Week-end à Washington : coopérer pour sortir de la crise

Par Dominique Strauss-Kahn, Directeur général du FMI
Affiché le 12 octobre 2010 par le blog du FMI — "iMFdirect"

L’atmosphère s’annonçait tendue ce week-end à Washington, où les grands argentiers de 187 pays se réunissaient pour l’Assemblée annuelle du FMI et de la Banque mondiale. Les ministres des finances et gouverneurs de banque centrale du monde entier s’inquiétaient de voir une reprise si fragile et si inégale. Fragile précisément parce qu’inégale.

Les pays émergents d’Asie, d’Amérique Latine et du Moyen-Orient s’en sortent plutôt bien, et même en Afrique, de nombreux pays ont renoué avec la croissance beaucoup plus vite qu’ils ne l’avaient fait au sortir de précédentes récessions. En Europe, en revanche, la reprise manque de tonus, et aux États-Unis, elle reste modérée. Les toutes dernières perspectives économiques du FMI, publiées lors de cette assemblée annuelle, ne prévoient pas de rechute, mais des risques existent.

Le premier risque est celui de la dette publique des pays avancés qui a atteint des niveaux jamais vus depuis la seconde guerre mondiale. Les mesures nécessaires pour rétablir l’équilibre budgétaire dépendent, bien entendu, de la situation propre à chaque pays. À moyen terme, tous ont besoin de rétablir la viabilité budgétaire, mais à court terme, en revanche, et tant que la reprise reste fragile, il s’agit plus pour eux de rééquilibrer autant que possible ce qui doit l’être, et de stimuler ce qui peut l’être. Le plus grand risque pesant sur la viabilité budgétaire à ce stade est de voir la croissance caler.

Un autre risque, qui lui est lié, concerne l’emploi. Le monde a perdu 30 millions d’emplois au cours de la crise; et il y aura 450 millions de nouveaux arrivants sur le marché du travail dans les dix années qui viennent. Nous avons donc besoin de croissance, mais d’une croissance génératrice d’emplois. Cette crise ne pourra pas se résoudre tant que les niveaux de chômage n’auront pas commencé à régresser.

Le troisième risque est lié au secteur financier. Nous savons tous comment la crise a commencé. Nous savons tous que beaucoup de promesses ont été faites pour remettre en état le secteur financier et s’assurer qu’une telle crise ne se reproduise pas. Bien que des progrès aient été réalisés dans un certain nombre de pays et que le processus Bâle III ait produit de nouvelles normes, ce n’est pas suffisant. Nous devons veiller à ce que ces règles soient mises en application. Nous avons aussi besoin d’outils mieux adaptés pour résoudre les crises financières quand elles surviennent. Le système financier n’est pas encore suffisamment sécurisé.

En outre, il est à craindre que le grand élan de coopération internationale qui s’est manifesté durant la crise ne s’essouffle. Après l’effondrement de Lehman, nous avons évité une deuxième Grande Dépression car les dirigeants et les pays du monde entier ont décidé de s’unir et de coordonner leur riposte. Nous l’avons vu lors des réunions des dirigeants du groupe des vingt pays industrialisés et émergents (G-20) à Londres et à Pittsburgh, par exemple. L’initiative la plus concrète fut la coordination des politiques de relance budgétaire, et cela a marché.

Aujourd’hui, alors que nous passons en mode d’après-crise, cet élan de coopération semble perdre de sa vigueur, comme en témoignent le plus clairement sans doute, les grands titres de cette dernière semaine où il est question de « guerres monétaires », de pays qui cherchent à dévaluer pour dégager un avantage concurrentiel. Or, nous savons tous que les politiques du « chacun pour soi » ne marchent pas. Il n’y a pas de solution purement nationale à des problèmes mondiaux.

Alors, à l’issue de ce week-end — et à l’issue de ces réunions — l’atmosphère était-elle moins tendue? Oui...et non.

Oui, car les responsables économiques représentés au sein de l’organe directeur du FMI – le Comité monétaire et financier international (CMFI) – ont trouvé un terrain d’entente sur plusieurs grands dossiers.

• Ils ont vigoureusement manifesté leur « rejet du protectionnisme sous toutes ses formes » et ont reconnu tout aussi fermement qu’il est important «  de travailler de façon collective » — pour garantir la croissance et la création d’emplois.

• Ils ont reconnu le besoin d’approfondir la réforme du secteur financier et ont lancé un appel — dont je me réjouis — pour que le FMI contribue à cette démarche en collaboration avec d’autres instances internationales déjà actives sur cette question primordiale.

• Du côté du FMI, nos membres nous ont demandé d’approfondir nos analyses économiques sur la question des « effets de débordement » — à savoir les retombées que peuvent avoir les politiques d’un pays sur les autres. Je suis convaincu qu’en apportant ainsi l’éclairage exceptionnel de notre expérience transnationale, nous pourrons contribuer à alléger les tensions constatées entre les pays et à parvenir au rééquilibrage mondial, si crucial pour une reprise durable.

• Les pays membres ont réitéré au cours de ce week-end leur désir de renforcer la voix et la représentation des pays émergents et en développement au sein du FMI pour mieux refléter leur position sur la scène économique internationale. Même si nous ne sommes pas parvenus à un accord final sur ces réformes de « quotes-parts et gouvernance », nous n’en sommes pas loin.

En définitive le monde a fait quelques pas en avant ce week-end, mais gardons nous de tout excès d’autosatisfaction, car nous ne sommes pas encore sortis d’affaire.

Comme je l’ai déjà dit, nous avons encore beaucoup à faire pour parvenir à une croissance durable et équilibrée, pour ramener des emplois, et pour modifier les règles du secteur financier afin de le rendre moins vulnérable. Notre priorité à tous doit être d’abord et avant tout d’insister sur la coopération, de nous battre. Et ce pour une simple raison.

D’après les analyses du FMI, une meilleure coordination des politiques économiques au cours des cinq prochaines années, pourrait permettre d’accélérer la croissance mondiale de 2,5 %, de créer ou sauver 30 millions d’emplois et de faire sortir 33 millions de personnes de la pauvreté. Face à un tel potentiel de réussite, pouvons-nous vraiment nous permettre de faire cavalier seul ?

Cette question sera l’une des priorités de la prochaine rencontre des dirigeants du G-20 qui se tiendra en novembre en Corée. Les regards portés sur Washington ce week-end dernier se tourneront vers Séoul le mois prochain….



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