Déclaration de Mme Christine Lagarde devant le Conseil d'administration du FMI

Communiqué de presse n° 11/253
Le 23 juin 2011

Mme Christine Lagarde, candidate au poste de Directeur général du Fonds monétaire international (FMI), a fait la déclaration ci-après devant le Conseil d'administration du FMI, le :

Mesdames et Messieurs, Membres du Conseil,

Permettez-moi tout d'abord de vous remercier des réunions bilatérales très productives que j'ai eues avec chacun d'entre vous hier et ce matin. J'apprécie vraiment cette occasion d'échanger nos idées et de bénéficier de vos points de vues. C'est aussi un honneur pour moi de présenter quelques observations préliminaires devant l'ensemble du Conseil d'administration, avant de répondre à vos questions éventuelles.

En tant que candidate au poste de Directeur général, j'ai écouté attentivement au cours des dernières semaines les messages qui m'ont été transmis par de nombreux pays membres, et je souhaiterais présenter ici quelques-unes de mes idées et répondre à certaines questions qui ont été soulevées :

1. Direction : les trois devoirs du Directeur général

Si je suis élue, je m'engage à assumer, avec votre appui et votre participation active, les trois devoirs principaux d'un Directeur général : présider le Conseil d'administration, gérer le personnel et représenter l'institution.

Premier devoir : présider le Conseil d'administration

Je crois fermement aux vertus d'un Conseil résident permanent. Sans un Conseil qui représente les pays membres, il ne peut y avoir d'organisation multilatérale mondiale. Je suis convaincue que le travail du Conseil confère une légitimité à l'action du FMI.

Une relation solide entre le Directeur général et le Conseil doit absolument reposer sur la confiance et le respect mutuels. Pour jeter les bases d'une telle relation, si je suis élue, je convoquerai une retraite du Conseil avant la suspension informelle de ses réunions cet été.

Deuxième devoir : gérer le personnel

Le personnel est l'atout principal du FMI. Son indépendance doit être protégée aujourd'hui plus que jamais.

Je suis bien consciente que les événements récents ont laissé des plaies ouvertes. Je sais que le départ de John, qui survient au pire moment, laissera un vide important. Le prochain Directeur général devra s'efforcer de montrer au monde extérieur que cette grande institution montre la voie à suivre non seulement sur le plan des compétences techniques, mais aussi de l'intégrité et de l'éthique professionnelle. Nous devons consolider et, si nécessaire, rétablir la fierté du personnel pour mener à bien le processus de reconstruction.

Enfin, l'équipe de direction doit être intégrée et cohérente, avec un Directeur général qui consacre son temps et son énergie à unir l'institution : seule une solide impulsion de la direction nous aidera à surmonter la mentalité du cloisonnement, à assurer la diversité, et à renforcer la cohésion et la cohérence.

Collectivement, nous devons nous attacher à répondre aux besoins de nos pays membres tout en cherchant à atteindre l'objectif premier du FMI, et à être moins repliés sur nous-mêmes.

Troisième devoir : représenter l'institution et apporter une vision

Le Directeur général doit donner l'exemple, en prônant les valeurs d'intégrité, d'indépendance et de discrétion. Il sera aussi la voix loyale et solide de l'ensemble des pays membres lorsqu'il représente le FMI, en particulier dans ses messages, en disant la vérité aux pays membres, qu'ils soient de petite ou de grande taille.

2. Une orientation pour le FMI

Comme je l'ai indiqué dans ma lettre de candidature, je crois fermement que la légitimité et l'efficacité du FMI ne peuvent être tenues pour acquises ; il faut sans relâche y travailler et les renforcer, dans tous les cas où c'est possible ou nécessaire.

Sous la direction de Dominique Strauss-Kahn, le FMI a certainement changé dans un sens positif, en redéfinissant sa position au cœur du système économique et financier mondial. Il a beaucoup appris de la crise financière récente, notamment en s'ouvrant à de nouvelles idées, tout en restant fidèle à ses valeurs et à ses principes fondamentaux.

Cependant, le FMI doit continuer d'agir de manière plus réactive, impartiale et équilibrée à l'appui de la stabilité économique et financière mondiale, pour répondre au mieux aux besoins de l'ensemble de ses pays membres.

