Les flux de capitaux vers les pays pionniers

Par Antoinette M. Sayeh, Directrice du Département Afrique, FMI
Affiché le 24 mai 2011 par le blog du FMI - "iMFdirect"

Les «pays pionniers» d’Afrique subsaharienne — comme le Ghana, le Kenya, Maurice et la Zambie — étaient apparemment des destinations de choix pour un volume croissant de capitaux avant la crise financière mondiale. L’amélioration des perspectives économiques de ces pays a certes joué un grand rôle à cet égard, mais, reconnaissons-le, l’abondance de liquidité dans l’économie mondiale a été tout aussi déterminante.

Puis la crise est survenue. Et les capitaux — en particulier les investissements de portefeuille — n’ont pas tardé à délaisser ces pays, comme tant d’autres d’ailleurs.

Sautons à l’année 2011. Les flux de capitaux reviennent vers les pays pionniers, mais au compte-gouttes.

Les leçons de l’expérience

Dans notre récent rapport sur les Perspectives économiques régionales, nous nous sommes intéressés à l'expérience des pays pionniers d'Afrique subsaharienne, afin de déterminer le meilleur usage qu'ils pourraient faire de ces flux pour atteindre leurs propres objectifs de croissance et de développement.

Contrairement à une idée très répandue, les bailleurs de fonds bilatéraux et les institutions financières internationales ne sont plus les principales sources de financement (flux de capitaux et transferts compris) de l'investissement et de la croissance. Pour la plupart, la multiplication par six des entrées de capitaux depuis 2000 a été le fait du secteur privé — une différence frappante par rapport à la décennie précédente. Et cela vaut aussi pour les pays autres que l’Afrique du Sud et le Nigéria, les deux plus grands pays qui absorbent habituellement entre 50 et 60 % de ces flux.

Financements privés et publics au profit des pays d'Afrique subsaharienne

Cependant, lorsque la crise a éclaté, le retrait brutal des capitaux de la quasi-totalité des pays pionniers a concerné surtout les investissements à rendement fixe (tels que les titres publics) et les actions.

Aujourd’hui, les banques d’investissement s’intéressant de plus en plus à l’Afrique subsaharienne au lendemain de la crise mondiale, certains pourraient être tentés d’affirmer que les investisseurs joignent enfin le geste à la parole.

Dès lors, faut-il se réjouir? Pas si vite…

Pour l'instant, les faits sont assez contrastés. Les investisseurs privés, peut-être pas encore remis des pertes financières qu’ils ont essuyées il y a quelques années, ne se sont pas précipités comme des lemmings vers ces pays. Ils semblent faire preuve d'un plus grand discernement et prêter plus d’attention à la situation propre des différents pays. Ainsi, les flux de portefeuille ont augmenté dans un petit nombre de pays pionniers tels que le Ghana et Maurice et, dans une moindre mesure, la Zambie, mais ils sont restés inchangés dans la plupart des autres pays.

La baisse prononcée des rendements consécutive à l’assouplissement de la politique monétaire dans les pays pionniers à la suite de la crise a diminué l’appétit de la plupart des investisseurs en instruments à rendement fixe dans des pays tels que le Kenya et l’Ouganda. Cela dit, l’investissement direct étranger et les autres investissements sous forme de prises de participation n’ont pas trop souffert de la crise et semblent bien se redresser dans la plupart des pays. Les lignes de crédit bancaire ont été complètement rétablies, sauf au Nigéria, où les derniers effets d’une crise bancaire intérieure continuent de se faire sentir.

Des défis pour la gestion macroéconomique

Le recours accru aux financements extérieurs privés pose des problèmes pour la gestion macroéconomique compte tenu de l’ampleur relative et de la volatilité de ces flux.

• Premièrement, bien que les entrées nettes de capitaux privés en Afrique subsaharienne ne constituent qu’un dixième environ du total des flux privés nets vers les pays émergents et en développement, elles sont élevées par rapport à la taille économique des pays destinataires.

• Deuxièmement, compte tenu de la faible profondeur des marchés financiers, la volatilité accrue de ces flux pose des difficultés considérables pour la gestion monétaire en Afrique subsaharienne. Par exemple, par rapport à la base monétaire, la proportion de titres publics détenus par des non-résidents est passée de quasiment zéro à plus de 40 % dans certains pays.

Dans ces conditions, que peuvent faire les pays pour bien gérer un éventuel afflux de capitaux? Le FMI a récemment élaboré un cadre pour aider les pays à gérer l’afflux de capitaux. Le principal message est que, si rien ne peut se substituer à la mise en œuvre de politiques macroéconomiques judicieuses, plusieurs possibilités s’offrent aux pays pour faire face aux entrées de capitaux. Ainsi, un resserrement de la politique budgétaire peut réduire les entrées de capitaux attirés par les rendements élevés résultant de déficits budgétaires prononcés. Cependant, dans certains cas, le recours à l’impôt, à des mesures prudentielles et au contrôle des capitaux peut être envisageable.

En résumé, hormis dans un petit nombre de pays, le volume des entrées de capitaux dans les marchés pionniers d'Afrique subsaharienne n'a pas encore retrouvé son niveau des années fastes 2006-08. Pour la plupart des responsables de la région, il s'agit donc de continuer à susciter des flux privés — désormais plus élevés que les flux publics — qui soient à la fois stables et bénéfiques pour soutenir l'investissement et la croissance. Mais ils doivent se tenir prêts pour le cas où une forte augmentation des entrées de capitaux engendrerait des problèmes de gestion macroéconomique.



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