2011—Une année décisive pour la coopération mondiale

Par John Lipsky, Premier Directeur général adjoint, FMI
Affiché le 4 janvier 2011 par le blog du FMI — "iMFdirect"

L’année 2011 sera décisive pour la reprise économique mondiale et la coopération internationale — elle le sera d’ailleurs tout autant pour l’action du FMI face à ces deux grands défis.

À l’heure où les effets de la crise de 2008-09 commencent à s’estomper et dans le sillage des efforts sans précédent consentis en 2010 pour dessiner les contours du monde de l’après-crise, c’est en 2011 que les nouveaux plans seront exécutés, mis à l’épreuve et évalués. Si, de l’avis général, ils sont couronnés de succès, nous pourrons affirmer, sans risque d’exagérer, qu’un nouveau modèle de gouvernance économique et financière mondiale est à l’œuvre. Mais si la réussite n’est pas au rendez-vous, les stigmates de l’échec risquent d’ébranler la confiance et d’allonger la liste des obstacles déjà innombrables à surmonter.

2010 — une année de réussites

Il est clair que l’année écoulée a été marquée par des avancées considérables. La croissance économique mondiale a entamé une nette reprise ; estimée à 5 %, elle a dépassé le taux moyen de 3,6 % de la dernière décennie. Cela dit, elle reste inégale et partielle. La réforme du secteur financier a commencé à porter ses fruits. De profondes réformes ont été adoptées d’un commun accord par les institutions financières internationales (IFI), dont le Fonds monétaire international. L’action des dirigeants du Groupe des Vingt principaux pays avancés et émergents (G-20) a commencé à revêtir une forme à la fois soutenue et viable. Cela étant, aucun des cinq grands chantiers que j’ai décrits il y a un an — affermir la reprise, protéger les pauvres de l’impact de la crise, réformer le secteur financier, restructurer et réformer les IFI, réévaluer les fondements théoriques des grandes politiques économiques et financières — n’a été pleinement achevé. Qui plus est, de nouveaux problèmes se dessinent qui exigent une attention immédiate.

En janvier de l’année dernière, les perspectives mondiales suscitaient un optimisme tempéré. Cela vaut également pour aujourd’hui. Mais pour parvenir à relever les principaux défis il faudra un effort notable et concerté de la part des grandes économies. Rappelons que le FMI s’est vu confier un rôle de premier plan à cet égard. Mais tout comme les grandes économies et leurs dirigeants, le FMI devra mettre à profit d’importantes innovations pour pouvoir répondre aux nouveaux impératifs. Il est vrai que la perspective très réelle d’atteindre les objectifs fondamentaux d’une croissance mondiale forte, durable et équilibrée nous motive fortement pour consentir les efforts nécessaires.

Bref, quel bilan dresser en ce début de 2011 ?

Perspectives mondiales

Globalement, les perspectives économiques pour 2011 sont prometteuses. Cependant, comme mon collègue Olivier Blanchard l’a souligné dans un récent entretien, la coexistence d’une croissance rapide dans les pays émergents et d’une progression juste de type tendanciel dans les pays avancés, malgré leur considérable excédent de capacité, risque de dominer cette année comme en 2010.

Si la croissance de la demande intérieure s’est intensifiée dans la plupart des pays émergents, leur excédent commercial global demeure substantiel. Par ailleurs, le niveau élevé du chômage, la faiblesse des budgets des ménages, la lente progression des revenus et les corrections toujours à l’œuvre dans le secteur financier freinent la reprise dans les pays avancés. En fait, au 3ème trimestre de 2010, parmi les pays du G-7, seul le Canada avait égalé ses niveaux records de production d’avant la crise. De ce fait — et à supposer que les actuelles politiques soient maintenues —il ne faut pas s’attendre à une réduction notable des gros déséquilibres courants qui continuent de miner la confiance dans la viabilité de l’expansion.

Plusieurs risques baissiers pèsent par ailleurs sur les perspectives. J’en mentionnerai trois.

• Les regains de turbulences dans les marchés de la dette souveraine pourraient s’étendre à l’économie réelle et à toutes les régions. La confiance des investisseurs en Europe est particulièrement fragile.

• Le chômage, s’il restait élevé, — vu par ailleurs les risques baissiers dans le secteur immobilier de plusieurs pays avancés —pourrait saper la confiance des consommateurs et, partant, ralentir les dépenses des ménages et assombrir les perspectives de croissance mondiale.

• La croissance supérieure à la tendance, l’appréciation des actifs et l’accélération de l’inflation dans plusieurs pays émergents font craindre un risque de surchauffe, et des difficultés face à l’afflux de capitaux, avec un renforcement des monnaies.

Autrement dit, malgré le rebond économique mondial, de profonds ajustements seront nécessaires pour promouvoir les objectifs d’une croissance mondiale forte, durable et équilibrée. Il est clair que la coopération économique et financière mondiale renforcée a un rôle primordial à jouer. Compte tenu de l’intensification récente du rôle du FMI dans ce domaine, il sera d’autant plus important qu’il soit capable d’assumer ces responsabilités aussi nouvelles qu’élargies.

Une coopération renforcée

Depuis la fin 2008 les dirigeants du G-20 ont redoublé d’efforts pour répondre au besoin évident d’une coopération mondiale plus efficace en matière de politique économique et financière. À chacun des cinq Sommets ils se sont entendus pour en étendre et en approfondir le mécanisme. Le récent Sommet de Séoul n’a pas failli à la tradition. Dans la période qui a immédiatement suivi la crise, c’est une action concertée qui a permis d’atténuer la contraction économique et de préparer le terrain de la reprise. Bien entendu, à l’époque l’action attendue des pouvoirs publics présentait de grandes similitudes dans les différentes économies.

