Les Pays du Moyen-Orient ont atténué les effets de la crise mondiale grâce à la solidité des fondamentaux de leur économie

Communiqué de presse n° 09/155
10 mai 2009

La crise financière mondiale n’a pas épargné les pays de la région Moyen-Orient, Afrique du Nord, Afghanistan et Pakistan (MOANAP), mais la solidité des fondamentaux de leur économie ainsi que leurs réserves de change considérables les ont aidés à amortir le choc. S’exprimant à l’occasion de la publication du rapport du printemps 2009 du Fonds Monétaire International (FMI) sur les Perspectives économiques régionales, Masood Ahmed, Directeur du Département Moyen-Orient et Asie du FMI, a déclaré : « Étant donné la dimension mondiale de la crise économique actuelle, les pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord en ont aussi subi les conséquences. Cependant, il est probable qu’ils s’en tireront mieux que des pays d’autres régions du monde grâce, en partie, à une gestion financière et économique prudente, mais aussi au fait que les pays exportateurs de pétrole de la région peuvent puiser dans leurs abondantes réserves pour atténuer les effets du ralentissement mondial sur leurs économies et celles des pays voisins avec lesquels ils ont des liens économiques de plus en plus étroits. On s’attend à ce que la croissance globale de la région tombe de 5,7 % en 2008 à 2,6 % en 2009. »

La crise mondiale touche les pays de la MOANAP par trois canaux indirects. Premièrement l’effondrement des cours du brut réduit les recettes des pays exportateurs de pétrole et fait diminuer la facture d’importations des pays qui en importent ; deuxièmement, la contraction à l’échelle mondiale de la demande et des échanges commerciaux fait baisser les exportations, le tourisme et les envois de fonds des travailleurs émigrés. Enfin, troisièmement, le resserrement des marchés internationaux de crédit et la plus grande aversion au risque des investisseurs baissent les prix locaux des actifs et ralentissent l’investissement et les entrées de capitaux.

Les pays exportateurs de pétrole subissent une baisse des cours du brut1

Bien que leurs recettes pétrolières aient fortement diminué, la plupart des pays exportateurs de pétrole maintiennent leurs dépenses publiques en se servant des réserves accumulées pendant les années de prospérité. De 2004 à 2008, grâce au niveau élevé des cours du pétrole et à l’intérêt des investisseurs du monde entier pour la région, les pays exportateurs de pétrole du Moyen-Orient ont connu des taux de croissance annuels voisins de 6 %, accumulé 1.300 milliards de dollars d’actifs extérieurs et lancé de vastes projets d’investissement pour développer leurs capacités et améliorer leurs infrastructures. Les réserves accumulées jusqu’à maintenant permettent aujourd’hui à ces pays de maintenir leurs dépenses publiques à un niveau élevé pour soutenir la demande pendant le ralentissement actuel de l’activité.

Le maintien d’un niveau élevé de dépenses publiques par les pays exportateurs de pétrole permet à ceux-ci d’atténuer les effets de la crise sur leurs propres économies, s’accompagne de retombées positives pour les pays importateurs de pétrole de la région et alimente la demande mondiale. Cependant, les cours pétroliers plus bas et le niveau élevé de dépenses pourraient causer le revirement de la situation extérieure des pays exportateurs de pétrole d’un excédent considérable de 400 milliards de dollars l’année dernière à un déficit collectif chiffré à près de 10 milliards de dollars pour 2009 si les cours pétroliers se maintiennent à leurs niveaux actuels.

La croissance du PIB global des pays exportateurs de pétrole devrait ralentir sensiblement, en passant de 5,4 % en 2008 à environ 2,3 % en 2009, sous l’effet surtout des réductions de production et conformément aux accords de l’OPEP. D’après les projections, la croissance du PIB pétrolier tombera de 2,4 % à – 3,5 % tandis que celle du PIB hors pétrole baissera de 6,1 % à 3,7 %. Le ralentissement de la croissance intérieure conjugué à la baisse des prix internationaux des carburants et des produits alimentaires devrait ramener l’inflation de 15,6 % en 2008 à 10 % en 2009.

Dans le secteur financier, l’exposition aux marchés immobiliers et boursiers en crise ainsi que la raréfaction des liquidités extérieures ont présenté des défis dans certains pays, mais les autorités ont pris rapidement des mesures pour remédier à la situation de liquidité intérieure et elles ont soutenu les systèmes bancaires. Étant donné que la crise mondiale ne cesse d’évoluer, les mesures visant à garantir la santé du système financier resteront au premier rang des priorités au cours de l’année à venir.