Le FMI a beaucoup à faire : une reprise mondiale inégale, des déséquilibres mondiaux qui s’aggravent de nouveau, le risque de déstabilisation lié aux flux de capitaux, le chômage élevé, la hausse de l'inflation et des dossiers difficiles dans certains pays.

Mais permettez-moi de mettre l'accent aujourd'hui sur les principes fondamentaux qui devraient, à mes yeux, orienter l'action du FMI au cours des cinq prochaines années :

Pertinence. Le FMI doit conserver le rôle crucial qu'il vient de retrouver en matière de coopération économique et financière mondiale. La communauté internationale a besoin du FMI, et le FMI doit recevoir de ses pays membres le mandat nécessaire pour s'acquitter de ses responsabilités. En conséquence, je serai prête à travailler avec vous tous sur des changements du cadre juridique de la surveillance, par exemple la décision de 2007 en la matière, ou même à examiner des modifications à apporter aux Statuts, si difficiles qu'elles puissent paraître.

Réactivité. Le FMI doit constamment renforcer sa capacité de répondre aux besoins des pays membres sur la base des circonstances, et surtout aux besoins des pays membres les plus vulnérables ; je pense ici aux pays à faible revenu, en particulier africains. À cet effet, il sera crucial de coordonner l'action avec les partenaires, parmi lesquels la Banque mondiale.

Une surveillance plus stricte, plus efficace et plus cohérente pour mieux prévenir les crises et formuler des conseils adaptés. Au-delà de sa mission fondamentale qui consiste à garantir la stabilité des taux de change, le FMI doit mieux intégrer les questions relatives au secteur financier dans ses travaux de surveillance, en coopérant avec le Conseil de stabilité financière et d'autres organes concernés. Le FMI doit aussi renforcer la surveillance multilatérale en étudiant les interdépendances à l'échelle mondiale : je pense que les rapports de contagion devraient devenir un outil de surveillance permanent ; c'est une question que nous pourrions de nouveau examiner après les réunions du Conseil qui sont prévues pour juillet. Enfin, la surveillance exercée par le FMI devrait aller au-delà de ces éléments de base, pour inclure les questions structurelles et budgétaires, ainsi que les politiques sociales et de l'emploi. Dans un souci de cohérence, et pour rassembler de manière plus efficace et plus lisible tous les travaux sur la surveillance, certes excellents mais éparpillés, et franchement quelque peu édulcorés, j'ai demandé lors de la dernière réunion du Comité monétaire et financier international que ce dernier examine un rapport consolidé sur la surveillance multilatérale.

Des ressources suffisantes et des outils adéquats. Pour cela, il faudra tout d'abord que les pays membres tiennent leurs engagements, ce qui nécessitera une attention constante. Cela supposera aussi de mieux exploiter les ressources du FMI, notamment par une coopération renforcée entre le Fonds et les arrangements financiers régionaux. Enfin, nous devons veiller à ce que le FMI ait les moyens d'affronter les chocs systémiques.

Une légitimité accrue. La légitimité est la condition préalable à l'acceptation de toute réforme. Il va de soi qu'il convient avant tout de mettre en œuvre sans tarder la réforme historique de la gouvernance convenue l'année dernière. À cet égard, la France a montré la voie à suivre. D'une manière plus générale, si je suis élue, je m'attacherai à adapter sans relâche la représentation des pays au sein du FMI, en particulier les quotes-parts, à l'évolution des réalités économiques. Des échéances importantes sont prévues à court terme et il faut les respecter.

Diversité et esprit d'équipe. Le dévouement et l'expertise des services de l'institution doivent être encouragés et protégés, tout en veillant à ce que soient respectées l'égalité des chances et la diversité sous tous ses aspects, tant sur le plan de l'égalité entre les sexes que du parcours universitaire et de l'origine géographique. Comme le fait observer le rapport du Bureau indépendant d'évaluation (BIE), la réflexion en vase clos aboutit à une pensée uniforme et la mentalité du cloisonnement amoindrit l'efficacité. La diversité renforcera la légitimité mais aussi l’efficacité de l’institution. C'est là un domaine où des progrès seront accomplis, si je suis élue.

Je voudrais maintenant aborder sans ambages trois questions soulevées par certains d'entre vous.

