Le Conseil d’administration du FMI conclut les discussions de 2013 sur les politiques communes des pays de la CEMAC

Communiqué de presse No. 13/414
29 octobre 2013

Le 23 octobre 2013, le Conseil d’administration du Fonds monétaire international (FMI) a conclu les discussions annuelles sur les politiques communes des États membres de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC)1.

En 2012, la CEMAC a continué d’afficher de solides résultats économiques. S’appuyant sur des recettes pétrolières élevées, la plupart des pays de la CEMAC ont mis en place d’ambitieux plans d’investissement public durant ces dernières années afin de corriger les goulets d’étranglement en infrastructure. L’augmentation continue des dépenses publiques dans plusieurs pays membres et l’essor de la consommation intérieure ont contribué à une croissance de 6,5 pourcent des secteurs non pétroliers en 2012, tandis que la production pétrolière se repliait légèrement. Globalement, le taux de croissance du PIB réel pour la région a atteint 5,5 pourcent. Le franc CFA étant rattaché à l’euro, l’inflation est restée modérée, aux alentours de 3 pourcent en moyenne pour la région, avec toutefois quelques variations entre pays. En 2013, l’activité économique devrait rester solide, encore que le tassement de la production pétrolière, la modération de l’investissement public et la crise politique en République centrafricaine pèseront sur la croissance du PIB. L’inflation devrait rester modeste avec une diminution du prix des denrées alimentaires.

L’augmentation continue des dépenses publiques alimente certes la croissance mais elle a aussi contribué à la détérioration de la situation budgétaire générale en 2012, qui est devenue déficitaire (hors dons) à hauteur de 1,6 pourcent du PIB. La dette publique est cependant restée faible, à environ 14 pourcent du PIB. Suite aux opérations d’allégement et de restructuration de la dette de ces dernières années, la dette publique s’est maintenue nettement en dessous du plafond de 70 pourcent du PIB fixé dans le dispositif de surveillance régionale pour chacun des pays. La forte demande d’importations liée à l’orientation expansionniste de la politique budgétaire et les importantes sorties de revenu ont contribué à détériorer le solde des transactions courantes, qui a affiché un déficit de 1,4 pourcent du PIB. Cependant, comme les entrées de capitaux ont été plus fortes, les réserves internationales se sont davantage étoffées et ont atteint l’équivalent de 5,7 mois d’importations totales à la fin 2012.

La politique monétaire a été passive durant ces dernières années mais elle s’est durcie de plus en plus en raison des écarts de taux grandissants entre le franc CFA et l’euro. En juillet 2013, la banque centrale régionale (BEAC) a abaissé son taux directeur principal de 50 points de base face au repli de l’inflation et au ralentissement de la croissance des agrégats monétaires. Malgré un ralentissement des agrégats monétaires, la liquidité excédentaire reste élevée dans le système bancaire et il est difficile de la maîtriser dans le cadre actuel de la politique monétaire. La liquidité excédentaire s’explique pour l’essentiel par le manque de profondeur du secteur financier régional, les progrès ayant été lents dans le développement des circuits financiers. Le secteur bancaire semble vulnérable dans certains pays et se heurte à de considérables défis face à la nécessité de promouvoir une croissance plus inclusive axée sur l’investissement privé.

Les résultats macroéconomiques devraient rester relativement solides à moyen terme, mais la CEMAC est aux prises avec d’importants risques baissiers. La région continue de dépendre largement des recettes pétrolières, le pétrole représentant 36 pourcent du PIB régional et 87 pourcent des exportations totales de biens. Le risque le plus grave pour la CEMAC est celui d’une diminution considérable et persistante des cours du pétrole et des matières premières à laquelle pourrait donner lieu le ralentissement de l’économie mondiale ou de l’activité dans les grands pays émergents. Ce repli aurait de profondes retombées sur les soldes budgétaire et courant et obligerait vraisemblablement à réduire brutalement les investissements publics. En outre, l’aggravation des risques sécuritaires dans la région pourrait aussi avoir des répercussions négatives sur la croissance, même si la crise politique en République centrafricaine ne devrait pas avoir de retombées économiques importantes sur la sous-région à court terme. En outre, sans une intensification de la dynamique de réforme et une plus grande intégration économique, le potentiel de croissance à moyen terme de la CEMAC serait plus limité et la sous-région pourrait ne pas être en mesure d’atteindre ses ambitieux objectifs de développement.

