Le Conseil d’administration du FMI conclut les consultations de 2014 au titre de l’article IV avec la République démocratique du Congo

Communiqué de presse n°14/283
Le 16 juin 2014

Le 9 juin 2014, le Conseil d’administration du Fonds monétaire international (FMI) a conclu les consultations au titre de l’article IV1 avec la République démocratique du Congo (RDC).

La RDC a enregistré une forte croissance économique vigoureuse ces dernières années (7 % en moyenne au cours de la période 2010–12) en dépit d’un contexte sécuritaire difficile. La production minière et les investissements y associés restent les principaux moteurs de cette forte croissance, bien que la contribution d’autres secteurs, notamment l’agriculture ait augmenté poussant ainsi le taux de croissance du produit intérieur brut (PIB) réel à 8,5 % en 2013. Une politique budgétaire restrictive et l’absence de choc majeur sur les prix ont contribué à réduire davantage l’inflation, qui est tombée à un niveau historique de 1 % à la fin de 2013. L’augmentation des exportations minières et le niveau soutenu des flux d’investissements étrangers ont contribué à un excédent de la balance globale des paiements. Cependant, l’augmentation des réserves de change brutes en 2013 n’a pu maintenir la couverture des réserves qu’à 7,7 semaines d’importations de biens et services non liées à l’aide, un niveau qui reste faible même si le taux de change est demeuré remarquablement stable depuis 2010.

En dépit de cette croissance économique vigoureuse, la pauvreté reste omniprésente et l’économie vulnérable. L’espace budgétaire limité et la pratique de compenser les chocs sur les recettes par des ajustements des dépenses n’ont pas permis de soutenir les investissements en faveur de la lutte contre la pauvreté, nécessaires pour réaliser une croissance inclusive, d’où une montée des revendications de la population pour un meilleur partage des retombées de la croissance.

Les progrès des réformes structurelles ont été mitigés. Le gouvernement a mis en œuvre des réformes importantes visant à dédollariser l’économie, à développer les marchés financiers et à améliorer la gestion des finances publiques. La Banque centrale du Congo (BCC) a introduit avec succès de nouvelles coupures du franc congolais et le gouvernement a généralisé le système de paiement des salaires des fonctionnaires par les banques. Les réformes de la gestion des finances publiques ont progressé aussi, avec une amélioration de la chaîne de la dépense et une réduction des dépenses en attente de paiement. Par contre, les réformes structurelles visant à accroître l’indépendance de la BCC, notamment en ce concerne sa capitalisation, ainsi qu’à améliorer la transparence et la gouvernance des entreprises publiques du secteur minier ont accusé beaucoup de retard.

Les perspectives de croissance à moyen terme restent favorables. La croissance devrait s’établir à 8,7 % en 2014 et en moyenne à 7,5 % sur la période 2015–18. Le secteur minier devrait rester le moteur principal de la croissance, notamment du fait de l’accélération de la phase d’investissement de Sicomines, du Projet de coopération sino-congolais. En ce qui concerne l’inflation, la projection est de 4 % en 2014, un objectif réalisable compte tenu de la faible inflation actuelle, de la possibilité de stérilisation des liquidités excessives par la BCC, et de l’absence de choc extérieur prévu sur les prix. Une baisse des cours internationaux des principaux produits miniers exportés par la RDC représente le risque principal pour les perspectives économiques du pays.

Évaluation par le Conseil d’administration2

Les administrateurs félicitent les autorités d’avoir préservé la stabilité macroéconomique face à un environnement extérieur et intérieur difficile, mais ils notent que, en dépit de la croissance vigoureuse enregistrée au cours des dernières années, la pauvreté reste importante et la réalisation des objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) est compromise. Les administrateurs notent avec satisfaction l’évolution positive observée récemment sur le front de la sécurité et encouragent les autorités à en tirer avantage pour consolider les gains macroéconomiques récents et accélérer les réformes structurelles nécessaires pour promouvoir une croissance diversifiée, durable et plus solidaire.