3. Au sujet du processus de sélection

Premièrement : J'ai entièrement foi dans un processus de sélection ouvert, transparent et fondé sur le mérite, qui permette à un large consensus de se former autour du prochain Directeur général. Le FMI n'appartient à personne d'autre que ses 187 États membres. J'ajouterais que, en tant que Gouverneur du FMI, j'ai toujours pris position en faveur d'un processus de sélection qui soit indépendant des considérations de nationalité. Par conséquent, le fait que je suis française et européenne ne devrait être pour moi ni un avantage ni un handicap.

4. Représentante de l'Europe

Deuxièmement : Je ne suis pas ici pour représenter les intérêts d'une région particulière du monde, mais bien de l'ensemble des États membres, conformément à la mission que les Statuts du FMI assignent à l’institution. Le Directeur général à un devoir exclusif de loyauté à l'égard de l'institution.

5. Conflit d'intérêts

Troisièmement : Le FMI a actuellement des programmes de précaution ou assortis de financements dans toutes les régions du monde. Considérer qu'il y aurait conflit d'intérêts si le Directeur général provenait d'une région du monde où certains pays membres bénéficient d'une aide financière ou technique du FMI, non seulement réduirait considérablement le nombre de candidats, mais semble aussi mener à une impasse.

En effet, comment le FMI pourrait-il garantir que, pendant le mandat du Directeur général, aucun pays de la région dont il est originaire ne viendra solliciter un financement de l'institution? Une chose est certaine : si l'on suit ce raisonnement, les deux candidats actuels seraient éliminés, bien que la France n'ait aucun accord avec le FMI.

Cela dit, je suis fière d'avoir joué un rôle clé dans les négociations sur le cadre de gouvernance économique au sein de la zone euro ainsi que dans la mise en œuvre des divers programmes de soutien à la Grèce, à l'Irlande et au Portugal. Cela m'a aussi offert l'occasion de travailler en étroite collaboration avec le FMI et de former un partenariat solide avec l'UE, qui, à mon avis, pourrait être reproduit pour d'autres régions.

Cependant, je tiens à être très claire sur ce point : si je suis élue et si un pays membre de la zone euro sollicite un jour l’aide du FMI, mon seul souci sera d'agir en pleine conformité avec la mission du FMI et de veiller à la bonne utilisation des ressources du Fonds. Lors de mes discussions avec les dirigeants européens, je n'hésiterai pas à faire preuve de la franchise et de la fermeté nécessaires, bien au contraire. Lorsque des choix difficiles s'imposent, la bienveillance ne doit pas entrer en ligne de compte et, dans le cas de la Grèce, il n'existe aucune solution qui ne commence avec des ajustements difficiles mais nécessaires de la part des autorités grecques pour rétablir la viabilité des finances publiques et restaurer la compétitivité du pays.

6. Je me présente aujourd'hui en tant que …

Ces quelques précisions étant faites, je voudrais souligner les points suivants :

Je me présente en tant que femme, en espérant contribuer à la diversité et à l'équilibre de cette institution.

Je me présente en tant qu'ancienne dirigeante d'un cabinet d’avocats international attachée à l'intégrité, aux principes éthiques les plus rigoureux et à la gestion participative.

Je me présente en tant que ministre des finances ayant fait ses preuves en période de crise.

Je me présente en tant qu’ancien Président du Conseil Ecofin de l'Union européenne et des réunions des ministres des finances du G–20, dont les accomplissements et les capacités de direction sont largement reconnus.

Je souhaite mettre ces compétences et cette expérience au service du Fonds monétaire international.

* * *

En conclusion, si vous me faites l'honneur de me confier la tâche exigeante de Directeur général, je m’attacherai, au cours des cinq années à venir, à édifier un FMI qui soit adapté à l'évolution du monde; réactif, prêt à répondre avec les moyens nécessaires à tous les défis, prévisibles et non prévisibles; coopératif, à l’écoute de toutes les parties prenantes, en assurant une coordination efficace avec elles et en œuvrant sans relâche à la formation d’un consensus; légitime et impartial, en tenant compte de l’évolution du monde.

Mesdames et Messieurs, Membres du Conseil d'administration, je vous remercie de votre attention.



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