Une reprise mondiale toujours à deux vitesses

Par Olivier Blanchard, Conseiller économique et Directeur, Département des études, FMI
Affiché le 25 janvier 2011 par le blog du FMI — "iMFdirect"

La reprise de l’économie mondiale se poursuit, mais il s’agit toujours d’une reprise à deux vitesses : lente dans les pays avancés et beaucoup plus rapide dans les économies émergentes et en développement. Il en résulte un regain de tensions et de risques qui appellent une riposte énergique.

Perspectives

La relance budgétaire et le restockage ont pendant un certain temps animé l’activité économique mondiale. Pour l’essentiel cette dynamique a atteint son terme, et l’on peut donc s’attendre à ce que la croissance mondiale décélère cette année. Heureusement, la demande privée sous-jacente se redresse et donc ce ralentissement devrait être modeste, la croissance mondiale devant se maintenir à 4,4 % en 2011, contre 5 % en 2010.

Dans les pays émergents et en développement la croissance devrait rester vigoureuse. Le PIB de ce groupe devrait progresser de 6,5 % en 2011, au lieu de 7,1 % en 2010. La plupart de ces pays ne présentent guère de séquelles de la crise et certains — comme l’Afrique du Sud, où aujourd’hui nous avons présenté la dernière Mise à jour des Perspectives de l’économie mondiale —profitent de la bonne tenue des cours des produits de base. Dans beaucoup de pays émergents la production est revenue à son potentiel et le risque à gérer est celui d’une surchauffe.

En revanche, dans les pays avancés la croissance restera timide. Nous misons sur un taux de 2,5 % en 2011, contre 3 % en 2010. Ce niveau est à peine suffisant pour commencer à résorber un chômage élevé et cela suscite manifestement des préoccupations sociales. Les pays avancés doivent purger les excès d’avant la crise et remettre entièrement d’aplomb leurs systèmes financiers. Beaucoup d’entre eux doivent également surmonter des difficultés budgétaires, particulièrement pressantes dans la zone euro.

Les progrès ont par ailleurs été maigres face aux déséquilibres mondiaux. Aux États-Unis la croissance devrait s’appuyer sur la demande intérieure sur fond de détérioration des exportations nettes. On pourrait craindre que les États-Unis ne renouent avec le type de croissance d’avant la crise, la désépargne publique jouant le rôle qui avait été celui du faible niveau d’épargne privée. De même en Chine, faute de changements fondamentaux, l’excédent courant devrait rebondir après une baisse cette année.

Tensions et risques

À court terme cette reprise mondiale inégale engendre des risques et des tensions dans quatre grands domaines.

Premièrement, le renchérissement des produits de base. En fait le problème n’est pas aussi grave que ne le laissent croire les média car les prix effectifs se maintiennent en dessous des maxima d’avant la crise. Qui plus est, l’augmentation des prix des denrées alimentaires s’explique surtout par des facteurs ponctuels liés à l’offre et les effets devraient s’estomper durant l’année. En revanche, les tensions que subissent les cours du pétrole sont d’une toute autre nature. Elles sont attribuables à la demande. Au second semestre de l’année dernière, une augmentation imprévue de la consommation de 2 % a entraîné une montée des cours d’environ 10 %. Une solide croissance mondiale devrait vraisemblablement entraîner d’autres augmentations, avec d’importantes retombées sur les économies émergentes et en développement.

Deuxièmement, les flux de capitaux vers les marchés émergents. Là non plus, le problème n’est pas aussi grave que l’annonce la presse. Il ne fait aucun doute que les flux se sont intensifiés, mais pour la plupart des pays ils restent inférieurs aux crêtes enregistrées par le passé et de fait un repli a été constaté ces deux derniers mois. Ce tassement porte à croire que le deuxième cycle d’assouplissement quantitatif de la Réserve fédérale américaine ne produit peut-être pas les effets auxquels s’attendaient de nombreux pays émergents. En tout état de cause, ces flux placent les pouvoirs publics devant des choix difficiles, qu’il s’agisse de décider jusqu’où la monnaie peut s’apprécier ou bien encore quels rôles confier à la politique macroéconomique, aux outils macro-prudentiels et aux contrôles de capitaux.

Troisièmement, les risques de l’Europe «périphérique». Dans certains de ces pays, l’ajustement macroéconomique et budgétaire risque d’être long et pénible. Aussi les marchés craignent-ils des dérapages dans son exécution, d’où des inquiétudes quant à l’endettement public et, partant, au secteur bancaire. Ils redoutent également que la contagion ne se produise dans l’autre sens, des banques aux États.

Quatrièmement, les risques liés à la persistance des déséquilibres mondiaux. Que se passera-t-il s’il n’y a pas de rééquilibrage? Aux États-Unis, si les exportations nettes ne se redressent pas la croissance restera vraisemblablement atone, et il sera alors difficile d’abandonner la relance budgétaire. Or, si la relance n’est pas abandonnée la problématique budgétaire s’intensifiera à long terme. Dans un cas comme dans l’autre des problèmes finiront par se poser, aux États-Unis bien sûr, mais aussi, par voie de conséquence, dans le reste du monde.

Une stratégie à trois volets

Donc que faire pour atténuer les risques et affermir la reprise mondiale ? Il faudra nécessairement agir sur trois fronts :

  • Beaucoup de pays émergents et en développement doivent réorienter leurs politiques macroéconomiques pour prévenir la surchauffe.
  • Les pays européens «périphériques» doivent prendre certaines mesures d’urgence, et notamment éclaircir la situation des engagements bancaires, en prévoyant des dispositifs de recapitalisation là où cela s’impose (comme le signale notre dernière évaluation de la stabilité financière dans le monde). Cela dit, il faut laisser du temps au temps. Entendons par-là que comme les ajustements budgétaires et structurels ne s’opéreront pas du jour au lendemain, il importe de prévenir les mouvements de panique. Autrement dit les engagements que prennent aujourd’hui les pays sur le plan budgétaire et macroéconomique doivent reposer sur des actes, un niveau suffisant de financement multilatéral et, si cela est nécessaire, la liquidité de la BCE.
  • Enfin, il faut atténuer les déséquilibres mondiaux. Pour la Chine et les autres pays excédentaires, cela suppose des réformes structurelles et une appréciation de leur monnaie; pour les États-Unis et d’autres pays avancés, un rééquilibrage des finances publiques. À cet égard, beaucoup de pays avancés, dont les États-Unis, n’ont pas encore adopté de plans crédibles de rééquilibrage budgétaire à moyen terme; ils doivent le faire de toute urgence. Il est essentiel de s’attaquer aux déséquilibres mondiaux pour assurer une croissance mondiale durable et soutenue.


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