Rehausser le potentiel de croissance des Îles du Pacifique

Allocution de bienvenue à la Conférence de haut niveau des Îles du Pacifique
Port Vila, Vanuatu, 22 novembre 2013
Min Zhu, Directeur général adjoint, FMI

Texte préparé pour l’intervention

Bonjour Mesdames et Messieurs.

1. Je suis enchanté de me trouver aujourd’hui à Port Vila en votre compagnie. Je tiens à exprimer ma sincère gratitude au gouvernement de Vanuatu pour avoir accepté de coparrainer cette conférence et pour sa chaleureuse hospitalité. Je voudrais aussi remercier les dignitaires gouvernementaux de toutes les Îles du Pacifique réunis ici, ainsi que leurs principaux partenaires du développement, les représentants du secteur privé, du monde universitaire et les hauts dirigeants des institutions financières internationales. Mes remerciements vont aussi à notre premier conférencier, le Professeur Lino Briguglio, expert réputé de l’économie des petits États ainsi qu’au Professeur Stephen Howes, grand expert du changement climatique, qui est un sujet de préoccupation majeur pour la région Pacifique.

2. Cette conférence nous donne une occasion unique de partager notre expérience et les pratiques optimales en matière de politique économique, et d’étudier ensemble comment les gouvernements peuvent mettre en œuvre efficacement les réformes nécessaires pour rehausser le potentiel de croissance de la région. Il va sans dire que le secteur privé et les partenaires du développement ont aussi un rôle crucial à jouer.

Permettez-moi de décrire brièvement les perspectives économiques mondiales et régionales.

3. La croissance mondiale tourne au ralenti et les aléas négatifs persistent. Les pays avancés sont en voie de redressement, mais la reprise globale est lente et entravée par les contraintes pesant tant sur la demande que sur l’offre. Les pays émergents jouent encore un rôle moteur, mais leur rythme de croissance n’est plus aussi rapide qu’il y a quelques années. Les prévisions pour l’Asie se situent autour de 5–5½ % en 2013–14 et aux environs de 6¼–6½ % dans le cas des pays émergents asiatiques. L’un des principaux risques pour la croissance et la stabilité financière de ces pays est l’inflexion des politiques monétaires non conventionnelles dans les pays avancés.

4. Le ralentissement de la croissance va sans aucun doute aussi toucher les Îles du Pacifique. Ce sont de petites économies ouvertes, dont le cycle conjoncturel dépend de plus en plus de celui de la région. Côté positif, leur situation géographique leur donne un atout par rapport aux autres petits États, car le dynamisme de l’Asie ne va pas faiblir. Mais ils ont encore du mal à muscler leur croissance. C’est pour cela que nous sommes ici.

De Samoa à Vanuatu : bilan

5. Un des objectifs premiers de cette conférence est de faire fond sur la réflexion que nous avons engagée l’an dernier à Samoa, qui a porté essentiellement sur la résilience économique, en portant notre attention sur les réformes requises pour rehausser le potentiel de croissance dans les Îles du Pacifique, en tenant compte de leur grande vulnérabilité aux chocs, entre autres.

Un des constats qui est ressorti de la conférence de Samoa était qu’il nous faut trouver une voie spécifique pour surmonter les vulnérabilités des Îles du Pacifique, tout en reconnaissant que tous les petits États se heurtent à des obstacles similaires. En fait, une récente étude du Département Asie-Pacifique du FMI montre que les difficultés sont encore plus aigües pour les petites Îles du Pacifique, surtout les micro-États. Elles sont en effet plus vulnérables aux fluctuations macroéconomiques et plus dépendantes de l’aide extérieure que les autres petits États.

Second constat : l’importance cruciale des réformes. Il faut bien reconnaître la gravité des contraintes et des obstacles — notamment géographiques — auxquels sont confrontés les pays insulaires, mais nous voyons aussi que les pays qui ont engagé des réformes structurelles ces dernières années sont parvenus à améliorer leurs comptes extérieurs et budgétaires, à accroître leur résilience et leur marge de manœuvre face au ralentissement économique mondial. Nous avons appris que les réformes économiques et structurelles doivent être mieux adaptées à la situation des Îles du Pacifique pour pouvoir aider le plus efficacement les autorités à résoudre leurs problèmes. Nous nous trouvons ici aujourd’hui pour parler de ces réformes et trouver des solutions pragmatiques pour les décideurs.

Quelques mots maintenant du travail du FMI sur les petits États, pour situer cette conférence dans son contexte.

