Une architecture financière plus solide pour le monde de demain

Par Dominique Strauss-Kahn, Directeur général, FMI
Affiché le 10 février 2011 par le blog du FMI — "iMFdirect"

Le système monétaire international (SMI) est un vaste sujet qui englobe toute une série de questions —les monnaies de réserve, les taux de change, les mouvements de capitaux et le filet de sécurité financière mondial, pour n’en citer que quelques-uns. C’est l’un des thèmes centraux du programme de travail du G-20 pour 2011, et l’objet d’un débat animé, ainsi que le montre par exemple le récent rapport riche d’enseignements du groupe présidé par Michel Camdessus, connu sous le nom d’ «Initiative du Palais-Royal».

D’aucuns pensent que le système actuel fonctionne plutôt bien. Tout en admettant qu’il n’est pas parfait, ils notent qu’il a tenu bon durant la crise, le dollar EU servant d’actif refuge. Et maintenant que la reprise mondiale est engagée, ils ne voient guère de raisons de s’en faire pour l’état de santé du SMI. Attitude que l’on peut résumer ainsi : «tant que ça marche, n’y touchons pas».

Je ne vois pas les choses avec autant d’optimisme. Certes, la fin du monde n’est pas venue en 2008, mais c’est surtout grâce à l’extraordinaire élan de coopération internationale aux plus hauts niveaux que l’on a pu éviter une issue bien plus terrible. En outre, la reprise que nous observons aujourd’hui n’est pas celle que nous voulons. Reprise il y a, certes, mais une reprise irrégulière. C’est une reprise qui ne fait pas vraiment baisser le chômage et qui creuse les inégalités au sein des nations.

Et les déséquilibres mondiaux sont de retour, tandis que les problèmes dont nous nous inquiétions déjà avant la crise — l’ampleur et la fébrilité des mouvements de capitaux, les pressions sur les taux de change, l’accumulation rapide de réserves excédentaires — sont à nouveau au premier plan des préoccupations. S’ils restent sans solution, ces problèmes pourraient même devenir les germes de la prochaine crise.

Il y a donc de bonnes raisons de penser que des réformes du SMI permettant de s’attaquer aux racines de ces déséquilibres pourraient à la fois affermir la reprise et donner au système de meilleurs armes pour prévenir de futures crises.

Voici les trois grandes pistes de réflexion qui guident les travaux du FMI dans ce domaine.

Premièrement, comment renforcer la coopération internationale et réduire la fébrilité?

La crise a marqué un tournant décisif pour la coopération internationale — les dirigeants ont pris les mesures nécessaires pour relever les défis économiques internes et internationaux. Maintenant que le pire est passé, comment pérenniser cette coopération, afin que les nations adoptent des politiques propices à une croissance mondiale moins en dents de scie?

Le processus d’évaluation mutuelle du G-20 a constitué une importante première étape dans la création d’un système de coopération mondiale plus permanent. La surveillance exercée par le FMI est un complément essentiel de ce processus — et elle est au cœur de notre mission. Ce pan de l’activité du FMI vise à cerner au niveau de chaque nation les politiques susceptibles de produire une croissance mondiale plus stable.

Nous avons renforcé ce dispositif de surveillance — grâce par exemple aux exercices d’alerte avancée et aux analyses de vulnérabilité. Nous nous employons maintenant à cerner plus précisément les retombées que les politiques nationales produisent par delà les frontières, notamment en ce qui concerne les cinq zones économiques les plus importantes au plan systémique — pour lesquelles nous préparons de nouveaux rapports ciblés.

Parallèlement, nous approfondissons l’étude des relations macrofinancières. Le programme d’évaluation du secteur financier (PESF) est désormais un passage obligé pour les 25 systèmes financiers ayant le plus d’importance au plan systémique. C’est là un instrument qui nous aide à détecter l’amoncellement périlleux de risques au sein du système financier —précisément ce qui s’est produit avant la récente crise. Il nous faut en outre déterminer s’il y a lieu d’envisager des aménagements encore plus ambitieux de la surveillance — et nous avons à cet effet entrepris un réexamen exhaustif de ce processus.

