une baisse de la production pétrolière. Cette baisse est imputable au vieillissement des équipements et au report de certains investissements suite à la crise financière mondiale de 2008-09. L'inflation moyenne a grimpé à 2,9 % en 2011 (au lieu de 1,3 % l'année précédente), ce qui reflète principalement une augmentation des prix des produits alimentaires. En 2011, les soldes extérieurs ont bénéficié de l'évolution positive des prix des produits de base, mais le déficit du compte courant (dons compris) s'est creusé de 3 % à 4,1 % du PIB, sous l'effet d'une progression de 16 % du volume des importations.

La situation budgétaire de l'État est restée difficile en 2011. Les recettes non pétrolières se sont caractérisées par des recettes de taxes sur la valeur ajoutée (TVA) inférieures aux montants budgétisés, essentiellement parce que les sociétés paraétatiques n'ont pas été en mesure de satisfaire à leurs obligations relatives à la TVA. L'insuffisance des recettes non pétrolières a été compensée par des recettes pétrolières exceptionnelles du fait de l'envolée des prix du pétrole sur le marché international. Du côté des dépenses, l'exécution du budget a été marquée par la nécessité de régler les ordres de paiement passés non réglés, les pressions exercées par les subventions aux combustibles et des dépassements d'autres transferts courants. C'est pourquoi, le déficit primaire hors pétrole, sur une base de caisse, s'est détérioré de 5,7 % à 8,5 % du PIB non pétrolier et le déficit budgétaire global, sur une base caisse, a atteint 3,4 % du PIB au lieu de 2,3% l'année précédente.

La situation du système bancaire reste préoccupante à cause des difficultés financières de 4 (éventuellement 5) banques sur les 13 banques commerciales, d'une concentration excessive du crédit bancaire, de ressources insuffisantes consacrées à l'organe de supervision régionale et de lacunes dans le cadre actuel de résolution des banques en difficulté. Les indicateurs de solidité du secteur financier se sont détériorés en 2011 et les prêts improductifs ont augmenté d'environ 17 %. En même temps, le nombre de banques qui ne respectaient pas les principaux ratios prudentiels a continué à augmenter.

À plus long terme, le Cameroun a maintenu la stabilité macroéconomique et l'allégement de la dette au titre de l'Initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE) et de l'Initiative d'allégement de la dette multilatérale (IADM) a nettement réduit la charge de la dette. Pour autant, le revenu par habitant n'a enregistré pratiquement aucune croissance au cours des cinq dernières années, en dépit d'une base productive relativement diversifiée.

La croissance économique devrait légèrement progresser dans le cadre des politiques actuelles ce qui donnerait lieu à une croissance positive par habitant de plus de 2 % en 2012. Selon leurs projections, les services du FMI estiment que le PIB réel augmentera progressivement de 4,2 % en 2011 à 5½% en 2016. La croissance hors pétrole devrait être étayée par les efforts déployés actuellement pour doper la productivité et la compétitivité agricoles, par de grands projets d'investissements publics ainsi que par des mesures destinées à améliorer le climat des affaires. Le secteur pétrolier devrait doper la croissance du PIB réel en 2012-17, ce qui reflète l'exécution des investissements prévus à la suite de travaux d’exploration fructueux. L'inflation devrait se maintenir en dessous du critère régional de convergence de 3 %.

Évaluation par le Conseil d’administration

La croissance économique se poursuit à un rythme modéré et l’inflation mesurée reste dans les limites de la convergence régionale de 3 %. Les perspectives ne sont toutefois pas exemptes de risques pour la viabilité budgétaire, liés à une contraction potentielle de l’économie mondiale, en particulier en Europe, aux vulnérabilités accrues du secteur financier, à l’impact de la hausse des subventions des produits pétroliers et à l’encours des arriérés de paiements intérieurs.

Il y a lieu de relever les défis de taille qui se posent au budget 2012, pour éviter que la situation des finances publiques ne se détériore davantage. Cette situation résulte de la sous budgétisation des subventions pétrolières, de l’accumulation de nouveaux arriérés en 2011 et des passifs conditionnels des entreprises publiques et des banques en difficulté. La sauvegarde de la viabilité budgétaire à moyen terme exige des mesures correctrices, notamment une meilleure mobilisation des recettes non pétrolières, la modération des dépenses liées aux subventions du carburant, la non accumulation d’arriérés de paiements intérieurs et la reconstitution des marges de manœuvre budgétaires.

Les résultats en matière de gestion des finances publiques restent préoccupants. L’audit des arriérés de paiement en cours actuellement devrait prendre fin et un programme visant à apurer les arriérés audités devrait être adopté. La gestion des dépenses publiques devrait aussi être affermie par le renforcement du dispositif de contrôle de la chaîne de la dépense et un meilleur suivi des flux de ressources financières.