6. Depuis notre précédente réunion, nos efforts en faveur des petits États ont pris beaucoup d’expansion. À Samoa, nous avions promis que le FMI allait promouvoir l’agenda des petits États à la fois pour mieux comprendre la situation de ces pays et pour faire mieux comprendre à la communauté internationale que petits États ne signifie pas nécessairement petits problèmes. Nous avons fait prendre conscience aux pays membres et actionnaires du FMI des enjeux qui confrontent les petits États. Croyez-moi, ces enjeux étaient mal connus et compris. Et notre Conseil d’administration a examiné en mars quatre rapports sur les problèmes macroéconomiques dans les petits pays membres — dont un consacré aux Îles du Pacifique. À l’issue de l’examen d’un autre rapport, en avril, le Conseil d’administration a ajouté trois pays insulaires du Pacifique (Îles Marshall, Micronésie et Tuvalu) à la liste des pays pouvant bénéficier des concours du Fonds fiduciaire pour la réduction de la pauvreté et la croissance (FRPC), c’est-à-dire de prêts assortis de conditions libérales, s’ils sollicitaient l’aide du FMI; après l’addition de ces trois États, tous les micro-États de la région Pacifique peuvent maintenant bénéficier de concours du FMI à des conditions de faveur.

Les travaux analytiques du FMI ont confirmé deux grands messages à propos des facteurs qui conditionnent la croissance :

7. Veiller sur la bonne santé macroéconomique. Pendant la crise mondiale, nous avons constaté que les pays ayant une situation macroéconomique foncièrement saine et de confortables volants de manœuvre s’en sortaient mieux et rebondissaient bien plus vite que les autres.

8. Faire ce qu’il faut pour stimuler la croissance. Il faut de la croissance pour redresser les comptes publics et accroître la résilience de l’économie. En fait, la croissance est la principale source de résilience. Mais une croissance qui ne produit pas d’emplois n’a pas d’avenir. La croissance est donc importante pour la résilience, mais pour être viable, elle doit être solidaire, c’est-à-dire largement partagée.

9. Que faut-il faire?

• Premièrement, améliorer le climat des affaires et renforcer la confiance des investisseurs. Les indicateurs du climat des affaires sont plus bas dans les Îles du Pacifique que dans certains pays comparables et le faible niveau de développement du secteur privé fait obstacle à une croissance durable. Des investissements publics dans les infrastructures pourraient stimuler l’investissement privé, ce qui attirerait des investissements directs étrangers.

• Deuxièmement, définir et mettre en œuvre des plans de développement propres à promouvoir une croissance durable. La plupart des Îles du Pacifique ont de solides plans de développement, mais il faut qu’ils les intègrent dans leur cadre budgétaire pour éviter les dépenses procycliques, assurer la cohérence des dépenses et établir les priorités d’affectation des ressources limitées.

•Troisièmement, renforcer les capacités techniques, les lois et institutions, et améliorer la gouvernance. Le renforcement des institutions et l’amélioration de la gouvernance doivent figurer en tête des priorités de réforme. Le renforcement des institutions publiques, en particulier via la réforme de la gestion des finances publiques, accroîtrait aussi l’efficacité des dépenses.

• Quatrièmement, promouvoir la collaboration régionale, la coordination face aux problèmes communs, y compris les catastrophes naturelles. Une stratégie régionale peut aider chacun des pays à atténuer les difficultés liées à leur petite taille et à leur grande dispersion. Les démarches régionales favorisent aussi l’harmonisation des dispositions législatives et réglementaires dans l’ensemble du Pacifique et réduisent les coûts de transaction.

10. L’engagement plus poussé du FMI auprès des petits États a été salué par la communauté internationale à la dernière Assemblée annuelle. Cet engagement permettra au FMI de mieux prendre en compte les besoins des petits États dans la conception des programmes et l’assistance technique. Cela fait aussi partie de son plan d’action mondial, qui a été examiné récemment par le Conseil d'administration et pendant l’Assemblée annuelle.

Programme de travail pour le Pacifique et les autres petits États

11. En réponse aux rapports sur les petits États qui lui ont été soumis, le Conseil d'administration a établi un programme de travail qui correspond aux différents niveaux d’engagement du FMI :

• Poursuivre un programme de recherche ciblée/travaux d’analyse sur les petits États pour étayer son travail de surveillance;

• Veiller à ce que le contenu des programmes réponde aux besoins des petits États;

• Continuer le développement des capacités au travers de l’assistance technique;

• Améliorer la collaboration avec les autres institutions financières internationales

• Développer les activités de sensibilisation.