Évaluation par le Conseil d’administration

Les administrateurs prennent note des bons résultats macroéconomiques de la région en 2012, grâce à l’investissement public qui est financé à l’aide des recettes pétrolières élevées. Cependant, ils notent que si les perspectives à moyen terme sont favorables, d’éventuels chocs pétroliers constituent des risques considérables. Par ailleurs, des problèmes importants subsistent, notamment une pauvreté élevée, l’inégalité des revenus et le sous-emploi. Les administrateurs soulignent qu’il est nécessaire de renforcer la surveillance budgétaire et le cadre de politique monétaire, de renforcer le secteur financier et de redoubler d’efforts pour promouvoir la diversification et l’intégration régionale des économies.

Les administrateurs conviennent que le dosage actuel des politiques macroéconomiques est dans l’ensemble approprié. Ils sont d’avis que la politique budgétaire pourrait être plus prudente dans certains pays, surtout dans les pays où les marges de manœuvre budgétaires sont insuffisantes pour faire face à des chocs extérieurs de grande envergure. Ils conviennent que l’assouplissement récent de la politique monétaire était approprié compte tenu des perspectives favorables en matière d’inflation. Les administrateurs notent que le niveau des réserves extérieures est adéquat, mais ils incitent les autorités nationales à agir en coordination avec la BEAC pour améliorer l’observation par certains pays membres de l’obligation de rapatriement des réserves.

Les administrateurs encouragent les autorités à mieux adapter le cadre régional de surveillance budgétaire à la structure des économies des pays membres qui sont dominées par le pétrole. Les critères de convergence relatifs au déficit budgétaire et à la dette publique doivent être révisés de manière à limiter la procyclicité et à veiller à ce que le risque de surendettement soit faible, tout en soutenant une politique prudente en matière d’emprunt. Les nouveaux critères pourraient être renforcés à l’aide de règles relatives à des fonds de stabilisation des recettes pétrolières. Les administrateurs soulignent aussi qu’il est nécessaire d’accélérer la réforme du cadre de politique monétaire afin qu’elle puisse être efficace. Il sera important de mettre en place un cadre analytique de suivi et de prévision des liquidités, ainsi que de développer des instruments de marché pour la gestion des liquidités et un marché monétaire interbancaire actif.

Les administrateurs engagent les autorités à redoubler d’efforts pour développer un secteur financier régional. Il est prioritaire de renforcer le dispositif de réglementation et de contrôle, d’accroître l’observation des exigences prudentielles et d’accélérer le traitement des banques en difficulté. Les administrateurs sont d’avis qu’il serait utile de mettre à jour le programme d’évaluation du secteur financier. À moyen terme, il sera essentiel d’établir un registre du crédit, de renforcer l’exécution des droits de propriété et d’entreprendre des réformes du système judiciaire.

Les administrateurs soulignent qu’il est nécessaire de s’attaquer aux obstacles structurels à une croissance solidaire, à l’intégration régionale et à la compétitivité. Il sera essentiel d’améliorer le climat des affaires régional et d’éliminer les obstacles au développement du secteur privé et à la diversification de l’économie. Il sera important aussi de réduire les obstacles au commerce régional et d’encourager la mobilité de la main-d’œuvre.

Les administrateurs encouragent les autorités à accélérer le rythme des réformes institutionnelles lancées par les institutions régionales. En particulier, il convient de renforcer la gouvernance de la BEAC, ainsi que les capacités de l’autorité régionale de contrôle bancaire et de la Commission de la CEMAC. Les pays membres doivent promouvoir le programme régional en responsabilisant les institutions régionales et en améliorant l’exécution des politiques communes. Il sera important aussi d’améliorer la qualité des données économiques et financières.

Les vues exprimées aujourd'hui par les administrateurs feront partie des consultations individuelles avec les pays membres de la CEMAC au titre de l'article IV qui se dérouleront jusqu'au prochain examen des politiques communes de la CEMAC par le Conseil d'administration.

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Silvia Zucchini
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Tableau 1. CEMAC : Principaux indicateurs économiques et financiers, 2009–14
 
  2009 2010 2011 2012 2013 2014
        Est. Proj. Proj.
 
