La manne d’aujourd’hui, promesse pour demain : de meilleures politiques pour gérer les ressources naturelles

de Leslie Lipschitz, Directeur, Institut du FMI
Affiché le 15 décembre 2010 par le blog du FMI — "iMFdirect

Les pays riches en ressources naturelles sont souvent jalousés : ils ont peu de contraintes financières et cela est censé accélérer leur développement économique. Mais la réalité est moins idyllique. Les pays dotés d’abondantes ressources naturelles – généralement du pétrole, du gaz ou des minéraux – obtiennent, en moyenne, de moins bons résultats économiques que les pays comparables qui en sont dépourvus.

D’où la question que se posent depuis toujours les responsables de la politique économique : comment gérer les défis économiques et sociaux qu’engendre la richesse en ressources naturelles? Ou bien, pour reprendre les termes utilisés par le professeur Thorvaldur Gylfason (Université d’Islande) lors d’une conférence : comment éviter que la «manne donnée par la nature» ne «se transforme en malédiction pour les gens ordinaires»?

Élargir le dialogue entre les décideurs

Ce problème n’est pas nouveau, mais il est particulièrement d’actualité pour un certain nombre de pays africains où l’exploitation de ressources naturelles découvertes récemment va bientôt commencer. C’est pourquoi l’Institut du FMI a organisé début novembre, en coopération avec la Banque d’Algérie, un Séminaire de haut niveau sur les ressources naturelles, consacré aux défis que doivent affronter ces pays et aux leçons à tirer de l’expérience de ceux qui sont su gérer avec succès l’exploitation de leurs ressources naturelles.

En tant qu’organisation internationale dont sont membres presque tous les pays du monde, le FMI possède un avantage unique : il est la «mémoire» mondiale des bonnes et des mauvaises expériences et pratiques dont les décideurs peuvent tirer des leçons et bénéficier. Il est donc bien placé pour inviter les décideurs et les experts à réfléchir ensemble à ce qui a marché et ce qui n’a pas marché — autrement dit, à tirer les enseignements de l’expérience des uns et des autres, et de l’histoire. Les participants du Botswana, du Chili, de la Norvège et du Mexique ont décrit ce qui avait été le plus efficace dans leur pays et les représentants d’autres pays ont expliqué avec franchise ce qui, chez eux, avait échoué.

Des thèmes communs

Sur place, les avantages de ce «remue-méninges» collectif ne se sont pas fait attendre. Les représentants de pays ayant récemment découvert des ressources naturelles ont ainsi eu l’occasion de poser directement des questions aux experts et autres décideurs au sujet de leur politique économique. Au cours de ces échanges, plusieurs thèmes sont apparus de façon récurrente :

Beaucoup de participants ont reconnu qu’il était difficile de négocier des contrats sur le partage des coûts d’exploration et la répartition des profits avec les grandes sociétés d’extraction multinationales.

• Bien sûr, les gouvernements tiennent à ce qu’une juste part des profits reste dans le pays, tandis que les sociétés veulent avoir la certitude d’obtenir un juste rendement pour leurs investissements initiaux dans l’exploration et la découverte des ressources naturelles.

• Les pays ont fait part de leur expérience dans ce domaine, mais ils ont aussi entendu le point de vue d’une grande compagnie pétrolière mondiale. Des experts techniques ont aussi contribué au débat en expliquant comment les contrats pouvaient être structurés de manière à prendre en compte diverses éventualités.

Une autre question d’intérêt universel est celle de la répartition des avantages tirés des ressources naturelles entre la génération actuelle et les générations futures.

• Cette question est en fait celle de l’équilibre délicat à trouver entre la nécessité urgente de lutter contre la pauvreté et les impératifs de la stratégie d’investissement à plus long terme; un courage politique considérable et des institutions solides sont souvent indispensables pour faire en sorte que les dépenses intérieures ne soient pas supérieures à ce que le pays peut effectivement absorber.

• Même s’il n’existe naturellement pas de solution idéale et universelle, nombre des stratégies nationales recèlent des éléments qui pourraient se révéler fort utiles à d’autres pays. Il apparaît clairement que le premier dénominateur commun de toutes les expériences réussies est la bonne gouvernance, soutenue par des institutions solides et transparentes.

Toutes ces questions touchant aux ressources naturelles sont indissociables d’un impératif sous-jacent : l’existence d’un environnement macroéconomique stable et prévisible pour que les pays puissent capitaliser sur leurs richesses naturelles. Dans ce domaine, l’avis du FMI a été sollicité sur diverses questions d’ordre macroéconomique, notamment l’élaboration des politiques budgétaires, monétaires et de taux de change de nature à atténuer l’effet des fluctuations des recettes tirées des ressources naturelles, et l’efficacité des «politiques industrielles» conçues pour avantager certains secteurs (par exemple, au moyen de politiques commerciales avantageuses ou de subventions budgétaires).

La poursuite du dialogue entre décideurs

La rencontre d’Alger a certes été l’occasion d’échanges riches et variés, mais il serait naïf de croire que l’on peut trouver une solution rapide à un problème avec lequel les pays sont aux prises depuis des années.

Cela dit, dans la mesure où ce séminaire — dont il est prévu de publier les actes sous forme de livre — aura stimulé la réflexion des décideurs sur les complexités de la gestion des ressources naturelles, il aura atteint les objectifs que nous nous étions fixés. Ce qu’il faut maintenant, c’est que ces consultations mutuelles se poursuivent, dans un esprit de collaboration, en y faisant participer la société civile.

Au FMI, nous sommes déterminés à prendre part à cette conversation. Outre les discussions que nous menons avec les autorités nationales, nous continuerons d’agir sur deux grands fronts :

• Premièrement, en fournissant une assistance technique dans des domaines tels que la politique fiscale et la politique de dépenses, la politique monétaire sous divers régimes de change, et l’utilisation et la gestion des fonds souverains.

• Deuxièmement, en nous attachant à offrir des possibilités de formation. Ainsi, depuis le séminaire d’Alger, l’Institut du FMI a organisé (à l’Université de Stellenbosch en Afrique du Sud) un cours de deux semaines sur la «Gestion macroéconomique dans les pays riches en ressources naturelles». Ce cours visait à faire un tour d’horizon complet des thèmes et des défis qui ont trait à la conduite de la politique économique et à la planification stratégique. L’an prochain, il sera de nouveau proposé, mais cette fois à des publics régionaux différents, à l’Institut multilatéral de Vienne et à Tunis.



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