L’augmentation du nombre de banques en difficulté et les retards pris dans leur restructuration, la concentration du crédit bancaire à la raffinerie nationale de pétrole et les effets de débordement de l’accumulation d’arriérés sont autant de risques pour la stabilité du secteur financier. Une stabilité financière durable ne peut être réalisée que dans un cadre régional effectif et une meilleure coopération entre les entités nationales et régionales. Étant la principale économie de la zone CEMAC, le Cameroun devrait suivre une démarche proactive pour faire progresser les réformes qui s’imposent dans le secteur financier à l’échelle régionale.

Pour le Cameroun, l’une des grandes priorités en matière de politique macroéconomique est de réaliser une croissance plus forte et plus solidaire, en comblant les grands déficits en infrastructure et en améliorant le climat des affaires. L’accélération de la croissance économique modérée affichée par le Cameroun ces dernières années nécessitera l’exécution intégrale d’un vaste programme d’investissement public. La compétitivité du Cameroun reste sous la contrainte de facteurs structurels. Pour améliorer le climat des affaires, les autorités devront apporter une solution aux questions de gouvernance, approfondir le dialogue touchant aux intérêts du secteur privé, prendre les mesures nécessaires pour accroître le degré d’intermédiation financière et améliorer l’accès au crédit.

Le risque de surendettement du Cameroun reste faible. Mais il est indispensable de réduire les arriérés de paiement intérieurs et de maintenir un politique d’emprunt prudente, pour maintenir la viabilité de la dette. Les indicateurs de la dette publique se sont détériorés à partir de 2011 en raison de l’impact des arriérés intérieurs sur la dette intérieure ainsi que de la nécessité de couvrir les besoins de financement budgétaire en recourant à une titrisation accrue. D’autres signes de vulnérabilité ont trait à l’augmentation des passifs quasi-budgétaires des entreprises d’État et des banques en difficulté, ainsi qu’aux crédits non concessionnels. La réforme du mécanisme de subvention du carburant, un meilleur contrôle des engagements de dépenses et, dans la mesure du possible, des financements extérieurs concessionnels contribueraient au maintien de la viabilité globale de la dette.


Cameroun – Principaux indicateurs économiques et financiers, 2010-13
 
  2010 2011 2012 2013
  Réal. Est. Proj. Proj.
 
  •  

(Variation annuelle en pourcentage, sauf indication contraire)

Revenu national et prix

       

PIB à prix constants

2,9 4,2 4,7 5,0

Pétrolier

-12,1 -7,3 16,2 6,8

Non pétrolier

3,7 4,7 4,3 4,9

Déflateur du PIB

3,0 2,9 2,0 2,9

Prix à la consommation (moyenne sur 12 mois)

1,3 2,9 3,0 3,0

Commerce extérieur

       

Volume d’exportations

-0,5 6,3 9,8 6,8

dont : secteur non pétrolier

3,1 9,4 7,0 7,4

Volume des importations

4,9 15,6 7,9 7,8

Termes de l’échange ("-" = détérioration)

16,0 2,4 -6,8 2,2

Monnaie et crédit (fin de période)

       

Avoirs intérieurs nets 1

8,9 18,0 8,3 8,2

Crédit net au secteur public 1

-1,6 5,7 2,7 2,9

Crédit au secteur privé

8,2 28,3 10,0 9,2

Masse monétaire large (M2)

11,3 10,6 6,0 7,2
 

(Pourcentage du PIB, sauf indication contraire)

Opérations de l’administration centrale

       

Recettes totales (dons exclus)

16,8 18,4 18,4 18,2

Recettes non pétrolières (% du PIB hors pétrole)

13,3 14,2 14,3 14,4

Dépenses totales

18,6 21,7 22,0 22,3

Solde budgétaire global (paiements d’arriérés inclus)

       

Hors dons

-2,9 -3,9 -4,4 -4,3

Dons inclus

-2,3 -3,4 -3,9 -3,8

Solde primaire non pétrolier (% du PIB hors pétrole)

-5,7 -8,5 -9,0 -9,1

Secteur extérieur

       

Solde extérieur courant (dons inclus)

-3,0 -4,1 -4,7 -4,2

Réserves gagées (% de la masse monétaire large)

65,6 52,9 47,8 43,7

Dette publique

       

Total

12,1 13,7 17,2 20,0

Extérieure

6,5 7,6 8,9 9,8
 

Sources : autorités camerounaises; estimations et projections des services du FMI.

1 Pourcentage de la masse monétaire large en début de période.


1 Conformément aux dispositions de l'article IV de ses Statuts, le FMI procède, habituellement chaque année, à des consultations bilatérales avec ses membres. Une mission des services du FMI se rend dans le pays, recueille des données économiques et financières, et s'entretient avec les responsables nationaux de l'évolution et des politiques économiques du pays. De retour au siège, les membres de la mission rédigent un rapport qui sert de cadre aux délibérations du Conseil d'administration. Le Conseil prend des décisions selon la procédure par défaut d’opposition lorsqu’il estime qu’une proposition peut être examinée sans convoquer une réunion formelle.



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