  (Variation annuelle en pourcentage)

Revenu national et prix

           

PIB à prix constants

1.5 5.5 3.9 5.5 3.7 5.3

PIB pétrolier

-4.2 4.1 -2.1 -0.9 -1.9 2.6

PIB non pétrolier 1

4.7 6.1 5.7 6.5 5.0 5.5

Prix à la consommation (moyenne de la période)2

2.8 1.5 2.5 2.7 2.1 2.5

Prix à la consommation (fin de la période)2

2.3 2.1 4.3 3.0 2.9 2.9

Taux de change effectif nominal2

0.0 -4.0 1.1 -3.1

Taux de change effectif réel2

3.4 -4.7 -0.9 -1.3
  (Variation annuelle en pourcentage de la monnaie au sens large en début de période)

Monnaie et crédit

           

Avoirs extérieurs nets

-13.5 -4.6 17.0 9.5

Avoirs intérieurs nets

20.0 27.5 0.2 6.7

Monnaie au sens large

7.1 21.4 18.3 16.1

Épargne nationale brute

26.3 26.5 30.3 29.8 29.9 28.5

Investissement intérieur brut

30.5 29.9 29.5 31.1 31.5 30.8

dont : public

13.6 11.8 13.5 14.4 14.7 13.8
  (Pourcentage du PIB, sauf indication contraire)

Opérations financières de l'État

           

Recettes totales, hors dons

25.5 25.2 28.0 27.5 27.6 26.7

Dépenses publiques

27.2 24.5 25.6 29.0 28.8 27.6

Solde budgétaire primaire de base3

1.0 3.1 5.6 1.8 2.3 2.5

Solde budgétaire de base4

0.4 2.4 4.9 0.6 1.3 1.8

Solde budgétaire global, hors dons

-1.9 0.1 2.0 -1.6 -1.8 -1.0

Solde budgétaire global non pétrolier, hors dons (pourcentage du PIB non pétrolier)

-24.2 -23.8 -26.4 -30.7 -29.2 -25.2

Solde budgétaire global, dons inclus

-0.9 0.8 2.7 -1.1 -1.2 -0.3

Secteur extérieur

           

Exportations de biens et services hors facteurs

46.4 51.6 55.6 54.5 50.7 48.2

Importations de biens et services hors facteurs

42.0 41.9 40.0 41.0 40.2 38.6

Solde des biens et services hors facteurs

4.4 9.7 15.7 13.5 10.6 9.6

Compte courant, dons inclus

-4.2 -3.4 0.8 -1.4 -1.7 -2.4

Dette publique extérieure

16.2 11.6 12.6 13.4 12.9 13.4

Réserves officielles brutes (fin de période)

           

Millions de dollars EU

14,354 13,658 15,717 17,531 18,526 20,115

Mois d'importations de biens et services (moins import. intrarégionales)

5.7 4.7 5.3 5.7 5.9 6.3

Pourcentage de la monnaie au sens large

112.4 92.4 85.6 88.9

Pour mémoire :

           

PIB nominal (milliards de francs CFA)

30,853 36,552 42,296 46,004 47,021 48,957

Francs CFA/dollar E.U., moyenne

472.2 495.3 471.9 510.0 494.7 486.2

Cours du pétrole (dollars EU par baril)

61.8 79.0 104.0 105.0 104.5 101.3
 

Source : Données recueillies par les services du FMI.

           

1 Pour la Guinée équatoriale, le PIB non pétrolier comprend la production de dérivés des hydrocarbures.

2 En utilisant comme pondérations la part des pays membres dans le PIB de la CEMAC en dollar EU en PPA.

3 Hors dons et investissements et paiements d'intérêts financés de l'extérieur.

4 Hors dons et investissements financés de l'extérieur.

           

1 Conformément aux dispositions de l'article IV de ses Statuts, le FMI procède, habituellement chaque année, à des consultations bilatérales avec ses membres. Une mission des services du FMI se rend dans le pays, recueille des données économiques et financières, et s'entretient avec les responsables nationaux de l'évolution et des politiques économiques du pays. De retour au siège, les membres de la mission rédigent un rapport qui sert de cadre aux délibérations du Conseil d'administration. À l'issue de ces délibérations, le Directeur général, en qualité de Président du Conseil d'administration, résume les opinions des administrateurs, et ce résumé est communiqué aux autorités du pays. On trouvera une explication des termes convenus utilisés communément dans les résumés des délibérations du Conseil d'administration à l’adresse : http://www.imf.org/external/french/np/sec/misc/qualifiersf.htm.



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