Pas de temps à perdre : comment assurer la stabilité financière en 2011

Par José Viñals, Directeur, Département des marchés de capitaux internationaux, FMI

Affiché le 25 janvier 2011 par le blog du FMI — "iMFdirect"

Ce matin, j’ai présenté à Johannesburg, en Afrique du Sud, notre dernière évaluation de la stabilité financière dans le monde.

Où en est aujourd’hui le système financier mondial? Certes, nous avons observé récemment des améliorations, mais nous notons aussi une dichotomie entre l’économie et le système financier. Alors que la reprise économique mondiale se poursuit, la stabilité financière reste menacée, à cause de la défiance persistante des investisseurs à l’égard de certains pays avancés et de leurs systèmes bancaires.

La situation actuelle appelle trois remarques principales :

  • Premièrement, plus de trois ans après l’éclatement de la crise financière, la stabilité financière mondiale n’est toujours pas assurée.
  • Deuxièmement, les décideurs doivent redoubler d’efforts face aux défis qui nécessitent une action urgente, à savoir les risques souverains, les vulnérabilités du système bancaire et l’accroissement des flux de capitaux dans le monde.
  • Troisièmement, nous devons trouver des solutions structurelles aux problèmes financiers qui existent de longue date.

Les menaces sur la stabilité financière

Arrêtons-nous un instant sur les principaux défis qui continuent de menacer la stabilité financière mondiale.

Tout d’abord, compte tenu du niveau élevé de l’endettement public, les marchés demeurent préoccupés par les risques souverains et cette inquiétude s’est étendue à de nouveaux pays, pour la plupart dans la zone euro. En même temps, nous avons observé une interaction de plus en plus négative — une influence réciproque néfaste — entre les risques de crédit bancaires et souverains dans certains pays de la zone euro. Autrement dit, le sort de certaines banques et celui de l’État dont elles relèvent sont aujourd’hui de plus en plus imbriqués.

Ensuite, plusieurs systèmes bancaires restent fragiles dans certaines de leurs composantes essentielles.

  • Les marchés doutent de la qualité de nombreux actifs bancaires, en raison des engagements des banques dans des pays où le risque souverain pose problème, et aussi à cause des inquiétudes que suscitent leurs portefeuilles de prêts hypothécaires.
  • Les banques vont aussi devoir faire face à d’importants besoins de financement au cours des deux prochaines années. Pendant cette période, les États auront eux aussi besoin de fonds pour refinancer leur dette; les unes et les autres vont donc se faire concurrence pour obtenir des financements dont la quantité est limitée.
  • De nombreuses banques doivent encore accroître leurs fonds propres. Il faut aussi qu’elles en améliorent la qualité de manière à rassurer les investisseurs et à respecter les normes plus strictes de Bâle III. Les difficultés auxquelles se heurtent les banques — si elles ne sont pas résolues — entraveraient l’apport de crédit aux entreprises et aux ménages et nuiraient à la reprise économique mondiale.

Enfin, il faut aussi faire face à la remontée rapide des entrées de capitaux dans les pays émergents. En règle générale, les flux de capitaux sont bénéfiques pour les pays destinataires, mais par leur rapidité et leur ampleur, ils peuvent concourir à la formation de bulles de prix d’actifs et mettre à rude épreuve la capacité d’absorption des systèmes financiers locaux. Il semblerait que l’on n’en soit qu’aux premières phases du cycle, mais les décideurs doivent se montrer vigilants à l’égard de ces risques.

Priorités d’action pour les pouvoirs publics

Dans ces conditions, quelles politiques mettre en place pour affronter ces défis?

Dans les pays avancés, il faut effacer les traces laissées par la crise en éliminant les failles du système financier — une bonne fois pour toutes!

En Europe, les décideurs doivent rompre le cycle des interactions négatives entre les secteurs public et bancaire.

  • Le risque souverain doit être contenu au moyen de stratégies crédibles de rééquilibrage à moyen terme des finances publiques.
  • En outre, le système financier doit être réparé au moyen d'un plan global visant à réduire l'incertitude qui plane sur le secteur bancaire et à rétablir la confiance des investisseurs. Ce plan doit comprendre les éléments suivants : amélioration de la transparence du côté des banques; un potentiel accru pour le Fonds européen de stabilité financière (FESF); un effort décisif de recapitalisation et de restructuration des banques ; et une meilleure gouvernance économique pour l'Union européenne.

Aux États-Unis,

  • Les décideurs doivent mettre en place une stratégie crédible de rééquilibrage à moyen terme des finances publiques pour éviter la possibilité d’une hausse prononcée des taux d'intérêt à long terme.
  • Il convient aussi de redoubler d'efforts pour remédier aux effets sur les banques d'un marché immobilier qui ne s'est pas encore redressé.

Dans les pays émergents, les décideurs doivent agir dès maintenant pour éviter de nouvelles crises à l'avenir. Il importe de continuer à combiner judicieusement politiques macro-économiques et politiques financières prudentielles pour remédier aux problèmes posés par l'afflux de capitaux. En outre, les marchés de capitaux locaux devront gagner en profondeur et en résilience, au moyen par exemple d'une amélioration des infrastructures de marché.

Il convient aussi de continuer à avancer dans le domaine de la politique financière au niveau mondial. Partout les systèmes financiers doivent s'adapter aux réformes réglementaires. De nouvelles réglementations doivent être adoptées de façon cohérente à l'échelle mondiale, notamment en ce qui concerne les établissements financiers d'importance systémique ainsi que ce qu'on appelle le secteur bancaire «fantôme». Il faut que les régimes de supervision et de règlement des faillites bancaires fonctionnent de façon plus efficace à l'intérieur des frontières nationales — mais aussi au-delà des frontières — pour préserver la stabilité financière.

Il n’y a pas de temps à perdre pour s’attaquer aux défis qui se posent dans l’immédiat — en particulier dans la zone euro — et trouver un meilleur équilibre entre politiques macroéconomiques et politiques financières structurelles. Si cela n’est pas fait rapidement, la stabilité financière mondiale et le retour à une croissance durable resteront hors de portée.



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