Baisse de régime de la croissance mondiale

Par Olivier Blanchard
Fonds monétaire international
Affiché le 17 juin 2011 par le blog du FMI - iMFdirect

Nous sommes aujourd’hui à São Paulo, au Brésil, pour présenter notre mise à jour des Perspectives de l’économie mondiale établies par le FMI.

Malgré un léger ralentissement, l’économie mondiale continue de se redresser, mais il lui reste encore un long chemin à parcourir pour recouvrer la santé. Les risques de décélération, aussi bien ceux qui existent depuis un certain temps déjà que les risques apparus plus récemment, s’accentuent.

Pour l’ensemble de l’économie mondiale, nos prévisions de croissance sont de 4,3 % en 2011 et de 4,5 % en 2012, soit une baisse de 0,1 % pour 2011 et un chiffre inchangé pour 2012 par rapport au mois d’avril. Comme d’habitude, le chiffre de la croissance mondiale masque des différences très marquées entre les économies avancées, d’une part, et les pays émergents et en développement, d’autre part.

Pour les économies avancées, nous prévoyons une croissance de 2,2 % en 2011 et de 2,6 % en 2012, soit une baisse de 0,2 % pour 2011 et un résultat inchangé pour 2012. En ce qui concerne les économies émergentes et en développement, nous prévoyons une croissance de 6,6 % en 2011 et de 6,4 % en 2012, soit une révision à la hausse de 0,1 % pour 2011 et à la baisse de 0,1 % pour 2012.

Les révisions à la baisse sont plus prononcées pour deux économies avancées. La première est le Japon, pour lequel nous entrevoyons maintenant une croissance négative en 2011. Les perturbations provoquées par le tremblement de terre ont été plus fortes que nous ne l’avions anticipé et expliquent l’essentiel de la baisse. Nous pensons que ces problèmes vont être résolus et que l’économie connaîtra un rebond en 2012.

La seconde économie avancée est celle des États-Unis, pour lesquels nous avons abaissé nos prévisions de 0,3 % pour 2011 et de 0,2 % pour 2012. Même s’il est encore trop tôt pour se prononcer, nous considérons ce recul davantage comme un incident de parcours que comme quelque chose de plus préoccupant. Certains facteurs particuliers, notamment l’effet de la hausse des prix du pétrole sur le revenu disponible, semblent avoir joué un rôle important. Mais à supposer que les prix du pétrole restent globalement stables, comme l’anticipent les marchés, les dépenses des consommateurs et des entreprises devraient se maintenir durant une reprise qui, il est vrai, manque de vigueur.

Les facteurs qui freinent la croissance sont encore particulièrement aigus dans les pays avancés. Un rééquilibrage des finances publiques est nécessaire, mais il pèse sur la demande dans la plupart des pays. La persistance de faiblesses dans le système financier, en particulier l’existence de banques sous-capitalisées, a pour effet de ralentir les activités de prêt. En revanche, un grand nombre de pays émergents risquent la surchauffe. Ils s’emploient à resserrer leur politique économique, mais beaucoup d’entre eux devront faire des efforts supplémentaires.

Les facteurs de nature à peser sur la reprise sont manifestes et, parmi eux, les risques de décélération sont plus prononcés qu’il y a trois mois. J’en citerai trois :

• Le premier et le plus évident tient à ce qui se passe dans la périphérie de l'Europe. Dans le meilleur des cas, l'amélioration de la compétitivité et l'assainissement des finances publiques demanderont beaucoup de temps et seront douloureux pour certains de ces pays. Des mesures vigoureuses seront nécessaires, notamment un rééquilibrage budgétaire, des réformes structurelles et des mesures de protection pour les populations les plus vulnérables. Ces pays auront aussi besoin d’aide et de financements extérieurs, publics et privés : ils ne peuvent pas s’en sortir seuls.

Les enjeux sont très élevés : l'incapacité de mettre résolument en œuvre les mesures voulues ou l’incapacité d'apporter les financements attendus risqueraient de déclencher des défaillances désordonnées des emprunteurs souverains et privés. La contagion au reste de l’Europe par divers canaux risquerait alors de faire avorter la reprise en Europe et peut-être même dans le monde.

• Le deuxième risque a trait aux finances publiques et concerne un grand nombre de pays avancés. Beaucoup de ces pays, dont les États-Unis, ne se sont toujours pas dotés d’un plan convaincant de rééquilibrage budgétaire à moyen terme. Cette absence d’ajustement est source d’inquiétude pour les marchés. L’inquiétude se traduit par une hausse des primes de risque, ce qui ajoute au coût des emprunts non seulement pour les États mais aussi pour les emprunteurs privés. Ou bien elle oblige les pays à se lancer avec précipitation dans des mesures d’ajustement budgétaire, qui aboutissent aussi à une baisse sensible de la demande. Dans les deux cas, la croissance risque d’être compromise.

• Le troisième risque concerne les économies émergentes. Il est souvent difficile de faire la distinction en temps réel entre une économie vigoureuse et une économie en surchauffe, mais il existe de bonnes raisons de penser que plusieurs pays émergents sont sans doute près de franchir la ligne de démarcation. La hausse de l'inflation est plus prononcée que ne peut l’expliquer l'évolution des prix des matières premières et de l'alimentation. Les taux de croissance du crédit et les prix de certains actifs commencent à paraître élevés par rapport à ce qu'on a pu observer dans le passé.

Certaines économies, où la demande intérieure est forte et les entrées de capitaux élevées, ont des choix difficiles à opérer. Certains, en particulier en Asie, devraient laisser leur monnaie continuer de s’apprécier et réduire l’excédent de leurs transactions courantes. D’autres, en particulier en Amérique latine, ont déjà laissé leur monnaie s’apprécier sensiblement; aussi leur ajustement doit-il porter sur d’autres marges. Tous doivent doser convenablement le recours aux instruments de politique économique dont ils disposent sur les plans budgétaire, monétaire et macroprudentiel pour ralentir à temps leur économie et éviter d’entrer dans un coûteux cycle expansion-récession.

En conclusion : La reprise mondiale se poursuit. Mais il y a encore beaucoup de chemin à parcourir pour que la guérison soit complète. Et ce n’est certainement pas le moment de relâcher l’effort.

Olivier Blanchard
Olivier Blanchard, ressortissant français, a fait carrière à Cambridge (États-Unis). Après avoir obtenu un doctorat en économie au Massachusetts Institute of Technology en 1977, il a enseigné à l’université Harvard, puis est retourné en 1982 au MIT, qu’il n’a plus quitté. Il détient la chaire de professeur d’économie Class of 1941 et a été directeur de la faculté d’économie. Il est actuellement en congé du MIT et occupe les fonctions de Conseiller économique et Directeur du Département des études du Fonds monétaire international.

Il est spécialiste de la macroéconomie et a travaillé sur des sujets très variés — rôle de la politique monétaire, nature des bulles spéculatives, nature du marché du travail et facteurs déterminants du chômage, ou encore transition dans les anciens pays communistes. Ce faisant, il a travaillé avec un grand nombre de pays et d’organisations internationales. Il est l’auteur de nombreux ouvrages et articles, dont deux manuels de macroéconomie, l’un écrit en collaboration avec Stanley Fischer pour les étudiants de troisième cycle, l’autre destiné aux étudiants des premier et deuxième cycles.

Il est membre de l’Econometric Society et siège à son Conseil, il a été vice-président de l’American Economic Association et il est membre de l’American Academy of Sciences.



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