12. Le programme de recherche et d’analyse que le Conseil d'administration a approuvé pour les Îles du Pacifique comporte plusieurs études : l’une d’elles porte sur la nécessité de mettre à profit l’intégration régionale avec les pays voisins pour promouvoir une croissance durable. Le Département Asie-Pacifique travaille aussi sur le renforcement des dispositifs budgétaires, en vue de rehausser les taux de croissance potentielle. Ces deux rapports nous seront présentés aujourd’hui. Enfin, il faut que les pays insulaires remontent dans la chaîne de valeur pour accroître leur compétitivité et leur niveau de revenu. La diversification économique n’est certes pas chose aisée, mais il y a un énorme potentiel d’exploitation des ressources halieutiques dans le cadre de coentreprises de transformation des ressources de la mer, ce qui permettrait d’attirer des investissements directs étrangers. Il est aussi important de monter en gamme pour rendre la croissance plus solidaire dans les pays riches en ressources naturelles. Nous avons examiné les conclusions préliminaires d’une étude en cours sur ce sujet lors d’une conférence que le Département Asie-Pacifique a organisée à Timor-Leste le mois dernier. Sur le plan opérationnel, le FMI prépare à l’intention de ses services une Note d’orientation pour veiller à ce que les conseils et la surveillance soient adaptés aux besoins des petits États.

13. Pour ce qui est des programmes, nous avons jusqu’ici réussi à répondre aux besoins de nos petits pays membres. L’accord approuvé en faveur des Îles Salomon au titre de la facilité élargie de crédit a permis de rétablir la stabilité macroéconomique et de catalyser les concours d’autres bailleurs de fonds. Et Samoa a bénéficié il y a quelques mois d’un financement d’urgence à la suite du passage d’un cyclone dévastateur. Puisque la croissance est l’élément essentiel de la viabilité économique, «veiller à ce que le contenu des programmes réponde aux besoins des petits États » signifie que nos programmes doivent être davantage axés sur la croissance. Nous devons le reconnaître clairement. C’est pourquoi nous comptons demander à tous les chefs de mission dans les petits États qui mettent en œuvre un programme appuyé par le FMI d’y inclure une stratégie de croissance explicite, dont le contenu dépendra bien entendu des préférences et des capacités du gouvernement.

14. L’assistance technique et le développement des capacités sont un volet crucial de notre travail dans le Pacifique et nous avons intensifié nos activités dans ce domaine. Entre 2009 et 2013, l’assistance technique aux Îles du Pacifique a plus que doublé et la part dévolue aux petits États est passée de 12 % à 15 %. Au cours de la même période, les activités de formation du FMI dans les Îles du Pacifique ont augmenté de 60%.

15. L’assistance technique du FMI prend des formes diverses. Notre centre régional d’assistance technique dans le Pacifique, basé à Fidji, continuera à jouer un rôle essentiel dans le développement des capacités des Îles du Pacifique. Je tiens à souligner que ce centre régional créé il y a une vingtaine d’années a été le premier du genre et j’ai été heureux de m’entendre dire hier, à la réunion du comité de pilotage, qu’il a été productif. Nous cherchons à intégrer de manière novatrice l’assistance technique dans notre travail quotidien. Nous encourageons vivement les membres contributeurs du centre régional pour le Pacifique à continuer de s’impliquer auprès des Îles du Pacifique, simplement en continuant à jouer un rôle de pointe dans la région sur le plan de l’aide, compte tenu du fond de connaissances qu’ils ont accumulé et de la contribution importante qu’ils apportent au développement des capacités et à la promotion de la stabilité dans la région. Outre le centre régional, le FMI fournit aussi de l’assistance technique dans le cadre de missions ponctuelles organisées depuis son siège. Dans le domaine du développement des capacités, nous proposons désormais un premier cours de formation en ligne sur la programmation et la politique financière. Ce cours expérimental est ouvert aux cadres de tous nos pays membres. Nous y ajouterons d’autres cours dans les prochains mois et nous prévoyons de les ouvrir l’an prochain à un plus vaste public d’internautes; cela pourrait être particulièrement utile pour des petits États tels que les Îles du Pacifique, mais il sera indispensable d’avoir accès à Internet!

16. Nous avons aussi développé des synergies avec d’autres institutions internationales, la Banque mondiale — notre institution-sœur — et la Banque asiatique de développement (BAD). Je tiens à remercier les directeurs régionaux de la Banque mondiale et de la BAD pour les Îles du Pacifique de leur présence ici aujourd’hui, pour démontrer que notre soutien est cohérent, coordonné et efficace. Les services de nos institutions travaillent en étroite collaboration dans les Îles du Pacifique, car nos collègues de la Banque mondiale et de la BAD se joignent souvent aux missions du FMI dans cette partie du monde.

