L’inflation au Moyen-Orient – choisir les bons chiffres
Masood Ahmed, Directeur, Département Moyen-Orient et Asie centrale, Fonds monétaire internationalAffiché le 6 juin 2011 par le blog du FMI - iMFdirect
Dans le monde entier, l’envolée des prix de l’alimentation est devenue un sérieux sujet de préoccupation et de débat. C’est particulièrement vrai dans le monde arabe, qui compte certains des plus grands importateurs de produits alimentaires et où leur hausse a été l’un des facteurs des troubles récents.
Dans les circonstances politiques actuelles, les gouvernements de la région réagissent à la progression des cours des produits de base de plusieurs façons: majoration des subventions au carburant et à l’alimentation, relèvement des rémunérations et des retraites des fonctionnaires, hausse des transferts en numéraire, allégements d’impôts et autres augmentations de dépenses publiques. Ces mesures aideront les ménages défavorisés à maintenir leur pouvoir d’achat et limiteront les nouvelles hausses des prix alimentaires internes.
Comment les Banques centrales – dont la mission est de s’opposer à une dérive générale des prix qui amputerait davantage le revenu des ménages – doivent-elles réagir? Quel chiffre d’inflation doivent-elles cibler?
Ne pas s’en tenir aux indices globaux
Les économistes ont coutume de distinguer inflation globale et inflation sous-jacente.
• L’inflation globale mesure l’évolution de l’indice général des prix à la consommation. Il indique le coût d’acquisition d’un panier représentatif de biens de consommation, allant de l’alimentation et de l’habillement jusqu’au loyer. Cet indice subit l’influence de facteurs saisonniers: ainsi, les prix de l’alimentation peuvent diminuer au moment des récoltes. Il reflète aussi les fluctuations de composantes instables comme les prix des produits alimentaires et de l’énergie.
• En revanche, l’inflation sous-jacente tente d’appréhender l’évolution tendancielle de l’inflation en excluant les produits dont les prix sont sujets à des chocs temporaires. Cela signifie en général que l’on sort les produits alimentaires et énergétiques de l’indice général des prix à la consommation. Pour un mois donné, l’inflation sous-jacente diffère donc parfois de l’inflation globale. Toutefois, les deux mesures convergent généralement à moyen terme.
C’est à l’inflation sous-jacente que se réfèrent de nombreuses Banques centrales pour prendre des décisions de politique monétaire, surtout dans les économies avancées où la pondération de l’alimentation et de l’énergie dans les paniers de biens de consommation est relativement faible. On cherche ainsi à concentrer l’attention sur les tendances à long terme pour ne pas devoir modifier trop fréquemment la politique monétaire et les taux d’intérêt en réaction à des chocs d’inflation temporaires.
Au Moyen-Orient et en Afrique du nord, l’inflation globale s’accélère depuis un an, principalement sous l’effet – comme dans les autres parties du monde – de la montée des cours internationaux des produits de base.
• L’alimentation et l’énergie représentent habituellement à peu près la moitié des paniers de biens de consommation dans la région.
• En outre, la hausse des prix de l’alimentation est plus forte, plus volatile et plus persistante que celle des autres produits.
Au cours des 12 derniers mois, l’inflation sous-jacente a moins augmenté dans la région que l’inflation générale.
Obtenir une image exacte de la situation
Quand l’alimentation et l’énergie occupent une telle place dans le panier de biens de consommation, on risque, en mettant l’accent sur l’évolution de l’inflation sous-jacente, d’avoir une image faussée de la tendance générale de l’inflation dans une économie. Il peut en résulter des conséquences regrettables: les tensions inflationnistes sont sous-estimées et la nécessaire réaction de la politique monétaire est retardée, d’où une hausse des anticipations relatives à l’inflation future.
Au demeurant, certains signes montrent que la hausse des prix de l’alimentation et de l’énergie se répercute sur l’inflation sous-jacente en faisant augmenter les anticipations d’inflation et en suscitant des revendications salariales. Nos calculs indiquent, par exemple, qu’au Moyen-Orient et en Afrique du nord à peu près la moitié d’un choc sur l’inflation des produits alimentaires pendant un trimestre donné se répercute sur les autres composantes de l’inflation au trimestre suivant.
Que faut-il en conclure? Que les Banques centrales de la région ne peuvent se permettre d’ignorer l’inflation globale et de ne considérer que l’inflation sous-jacente lorsqu’elles fixent les taux d’intérêt directeurs et l’orientation globale de la politique monétaire. Il va leur falloir tenir compte de ces deux éléments pour bien comprendre l’évolution des prix, ce qui leur permettra d’être prêtes à contenir les tensions inflationnistes en cas de besoin.
Masood Ahmed est Directeur du département du Moyen-Orient et de l’Asie centrale au FMI. De 2003 à 2006, il a été Directeur général de la politique au ministère britannique du développement international. Il avait auparavant exercé des fonctions au FMI et à la Banque mondiale dans les domaines de la politique économique internationale en matière d’endettement, d’efficacité de l’aide, d’échanges et de perspectives économiques globales. Il est diplômé de la London School of Economics.

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