Les administrateurs soulignent qu’il est important de créer un espace budgétaire de manière à accroître les dépenses sociales prioritaires et à engager les investissements publics nécessaires pour atteindre les OMD. Cet espace budgétaire devrait être créé par le biais d’une amélioration de la gestion des finances publiques, d’un effort accru de mobilisation des recettes intérieures, notamment celles qui ne sont pas tirées des ressources naturelles et un meilleur alignement du budget sur le document de stratégie pour la réduction de la pauvreté. À cet égard, les administrateurs appellent à améliorer l’administration fiscale, notamment en s’attaquant aux lacunes avérées de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), en maitrisant l’assiette fiscale et en redoublant d’efforts pour accroître la contribution du secteur minier au budget.

Dans ce contexte, les administrateurs appellent à améliorer la gouvernance et la transparence dans la gestion des ressources naturelles ainsi qu’à renforcer le contrôle des entreprises publiques du secteur minier. L’adoption de mesures correctives dans ce domaine pourrait préparer le terrain pour des discussions sur un éventuel nouvel accord. Les administrateurs soulignent qu’il est nécessaire d’accélérer les réformes, notamment en adoptant un code minier et une loi sur les hydrocarbures conformes aux meilleures pratiques internationales, et encouragent le respect intégral des critères de l’Initiative pour la transparence des industries extractives et l’adoption d’un cadre renforcé pour la lutte contre le blanchiment des capitaux. À cet égard, les administrateurs recommandent une meilleure gestion de la fiscalité minière et des actifs miniers de manière à éviter un manque à percevoir de la part des entreprises publiques du secteur des ressources naturelles.

Les administrateurs appellent à opérer des réformes essentielles à la BCC afin d’en accroître l’indépendance opérationnelle et la responsabilisation, renforcer sa capacité à mener la politique monétaire, maintenir la stabilité des prix et la stabilité du secteur financier et restaurer la confiance vis-à-vis des marchés. Dans ce contexte, les administrateurs saluent l’adoption par les autorités d’un plan d’action triennal qui inclut les recommandations du programme d’évaluation du secteur financier (PESF). Les administrateurs recommandent de mettre en œuvre promptement les mesures principales, notamment la recapitalisation de la BCC, l’adoption du projet de loi sur les statuts de la BCC et de la loi bancaire, ainsi que l’abandon des activités non essentielles. Il convient aussi de renforcer les capacités de la BCC sur le plan de l’analyse, de la réglementation et du contrôle.

Les administrateurs appellent à une plus grande flexibilité du taux de change afin d’accumuler davantage de réserves de change, et ce faisant accroître la résilience de l’économie aux chocs exogènes tout en continuant à renforcer la confiance des marchés, surtout dans le contexte de la stratégie de dédollarisation de l’économie adoptée par les autorités.


République démocratique du Congo : principaux indicateurs économiques, 2012–16
 
  2012 2013 2014 2015 2016
 

PIB et prix

(Variation annuelle en pourcentage ; sauf indication contraire) indicated)

PIB réel

7,2 8,5 8,7 8,5 7,9

Déflateur du PIB

7,5 0,7 1,3 2,9 4,0

Prix à la consommation, moyenne sur la période

2,1 0,8 2,4 4,1 4,8

Prix à la consommation, fin de période

2,7 1,0 3,7 4,5 5,0

Secteur extérieur

         

Exportations, f.à.b. (dollars)

-13,7 16,6 16,5 12,1 11,9

Importations, f.à.b. (Dollars)

-7,0 16,3 5,1 6,2 10,1

Volume des exportations

-1,7 25,0 7,5 12,1 11,5

Volume des importations

-7,8 15,4 8,7 7,9 10,5

Termes de l’échange

-11,5 -7,2 12,4 2,0 1,0
  (Variation annuelle en pourcentage de la monnaie au sens large en début de période, sauf indication contraire

Monnaie et crédit

         

Monnaie au sens large

21,1 18,1 10,1 13,1

Avoirs extérieurs nets

22,9 2,3 10,7 7,1

Avoirs intérieurs nets

-1,9 15,7 -0,5 6,1  

Crédit intérieur

-4,6 14,5 5,2 5,9

Dont :

         

Crédit net à l’État (variation annuelle en pourcentage)

-18,9 3,6 -0,2 0,3

Crédit au secteur privé (variation annuelle en pourcentage)

