Déclaration de la mission des services du FMI à Alger

Communiqué de presse no 08/293 (F)
Le 20 Novembre 2008

Une mission du Fonds monétaire international, dirigée par Monsieur Joël Toujas-Bernaté, a séjourné à Alger du 4 au 15 novembre 2008 pour conduire les discussions dans le cadre des consultations annuelles au titre de l'Article IV des statuts du FMI. Cette consultation sera conclue par la préparation d'un rapport qui sera discuté par le Conseil d'Administration du FMI début 2009, et sera publié.

Les discussions ont porté sur les politiques et perspectives économiques à court et moyen terme, dans le contexte actuel d'incertitude sur la conjoncture mondiale. La mission a bénéficié de discussions avec Son Excellence Monsieur le Ministre des Finances, M. Karim Djoudi, et Son Excellence Monsieur le Gouverneur de la Banque d'Algérie, M. Mohammed Laksaci. La mission a également rencontré des représentants des secteurs économiques et financiers.

L'Algérie enregistre depuis plusieurs années de bonnes performances économiques caractérisées par l'accélération de la croissance hors hydrocarbures et la réduction du chômage, la quasi-élimination de l'endettement extérieur, et d'importants surplus extérieurs et budgétaires. Ces bonnes performances se sont poursuivies en 2008 :

• la croissance hors hydrocarbures devrait atteindre près de 6%, en continuant d'être tirée par l'important programme d'investissements publics (PIP). La croissance totale devrait elle s'établir autour de 3% du fait d'une baisse des exportations hydrocarbures ;

• l'inflation reste maîtrisée à 4%, parmi les plus faibles des pays de la région, reflétant une politique monétaire prudente et un soutien aux prix de certains produits alimentaires de base. Les taux de change effectifs nominal et réel sont restés globalement stables depuis un an ;

• la position extérieure reste forte, avec des réserves internationales atteignant environ 135 milliards de dollars en octobre 2008 ;

• la position budgétaire reste solide, malgré la forte expansion des dépenses de fonctionnement et d'équipement. Grâce à des recettes hydrocarbures encore élevées, le surplus budgétaire global devrait atteindre près de 9% du PIB. Cela a permis une accumulation supplémentaire de ressources dans le Fonds de régulation des recettes (FRR).

Le contexte international s'est assombri brutalement depuis l'été avec la crise financière mondiale, la baisse rapide du prix du baril, et les perspectives de fort ralentissement de l'économie mondiale. Du fait de sa faible exposition aux flux financiers internationaux, le secteur financier algérien ne devrait pas subir d'effets de contagion directe. Cependant, une diminution importante des recettes pétrolières pourrait affecter à terme la croissance par le biais d'un ralentissement du PIP. Ce contexte très incertain requiert une flexibilité accrue des politiques macroéconomiques, afin de limiter l'impact de la baisse des cours pétroliers sur l'économie, préserver la stabilité macroéconomique et soutenir la croissance.

La politique budgétaire en 2009 devra protéger la demande intérieure contre la baisse des cours mondiaux des hydrocarbures. Les ressources accumulées dans le FRR grâce aux politiques financières prudentes poursuivies au cours des dernières années permettront de continuer à financer, au moins dans l'immédiat, le PIP et le déficit budgétaire. La politique monétaire en 2009 devra également être prête à soutenir la demande intérieure, dans la mesure où les pressions inflationnistes s'estompent suite au retournement des prix des matières premières. Par ailleurs, la Banque d'Algérie devrait poursuivre la politique actuelle de stabilité du taux de change effectif réel.

Dans ce contexte, certaines tendances économiques devraient encore rester favorables en 2009, alors que d'autres subiraient un retournement. La croissance hors hydrocarbures pourrait atteindre encore 6% si des projets importants d'investissements publics et privés se poursuivent, et l'inflation devrait se maintenir sous 4%. En revanche, une baisse du prix des hydrocarbures, couplée à des dépenses budgétaires et des importations élevées, entrainerait une dégradation significative du solde extérieur et du déficit budgétaire global.

Le gouvernement devra se préparer à prendre certaines mesures conservatoires au cas où la conjoncture mondiale devait rester durablement défavorable. Celles-ci pourraient inclure une rationalisation accrue des dépenses publiques, y compris une meilleure maîtrise des dépenses courantes, ainsi qu'une mobilisation encore plus efficace des recettes fiscales hors hydrocarbures. En tout état de cause, le gouvernement devra continuer à veiller à la qualité des dépenses publiques.

La crise actuelle souligne l'impératif de diversification de l'économie, qui est encore très dépendante du secteur des hydrocarbures. De plus, la productivité reste relativement faible comparée aux pays partenaires, et le chômage demeure très élevé chez les jeunes. Le défi majeur de l'Algérie à moyen terme est donc d'assurer une croissance hors hydrocarbures forte et soutenable afin de réduire davantage le chômage et d'accroître le niveau de vie de la population. Ceci présuppose non seulement la stabilité macroéconomique mais aussi l'approfondissement des réformes structurelles, qui sont restées timides, en particulier en matière de désengagement de l'Etat des secteurs industriel et financier. A l'avenir, il s'agira de veiller au développement sain du secteur financier, d'assurer l'intégration croissante du pays dans l'économie régionale et mondiale, et d'améliorer le climat des affaires.



DÉPARTEMENT DE LA COMMUNICATION DU FMI

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