Seconde interrogation : comment parer au mieux aux fluctuations des mouvements de capitaux et des taux de change?

Nous avons observé au cours de la dernière décennie un accroissement phénoménal de l’ampleur et de la variabilité des mouvements de capitaux. Généralement parlant, les flux de capitaux sont bénéfiques pour les pays qui les reçoivent. Mais ils peuvent aussi compliquer la gestion macroéconomique et menacer la stabilité financière.

Alors, de quels outils disposons-nous? Il y a maintes parades, dont l’ajustement macroéconomique, la constitution de réserves, les mesures prudentielles et — lorsque tout ce dispositif est en place et que les entrées de capitaux ont encore des effets perturbateurs dans le pays — le contrôle des changes. Naturellement, les choix des pays sont d’abord dictés par des considérations internes. Mais ces choix peuvent avoir des conséquences pour le reste du monde.

Compte tenu de ces retombées externes, faut-il s’entendre au niveau mondial sur un «code de la route» pour la gestion des mouvements de capitaux? Nos pays membres nous ont demandé d’étudier cette question, et nous comptons leur présenter un certain nombre de propositions concrètes dans le proche avenir.

La variabilité des taux de change est un sujet connexe. Chacun a pu observer les larges fluctuations des principales monnaies les unes par rapport aux autres et noter qu’elles n’ont pas évolué systématiquement dans une direction propice à la correction ordonnée des déséquilibres. Lorsque le décrochage des taux de change par rapport aux données économiques fondamentales est très marqué et persistant, cela peut causer de graves dérèglements systémiques, particulièrement problématiques pour les petits pays dont l’économie est ouverte sur le reste du monde. Pour y remédier, il importe d’adopter des politiques économiques et financières qui favorisent l’équilibre mondial et réduisent les fluctuations des mouvements de capitaux, comme je viens de l’expliquer.

Troisième et dernière question : comment mieux gérer les liquidités en période de grande variabilité?

Depuis la crise, nous avons fait de gros progrès pour ce qui est du renforcement du filet de sécurité financière mondial. Les ressources du FMI ont été très sensiblement accrues et nous disposons maintenant d’une panoplie d’instruments de financement qui nous donne plus de souplesse, grâce en particulier à l’ajout de la ligne de crédit modulable et de la ligne de crédit préventive.

Mais beaucoup de pays ne sont toujours pas persuadés que le filet de sécurité financière mondial est suffisamment solide pour affronter la prochaine crise — de sorte qu’ils continuent à accumuler à titre de précaution et à grands frais des réserves qui dépassent de loin leurs besoins. Que peut-on faire d’autre?

Une initiative importante consiste à renforcer les partenariats avec les instances de financement régionales. Il importe de chercher par ailleurs à rendre plus généralement la gestion des liquidités systémiques plus prévisible — au lieu de laisser cette tâche aux banques centrales nationales. Question complémentaire à cet égard : quelle est la meilleure méthode pour déterminer le montant adéquat des réserves de précaution, et en focntion de quel critères?

À terme, le DTS pourrait aussi contribuer à donner plus de stabilité au SMI. Un document de synthèse publié aujourd’hui par le FMI présente diverses pistes de réflexion sur ce thème. Mais pour faire jouer au DTS un rôle plus important, il faudrait manifestement que la coordination internationale prenne une toute autre dimension. C’est pourquoi le système d’actifs de réserve mondiaux est appelé à n’évoluer que graduellement, au gré de l’évolution de l’économie mondiale et à un rythme qui ne cause pas de perturbations.

En résumé, la réforme du SMI est une entreprise vaste et complexe. La réflexion au niveau mondial ne fait que commencer. Mais chacun doit reconnaître qu’il ne s’agit pas d’une question académique ou abstraite. Il nous faut des idées concrètes. C’est essentiel pour assurer la reprise équilibrée et durable dont notre monde a besoin — et c’est non moins essentiel pour prévenir la prochaine crise.



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