« Le triple défi auquel est confrontée l’économie mondiale » — Allocution prononcée devant le Forum de haut niveau pour le développement durable

Par Mme Christine Lagarde
Directrice générale du Fonds monétaire international
Organisation des Nations Unies, New York, 24 septembre 2013

Texte préparé pour l’intervention

Monsieur le Président,

Monsieur le Secrétaire général,

Altesses,

Excellences,

Nous sommes réunis ici aujourd’hui pour une seule et même raison : convenir des actions que doit mener la communauté internationale pour appuyer un développement durable à l’échelle mondiale.

Nous avons besoin de politiques du XXIe siècle pour relever les défis économiques de notre époque. Autrement dit, nous devons faire preuve d’une plus grande créativité, d’une plus grande cohésion, et d’une plus grande collaboration que par le passé.

Pourquoi ? Parce que notre planète est confrontée à un triple défi : l’instabilité économique, les dommages environnementaux et l’insuffisance d’équité. Nous ne pouvons dissocier ces trois phénomènes, car chacun renforce et amplifie les autres.

Par conséquent, nous devons y remédier conjointement. De quelle manière ? À travers trois priorités : (i) établir une bonne assise économique ; (ii) calculer le juste prix d’une économie verte ; (iii) garantir l’équité.

Première priorité : établir une bonne assise économique

Si les conditions préalables ne sont pas réunies, la cause est perdue d’avance. Le développement durable commence par la stabilité macroéconomique.

Il y a exactement cinq ans, la faillite de Lehman Brothers déclenchait une dégringolade de l’économie mondiale sans précédent depuis un demi-siècle. Lentement, mais sûrement, nous remontons la pente, mais nous ne sommes pas encore au bout de nos peines.

Pour y parvenir, nous devons prendre des mesures concrètes dans tous les domaines de la politique économique : recourir aux politiques monétaire et budgétaire pour promouvoir la reprise ; réformer le secteur financier ; éliminer les obstacles à l’accélération de la croissance et de la création d’emplois, surtout pour les jeunes.

En collaboration avec tous ses partenaires, le FMI est déterminé à poursuivre ces objectifs. De surcroît, nous nous employons à les réaliser de concert avec nos 188 pays membres.

Deuxième priorité : calculer le juste prix d’une économie verte.

Nous devons absolument relancer la croissance, mais sur de meilleures bases par le passé. Nous savons qu’une croissance économique mal orientée peut être préjudiciable à l’environnement, et que la dégradation de l’environnement peut nuire à l’économie.

Ne nous y trompons pas : ce sont les pays les plus pauvres qui en souffriront d’abord et de manière plus profonde. Selon nos collègues de la Banque mondiale, 40 % des terres utilisées actuellement pour produire du maïs en Afrique subsaharienne ne pourront plus servir à cet effet dans les années 2030, ce qui aura un impact catastrophique sur l’économie, la sécurité alimentaire — et la vie des populations.

Nous devons donc veiller à ce que les dégâts que nous causons se reflètent sur les prix que nous payons.

Le FMI n’est certes pas une organisation environnementale, mais il peut aider à ce niveau. Comment ? En s’efforçant de démêler l’écheveau des subventions énergétiques, qui ont une ampleur considérable et aident ceux qui en ont le moins besoin. Ces subventions, y compris les subventions fiscales, ont absorbé presque 2.000 milliards de dollars en 2011, soit 2½ % du PIB mondial, un montant phénoménal que l’on aurait pu employer à meilleur escient.

La résolution du seul problème des subventions énergétiques aurait des effets bénéfiques pour le budget, pour l’économie et pour la planète.

Troisième et dernière priorité : rendre la croissance plus équitable.

Pendant trop longtemps, les économistes se sont intéressés uniquement à la croissance, mais pas à sa répartition. Désormais, nous savons parfaitement — grâce en partie aux études du FMI — qu’une répartition plus équilibrée du revenu contribue à pérenniser la croissance et à renforcer la stabilité économique.

Dans cette optique, il est essentiel de promouvoir la participation à l’activité économique afin que tous partagent la prospérité et réalisent leur potentiel. Par conséquent, nous devons intensifier de toute urgence les efforts visant à éliminer le fléau de la pauvreté extrême. J’appuie donc sans réserve l’objectif d’éradication de la pauvreté extrême dans le monde entier à l’horizon 2030.

Il est tout aussi urgent de militer en faveur d’une plus grande équité entre hommes et femmes — dans les salles de classe, en milieu de travail et dans les instances de décision. Trop souvent, la progression des femmes est freinée par des obstacles et des attitudes d’un autre âge — situation préjudiciable à la société tout entière. En faisant fi de la contribution des femmes, nous réduisons notre revenu par habitant — soit un manque à gagner atteignant 27 % dans certaines régions — et notre qualité de vie.

L’heure du changement a sonné.

***

En somme, face au triple défi qui nous interpelle aujourd’hui, nous devons faire preuve d’un engagement plus fort et d’une collaboration plus profonde. Ce forum nous donne l’occasion de passer aux actes — immédiatement.

Je vous remercie.



DÉPARTEMENT DE LA COMMUNICATION DU FMI

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