17. Notre campagne de sensibilisation concernant les petits États est devenue très active. En 2012, nous avons organisé deux conférences de haut niveau, l’une à Samoa et l’autre à Trinité-et-Tobago. Et en septembre dernier, nous avons organisé aux Bahamas un colloque sur les enjeux de la croissance dans les îles des Caraïbes; une autre conférence, sur les producteurs de matières premières, a aussi eu lieu récemment à Timor-Leste. Notre représentant résident basé à Suva assure très activement la liaison avec les organisations régionales et facilite la dissémination des pratiques optimales dans l’ensemble des îles.

Pour conclure, quelques mots du programme de cette conférence.

18. Pour notre première séance, nous partirons du constat que, bien que les Îles du Pacifique se différencient les unes des autres, elles ont toutes un problème de croissance auquel il faut remédier par des mesures énergiques. Durant les 10 années qui ont précédé la crise financière mondiale de 2008–09, les Îles du Pacifique ont connu une croissance moyenne de tout juste 2 % par an — bien inférieure à celle des pays à faible revenu d’Asie (6 %), des membres de l’Union monétaire des Caraïbes orientales (4 %) et des autres petits États (4½ %). Nous chercherons donc, au cours de cette première séance, à poser le décor en définissant les mesures requises pour doper la croissance.

19. La deuxième séance sera consacrée à l’examen des solutions pratiques que certaines Îles du Pacifique pourraient mettre en œuvre afin de mieux tirer parti de leur intégration avec le reste de la région Asie-Pacifique. La mondialisation ne semble pas avoir été aussi bénéfique pour les Îles du Pacifique que pour d’autres pays, y compris les pays à faible revenu d’Asie, en dépit de la proximité de la région la plus dynamique du monde. Il nous faudra inventorier les mesures qui ont permis de desserrer les contraintes freinant le développement du secteur privé et étudier comment stimuler le développement du secteur financier, y compris en promouvant l’accès aux services financiers et les partenariats public-privé. Nous avons besoin d’une stratégie de croissance qui concentre les efforts de l’ensemble des parties prenantes des Îles du Pacifique et des partenaires du développement pour en accroître les synergies.

20. La troisième séance portera sur les politiques et dispositifs propres à accroître la résilience face aux dégâts causés par les catastrophes naturelles et le changement climatique. Comment les politiques nationales et internationales peuvent-elles aider les pays insulaires du Pacifique à se préparer et à s’adapter au changement climatique? Quels sont les dispositifs ou les mesures qui permettraient de faire face aux coûts budgétaires du changement climatique?

21. La quatrième et dernière séance sera consacrée à l’étude des moyens de renforcer la stabilité macrobudgétaire et les institutions. Sur le plan de la stabilité macrobudgétaire, les enjeux majeurs, pour atteindre et maintenir un rythme de croissance potentielle et faire reculer la pauvreté, consistent à mettre le budget à l’abri des fluctuations des recettes dues aux chocs exogènes, à dégager une marge de financement pour les dépenses de lutte contre la pauvreté et à garantir la viabilité à moyen terme des finances publiques. La grande question à cet égard est de savoir si des règles budgétaires sont utiles dans les petits États. Le renforcement des institutions, y compris l’encadrement du processus budgétaire et la gouvernance, ainsi que l’amélioration de la composition des dépenses publiques doivent être des éléments clés des programmes de développement des capacités. Nous souhaitons prendre l’avis des partenaires du développement sur ce sujet.

Remerciements

22. Je tiens à vous remercier à nouveau d’être venus ici, sur cette magnifique île de Vanuatu, et je suis heureux que les partenaires du développement et les parties prenantes soient largement représentés. Le FMI souhaite réaffirmer son engagement à œuvrer, en partenariat avec les gouvernements des Îles du Pacifique et avec l’appui des autres institutions financières internationales et partenaires du développement, au service des petits pays membres, et à tirer efficacement parti de l’ensemble de nos compétences et de nos avantages comparatifs. Je le répète, nous sommes ici pour étendre notre connaissance de vos pays. J’espère que nos débats fructueux et stimulants produiront en définitive un plan d’action à la mesure des enjeux, une «vision de l’avenir du Pacifique » pour les dix années à venir. Mettons-nous au travail. Takio tumas!



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