Les pays importateurs de pétrole2

Les pays importateurs de pétrole sont également touchés malgré la marge de manœuvre constituée par les cours pétroliers plus faibles. La récession chez les principaux partenaires commerciaux de ces pays — l’Europe, les États-Unis et les pays du Conseil de coopération du Golfe — a entraîné une baisse des exportations de la région. Le tourisme et les envois de fonds des travailleurs émigrés risquent également d’être touchés, encore que, d’après les données obtenues jusqu’à présent, ces deux domaines résistent bien. Enfin, le resserrement des marchés internationaux de crédit et une plus grande aversion au risque pèsent sur les entrées de capitaux, baissent les prix des actifs et réduisent l’investissement dans ces pays.

Tous ces facteurs ont pour effet net de ralentir la croissance du PIB réel dans ces pays, qui tombe de 6,2 % en 2008 à 3,2 % en 2009. Ce repli pourrait à son tour avoir des effets sensibles sur le chômage déjà élevé et sur la pauvreté. En revanche, d’après les projections, l’inflation devrait continuer à diminuer et passer de 14,4 % en 2008 à 9,7 % en 2009.

De nouvelles mesures aideront à maîtriser les risques

La conjoncture mondiale pourrait fort bien se stabiliser durant les mois à venir, mais il ne faut pas sous-estimer les risques d’une récession mondiale persistante, d’une détérioration plus forte du bilan des institutions financières dans certains pays et d’une réduction plus prononcée du financement extérieur ou des envois de fonds des travailleurs émigrés. Pour maîtriser ces risques, la plupart des pays ont engagé des politiques appropriées, et d’autres mesures suivront probablement au cours de la période à venir.

Le rapport sur les perspectives régionales contient quatre messages principaux quant aux actions à engager. Premièrement, les pays dont le niveau d’endettement public n’est pas préoccupant gagneraient à maintenir les dépenses publiques, voire à les renforcer. C’est le cas de la plupart des exportateurs de pétrole, mais aussi, par exemple, du Maroc, de la Syrie et de la Tunisie. Deuxièmement, pendant cette période de ralentissement de l’activité et d’incertitude, il y a lieu de surveiller les systèmes bancaires et, le cas échéant, de réaliser des « tests de résistance » afin de déterminer les besoins en recapitalisation, ou de mettre en œuvre d’autres mesures pour assainir les institutions financières en difficulté. Troisièmement, à mesure que s’apaiseront les tensions inflationnistes, certains pays disposeront d’une marge pour relâcher davantage leur politique monétaire. Enfin, alors que le chômage augmente et que les envois de fonds des travailleurs émigrés diminuent, les gouvernements auront d’autant plus intérêt à cibler leurs ressources et leur action sur les couches de population les plus pauvres et les plus vulnérables des pays touchés par la crise.


Principaux indicateurs économiques
MOANAP (Moyen-Orient, Afrique du Nord, Afghanistan et Pakistan)

 
        Est. Proj. Proj.
2005 2006 2007 2008 2009 2010
 
  Croissance du PIB réel
(taux de variation annuelle en pourcentage)

MOANAP

5.8 5.8 6.0 5.7 2.6 3.6

Exportateurs de pétrole

6.0 5.5 6.0 5.4 2.3 3.8

Importateurs de pétrole

5.4 6.3 6.0 6.2 3.2 3.4

Pour mémoire

           

CGC

6.9 5.5 5.1 6.4 1.3 4.2

Maghreb

5.2 4.8 4.0 4.4 2.7 3.9
  Solde budgétaire de l'administration centrale
  (en pourcentage du PIB)

MOANAP

6.2 6.3 5.2 7.1 -4.0 -1.7

Exportateurs de pétrole

12.3 12.3 10.5 14.0 -3.2 0.0

Importateurs de pétrole

-5.4 -5.1 -4.9 -5.8 -5.5 -4.9

Pour mémoire

           

CGC

20.6 22.4 17.6 26.5 -1.4 1.8

Maghreb

8.4 11.1 5.8 11.2 -5.7 -2.8
  Solde des transactions courantes
  (en pourcentage du PIB)

MOANAP

15.8 17.0 14.7 15.2 -1.7 1.7

Exportateurs de pétrole

21.8 23.3 20.5 21.5 -0.6 4.1

Importateurs de pétrole

-1.3 -1.8 -2.6 -5.0 -4.5 -4.8

Pour mémoire

           

CGC

27.4 28.7 25.1 27.2 1.9 7.9

Maghreb

16.1 20.2 16.7 17.8 -0.1 1.6
 

Sources : autorités nationales et estimations et projections des services du FMI.


1 Exportateurs de pétrole: Algérie, Arabie Saoudite, Bahreïn, Émirats arabes unis, Iran, Iraq, Koweït, Libye, Oman, Qatar, Soudan, Yemen.

2 Pays à faible revenu et marchés émergents: Afghanistan, Djibouti, Égypte, Jordanie, Liban, Mauritanie, Maroc, Pakistan, Syries, et Tunisie.



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