L'Europe doit renforcer et non brider son intégration

Par Antonio Borges, Directeur, Département Europe
Fonds monétaire international
Affiché le 12 mai 2011 par le blog du FMI - "iMFdirect"

Les banques – et les crédits qu’elles ont accordés dans la période qui a précédé la crise – sont au cœur des problèmes actuels de l’Europe. Mais il serait faux de conclure que la crise a été provoquée par une trop grande intégration financière. En fait, le nœud du problème tiendrait plutôt à une trop faible intégration financière. Les mesures de promotion de l’intégration des banques européennes, notamment par des fusions-acquisitions internationales, devraient faire partie de la solution. La poursuite du renforcement des institutions de l’Union européenne (UE) reste aussi un impératif.

Dans la période qui a précédé la crise mondiale, les pays de la périphérie de la zone euro et les pays émergents d’Europe qui avaient arrimé leur monnaie à l’euro ont connu de lourds déficits de leur compte courant qui se sont révélés dangereux lorsque les flux de capitaux ont brutalement ralenti, déclenchant une crise profonde.

L’intégration financière européenne, en particulier l’adoption de l’euro en 1999, a sans doute favorisé l’accumulation de ces lourds déficits des comptes courants. Les taux d’intérêt européens ont convergé vers de bas niveaux avec l’élimination du risque de change dans la zone euro (et sa réduction dans les pays qui avançaient vers l’adhésion à la zone) et le regain de confiance en la stabilité macroéconomique. La conséquence a été la forte impulsion donnée à l’investissement et la contraction de l’épargne dans des pays qui connaissaient jusque-là des taux d’intérêt élevés.

Mais comme il en est question dans les Perspectives économiques régionales du FMI pour l’Europe, ce serait faire fausse route de conclure que la crise est la conséquence d’une intégration financière trop poussée. Le problème ne tient pas tant au caractère massif des flux de capitaux qu’à leur utilisation inconsidérée. Ces flux ont stimulé la demande plutôt que l’offre et les importations au lieu des exportations, contribuant ainsi à de fortes poussées, en fin de compte insoutenables, de la dette extérieure. Nombreux sont ceux qui ont ignoré ces risques – les marchés financiers n’y accordant que peu d’attention jusqu’à ce qu’il soit trop tard – tandis que les politiques publiques négligeaient de corriger les défaillances du marché.

Le véritable problème a peut-être été une trop faible intégration financière :

• Bien que certaines composantes du système financier soient fortement intégrées, les fusions et acquisitions internationales sont encore peu courantes dans la zone euro. Ainsi, pendant les années fastes, les flux bancaires vers la périphérie de la zone ont surtout eu pour effet de générer de la dette plutôt que des investissements de portefeuille, ce qui a exposé les banques de la zone périphérique au risque de refinancement.

• L’Europe était suffisamment intégrée pour susciter des entrées massives de capitaux mais pas assez pour remédier promptement à une crise. L’UE a favorisé l’intégration financière avec la monnaie commune de la zone euro mais elle ne s’est pas dotée de mécanismes efficaces de gestion des risques transfrontaliers ou de correction de la montée des déséquilibres financés par les flux de capitaux internationaux.

• Les difficultés du secteur bancaire étant traitées à l’échelle des pays plutôt qu’à celle de l’UE, elles ont eu un effet de renforcement mutuel avec les problèmes de la dette souveraine des pays à la périphérie de la zone euro. Ces problèmes se sont aggravés en raison du coût budgétaire des difficultés du système bancaire, tandis que les craintes quant à la viabilité des finances publiques n’ont fait qu’accroître les difficultés du secteur bancaire.

En quoi une intégration financière plus poussée – de pair avec les institutions européennes – aurait-elle facilité la résolution de la crise?

• Les difficultés du système bancaire auraient eu des incidences budgétaires moindres. Si les marchés intérieurs avaient été plus ouverts à l’entrée de banques étrangères, les politiques nationales de soutien et de recapitalisation bancaires n’auraient pas été l’unique option envisageable.

• Les banques auraient été moins exposées aux effets de contagion des problèmes liés à la dette souveraine, les garanties des dépôts et autres garanties implicites n’auraient pas dépendu de la caution des États.

• Il aurait été plus facile de consolider le secteur financier. La consolidation s’opère maintenant quoique lentement, si tant est qu’elle a lieu, et souvent au plan interne. Dans bien des cas, la restructuration a entraîné un repli sur le marché intérieur ou la cession des activités à l’étranger, freinant par conséquent l’intégration financière.

• Si un organe de supervision européen avait existé, les prises d’engagements excessives ou la sur-expansion des systèmes bancaires auraient été décelées à temps et les mesures unilatérales inconsidérées évitées.

Ceci dit, l’intégration financière n’est pas une condition suffisante pour résoudre la crise actuelle — étant donné que l’idéal serait d’aboutir à une solution adossée au retour à la croissance dans les pays affectés par la crise.

En définitive, la croissance économique est tributaire de la productivité que certains pays ont eu du mal à accroitre au cours des dix dernières années, bien que les marchés de capitaux leurs aient été largement ouverts. Pour doper la croissance à long terme, les politiques nationales doivent être améliorées pendant que le renforcement de la gouvernance de l’UE contribuerait à affermir la mise en œuvre de ces politiques. La poursuite de l’intégration économique européenne permettrait des gains d’efficacité significatifs, si elle aboutit en particulier au démantèlement de nombre d’entraves à la concurrence qui subsistent malgré tous les efforts accomplis afin de mettre en place le marché unique.

Pour prévenir d’autres crises, il faut une vigilance accrue aux niveaux national et international, de institutions de meilleure qualité pour traiter les questions liées au secteur financier ainsi qu’une intégration économique et financière renforcée plutôt que bridée.



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