25,6 26,5 11,9 12,0
  (En pourcentage du PIB)

Finances de l’administration centrale

         

Recettes et dons

20,1 17,4 17,4 18,2 19,3

Recettes

14,9 13,0 13,9 14,0 14,7

Dons

5,2 4,4 3,5 4,2 4,6

Dépenses

19,5 19,1 19,6 19,9 20,9

Solde budgétaire intérieur (base caisse)

1,2 0,2 0,5 0,7 0,7

Capacité/besoin de financement (solde global, dons compris)

0,6 -1,7 -2,2 -1,7 -1,6

Investissement et épargne

         

Épargne nationale brute

12,3 11,2 12,2 13,7 15,8

Publique

3,7 2,9 3,4 3,8 4,3

Non publique

8,5 8,3 8,8 9,9 11,5

Investissement

20,3 21,3 21,6 22,7 23,8

Public

6,1 6,4 6,2 6,6 7,0

Non public

14,2 14,9 15,3 16,1 16,8

Balance des paiements

         

Exportations de biens et services

34,1 36,4 39,1 40,2 41,3

Importations de biens et services

40,0 42,5 41,1 39,9 40,1

Solde des transactions courantes, transferts compris

-8,0 -10,1 -9,3 -8,8 -7,8

Solde des transactions courantes, transferts exclus

-10,9 -15,4 -14,0 -12,9 -12,0

Réserves officielles brutes (fin de période, millions de dollars)

1,645 1,695 1,905 1,955 2,165

Réserves officielles brutes (semaines d’importations de biens et services non liées à l’aide)

7,7 7,7 8,4 8,1 8,6
  (Millions de dollars ; sauf indication contraire)

Dette publique extérieure

         

Encours total, y compris FMI

4,662 5,196 6,055 7,096 8,012

Valeur actuelle de la dette3

5,354 3,205 3,918 4,504 5,139

Valeur actuelle de la dette (en pourcentage exportations de biens et services)

57,0 29,5 31,1 32,0 32,7

Service de la dette inscrit à l’échéancier

181,7 194,6 189,3 330,0 366,5

Pourcentage des exportations de biens et services

1,9 1,8 1,5 2,3 2,3

Pourcentage des recettes publiques

4,4 5,0 4,2 6,6 6,4

Taux de change (francs congolais pour 1 dollar)

         

Moyenne de la période

919 919 ,,, ,,,

Fin de période

915 926

Pour mémoire :

         

PIB nominal (milliards de francs congolais)1

25,250 27,596 30,390 33,939 38,094
 

Sources : autorités congolaises, et estimations et projections des services du FMI.,

1 À compter de 2012, l’INS calcule l’IPC à l’aide d’une méthodologie révisée. Selon la méthodologie précédente, l’IPC pour 2012 s’élevait à 5,7 % (fin de période) et à 9,3 % (moyenne).

2 Les projections pour 2011 et au-delà tiennent compte des sorties de bénéfices des compagnies minières.

3 Les projections reposent sur les calculs de l’analyse de viabilité de la dette PPTE 2010 (EBS/10/121, 16/6/2010). Elles incluent l’aide au-delà des conditions de l’initiative PPTE renforcée qui a été accordée par certains créanciers membres du Club de Paris. Pour les exportations, il s’agit d’une moyenne mobile glissante sur trois ans.


1 Conformément aux dispositions de l'article IV de ses Statuts, le FMI procède, habituellement chaque année, à des consultations bilatérales avec ses membres. Une mission des services du FMI se rend dans le pays, recueille des données économiques et financières, et s'entretient avec les responsables nationaux de l'évolution et des politiques économiques du pays. De retour au siège, les membres de la mission rédigent un rapport qui sert de cadre aux délibérations du Conseil d'administration.

2 À l'issue de ces délibérations, le Directeur général, en qualité de Président du Conseil d'administration, résume les opinions des administrateurs, et ce résumé est communiqué aux autorités du pays. On trouvera une explication des termes convenus utilisés communément dans les résumés des délibérations du Conseil d'administration à l’adresse : http://www.imf.org/external/np/sec/misc/qualifiers.htm



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