L'état actuel de la reprise rend le processus de coopération plus complexe, mais aussi d'autant plus important. Pendant cette seconde phase de l'après-crise, les impératifs de la cohérence des politiques économiques sont devenus plus subtils. La nécessité d'agir avec rapidité et de façon simultanée apparaît moins pressante qu’auparavant. De plus, les pays émergents et les pays avancés suivant des évolutions différentes, la cohérence suppose l’application de politiques adaptées.

Le besoin accru de coopération — ainsi que la nécessité d'adapter les programmes de politique économique aux situations diverses des pays du G-20 — a été anticipé dans les décisions que les dirigeants ont prises lors de leur récent sommet à Séoul. Le Processus d'évaluation mutuelle (le PEM du G-20) a été ratifié comme structure permanente, qui doit s'appuyer sur un ensemble convenu d’ «orientations indicatives». Dans le cadre de ce processus, les efforts qui tendent à la réalisation des objectifs sous-jacents, à savoir une croissance mondiale forte, durable et équilibrée, doivent être évalués au niveau de chaque économie et examinés par les dirigeants lors de leur prochain sommet. La Déclaration de Séoul des dirigeants du G-20 contenait une liste détaillée — mais largement passée inaperçue — des ajustements auxquels chaque économie du G-20 était invitée à procéder dans le cadre du PEM.

Naturellement, ce processus inédit pose des difficultés considérables. Il n'existe en effet aucun précédent qui corresponde exactement à l'ambition représentée par le PEM du
G-20
. Ainsi que le font clairement ressortir les analyses du PEM publiées par le FMI après les sommets de Toronto et de Séoul, la raison d’être fondamentale du PEM est la prise de conscience collective — rendue plus aiguë par la crise — qu’une approche cohérente, fondée sur la coopération, de la politique économique et financière porte en elle la promesse de bien meilleurs résultats pour tous. En l’occurrence, l’incitation à agir dans un esprit de coopération est on-ne-peut-plus claire.

Dans ces conditions, il est permis d'être optimiste quant au potentiel de réussite du PEM. La principale incertitude tient au fait qu'on ne sait pas si cette approche sera observée par tous les membres du G-20. Le PEM est certes dirigé par le G-20, mais ses dirigeants ont demandé un appui substantiel du FMI pour le mettre en œuvre. Ainsi, ils lui ont demandé de «procéder à l’évaluation, dans le cadre du PEM, des progrès accomplis sur le plan de la viabilité extérieure et de la mise en place de mesures cohérentes dans les domaines suivants, entre autres: finances publiques, politique monétaire, secteur financier, politique structurelle et taux de change». De façon plus générale, les défis apparus dernièrement et les réformes du FMI ont accru à la fois le rôle et les responsabilités de l'institution, et rendu d'autant plus cruciale sa capacité de produire des analyses de la plus haute qualité technique.

Renouveau de la surveillance

Par conséquent, 2011 sera une année où les améliorations de la surveillance économique exercée par le FMI occuperont le devant de la scène. L’examen triennal de la surveillance exercée par le FMI aura lieu cette année, ce qui offrira l'occasion aux pays membres d'évaluer les progrès accomplis dans ce domaine et de fixer des priorités pour les trois prochaines années. À cet égard, le FMI a commencé à mieux intégrer l’évaluation de la stabilité financière dans les examens courants des pays. En particulier, les Programmes d'évaluation du secteur financier — dont se chargent conjointement le FMI et la Banque mondiale — seront dorénavant obligatoires pour tous les pays membres du FMI dont le secteur financier a une importance systémique. La mission de soutien au PEM confiée par le G-20 au FMI ne sera pas aisée mais elle pourrait se révéler extrêmement productive et elle aidera à approfondir le dialogue avec les pays membres dans le cadre de la surveillance. 

D'ores et déjà, le FMI travaille à la mise au point, à titre expérimental, de plusieurs nouveaux instruments d'analyse multilatérale, notamment des études «de contagion» visant à mettre en lumière les effets au-delà des frontières des politiques économiques menées par les pays d'importance systémique, et des rapports traitant de thèmes communs à plusieurs pays. La première évaluation de ce type doit avoir lieu au cours de l’année à venir.

En particulier, le FMI établira des rapports pour cinq économies d'importance systémique : la Chine, les États-Unis, le Japon, le Royaume-Uni et la zone euro. Ces rapports évalueront les effets des politiques de ces cinq économies sur le reste du monde, en examinant les puissantes interconnexions économiques et financières par lesquelles ils se transmettent.

En même temps, les outils de prévention des crises du FMI ont été renforcés, par la réforme d'une facilité existante, la ligne de crédit modulable, et la création des lignes de crédit de précaution. La réflexion se poursuit pour déterminer s'il est possible de renforcer encore la capacité de prévention des crises du FMI. Par ailleurs, son travail important sur la réforme du secteur financier se poursuivra sans relâche, notamment par la collaboration avec le Conseil de stabilité financière.

Je terminerai en répétant ce que je disais au début : 2011 sera une année décisive pour la reprise économique mondiale, pour la coopération internationale et pour le rôle du FMI face à ces deux défis. Il existe de solides raisons d'être optimiste, tout en restant prudent. Cela dit, les défis sont considérables. Une nouvelle année commence ; il est temps de se mettre au travail.


John Lipsky est le Premier Directeur général adjoint du FMI. Avant d’occuper ce poste, il était vice-président de la banque d'affaires JPMorgan après en avoir été l’économiste en chef. M. Lipsky a aussi été économiste en chef et directeur des études à Chase Manhattan Bank. Il a passé environ dix ans au FMI dans les années 70 et 80, période pendant laquelle il a participé à la gestion de la surveillance des taux de change et à l'analyse de l’évolution des marchés de capitaux internationaux.



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