Carte postale de Sao Paulo : tout n'est pas sombre sur le front des finances publiques

Par Carlo Cottarelli, Directeur du Département des finances publiques
Fonds monétaire international
Affiché le 21 juin 2011 par le blog du FMI - iMFdirect

Vendredi dernier, à Sao Paulo, nous avons présenté notre dernière évaluation des finances, des dettes et des déficits des administrations publiques. De nombreux pays traversent une période difficile sur le plan budgétaire, mais il y a de bonnes nouvelles, y compris aux États-Unis, où le déficit sera plus faible que prévu cette année. Je vais aussi examiner pour vous comment les nouvelles données influent sur notre perception de l'action à entreprendre.

Je commencerai par parler des pays avancés où, comme on le sait très bien, les comptes publics sont généralement plus fragiles, du fait des fortes hausses des déficits et des ratios d'endettement depuis le début de la crise en 2008.

La plupart de ces pays avaient l'intention de durcir leur politique budgétaire cette année, et la bonne nouvelle est que, dans la plus grande partie d'entre eux, l'ajustement semble en très bonne voie. La majorité des pays avancés, en particulier le Canada et les pays européens, réduisent leurs déficits budgétaires dans de bonnes proportions. Certains, comme l'Allemagne et l'Italie, sont même en avance sur le calendrier. Comme il semble que la reprise en Europe s'affermit, ces pays devraient poursuivre leur programme d'ajustement budgétaire.

Bien entendu, la situation reste difficile dans quelques pays européens, comme en témoigne la hausse des écarts de taux sur les marchés financiers pour la Grèce, l'Irlande et le Portugal, ainsi que pour Chypre. En Grèce et au Portugal, en particulier, les révisions à la baisse de la croissance et d'autres facteurs ont entraîné des restrictions budgétaires supplémentaires.

De bonnes nouvelles

Aux États-Unis, les chiffres récents sont positifs sur le front des finances publiques : étant donné la croissance vigoureuse des recettes et le ralentissement des dépenses, le déficit diminuera légèrement cette année, plutôt que d'augmenter comme prévu. L'ajustement budgétaire qui sera nécessaire en vue d'atteindre l'objectif fixé pour le déficit en 2012 sera donc plus faible, et il est moins probable qu'il nuise à la croissance.

Ce qui manque encore aux États-Unis, c'est un consensus politique sur les outils qui permettront de réduire la dette et le déficit dans le cadre d'un ajustement crédible à moyen terme, assorti d'objectifs avalisés par le Congrès. Faute d'un plan de ce type, le rendement des titres publics américains inclura tôt ou tard une prime de risque, ce qui ne serait pas une bonne chose pour l'économie américaine ni pour l'économie mondiale.

Les exceptions à cette récente évolution positive se trouvent dans le Pacifique : il s'agit du Japon, de l'Australie et de la Nouvelle-Zélande ; tous ces pays ont été frappés par de graves catastrophes naturelles. Le cas du Japon est particulièrement remarquable : une loi de finances rectificative d'environ ¾ de % du PIB qui a été promulguée après le tsunami a déjà été prise en compte dans l'édition d'avril du Moniteur des finances publiques. On prévoit maintenant une autre loi de finances rectificative qui devrait accroître les dépenses d'environ 1 % du PIB l'an prochain.

En conséquence, le Japon affichera le déficit budgétaire le plus élevé parmi les principaux pays avancés cette année et l'an prochain. Étant donné ce nouvel affaiblissement des comptes publics, il est d'autant plus urgent d'établir un programme d'ajustement budgétaire à moyen terme précis et détaillé.

De nombreux pays émergents enregistrent une croissance rapide : dans certains cas, cette croissance est alimentée par des entrées de capitaux massives qui font monter les prix des actifs et par les cours élevés des matières premières. Certains de ces pays durcissent dans une très large mesure leur politique budgétaire.

Cependant, quelques pays émergents dégagent encore un déficit considérable, en particulier l'Inde, mais aussi la Turquie, le Mexique et le Brésil ; nous sommes néanmoins d'avis que ces pays opèrent à pleine capacité, ou à un niveau très proche. En fait, en 2012, on souhaiterait un durcissement supplémentaire de manière à réduire le risque de surchauffe dans ces quatre pays.

Lors de mon séjour à Sao Paulo, j'ai remarqué beaucoup d'intérêt pour l'évolution régionale. Il est clair que l'on peut se montrer largement satisfait de la manière dont l'Amérique latine a surmonté la tempête financière mondiale. Le renforcement des institutions budgétaires et l'amélioration de la structure de la dette publique constituent des progrès importants.

En conséquence, la contagion de la crise dans les pays avancés a été minimale — un changement encourageant par rapport au passé. Néanmoins, la prudence est de mise : comme noté en détail dans le Moniteur des finances publiques, le déficit global de l'Amérique latine reste plus élevé qu'au milieu des années 90 et n'est guère différent de sa moyenne historique. Les ratios d'endettement public en Amérique latine restent supérieurs à ceux observés dans les pays émergents d'Asie et d'Europe.

En outre, de nombreux pays d'Amérique latine feront face à des pressions considérables sur leurs dépenses à l'avenir, car les dépenses dans les infrastructures ont été réduites de manière excessive au fil du temps et les dépenses de santé et de retraite devraient augmenter. Il faudra donc déployer des efforts supplémentaires considérables pour renforcer la viabilité des finances publiques et établir de solides bases pour l'avenir.

Carlo Cottarelli est Directeur du Département des finances publiques du FMI. Auparavant, il travaillait au Département des études de la Banque d'Italie. Au FMI, il a occupé les postes de Directeur adjoint du Département Europe et du Département de l'élaboration et de l'examen des politiques. Il a écrit des articles sur la politique monétaire et la politique budgétaire, et a dirigé la publication d'ouvrages sur l'inflation, la politique monétaire et les taux de change.



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