Au-delà de la croissance : l’importance d’une démarche inclusive

Par Antoinette Sayeh, Directeur, Département Afrique
Fonds monétaire international
Affiché le 7 juillet 2011 par le blog du FMI - iMFdirect

Les économistes se soucient de la croissance. Les gouvernants se préoccupent de ce que la croissance permet d’accomplir : plus d’emplois et plus de revenus pour plus de personnes. De plus en plus de pays africains affichent une croissance forte depuis plus d’une décennie. La croissance est certes une condition nécessaire de la réduction de la pauvreté et de la création d’emplois, mais est-elle suffisante?

Quand elle s’engage, la croissance est en général synonyme de progrès réguliers sur plusieurs fronts de la lutte contre la pauvreté : les revenus augmentent et les pays peuvent financer davantage de dépenses de santé et d’éducation (en anglais), ce qui se traduit par les avancées tant attendues vers les objectifs du Millénaire pour le développement. Mais après cette première poussée, d’autres questions se posent. À cet égard, un certain nombre de pays se préoccupent de plus en plus du caractère inclusif de la croissance, en d’autres termes, de savoir si ses retombées sont équitablement réparties ou limitées à un cercle restreint?

Une croissance inclusive, créatrice d’emplois et génératrice de revenus est essentielle pour la justice sociale, la paix et la stabilité politique.



Une croissance inclusive est cruciale parce qu’elle peut engendrer un cercle vertueux de croissance. Les populations démunies consacrent en général une part importante de leurs revenus à la satisfaction de leurs besoins élémentaires; l’augmentation de ces revenus dont la majeure partie est dépensée agit comme une onde qui se propage. L’accroissement des revenus et des profits stimule la demande qui alimente à son tour la croissance des revenus et des profits. Par ailleurs, la production à plus grande échelle accompagnée de meilleures conditions sanitaires et nutritionnelles améliore la productivité des travailleurs, ce qui rend les produits moins chers et plus abondants sur le marché.

Les études (en anglais) montrent aussi que la forte inégalité des revenus bride la croissance, dans les pays à faible revenu en particulier.

Deux facteurs ont réduit la portée des effets de la croissance économique :

  • Dans certains cas, la croissance s’est concentrée dans le secteur des ressources naturelles. Les sociétés minières et pétrolières étant à forte intensité de capital, elles ont été peu créatrices d’emplois locaux. Elles peuvent aussi être difficiles à fiscaliser, seule une part limitée de leurs bénéfices restant dans le pays et servant à la réduction de la pauvreté.

  • L’existence de vastes secteurs d’exploitation des ressources naturelles offrant peu de possibilités d’emplois a pour effet de confiner la majeure partie de la population de la plupart des pays africains dans l’agriculture de subsistance. L’investissement relativement faible consacré à l’infrastructure publique au cours des dernières décennies et l’accès limité aux sources de financement ont souvent maintenu la productivité agricole à un bas niveau et les ménages dans la précarité.

Plusieurs pays africains s’emploient maintenant à relever le défi majeur qui est de réaliser une croissance inclusive en tirant parti des programmes qui ont été couronnés de succès dans d’autres pays à forte proportion de populations pauvres comme le Brésil, la Chine et l’Inde. En voici quelques illustrations :

  • Les pays mettent en œuvre des politiques de création d’emploi par le renforcement de la productivité et la diversification de l’activité économique, en particulier dans l’agriculture et l’infrastructure publique – transports, eau et énergie – et par la réforme du cadre réglementaire. Le nouveau plan d’action de lutte contre la pauvreté du Mozambique accroît les dépenses destinées à créer des emplois dans l’agriculture, alors que l’Ouganda consacre l’épargne publique au financement d’un nouveau projet hydroélectrique. La Tanzanie redouble d’efforts pour éliminer les tracasseries administratives qui freinent l’initiative privée.

  • Les pays se dotent de dispositifs de protection sociale renforcés – où des ressources publiques sont directement transférées aux nécessiteux – afin de réduire l’inégalité des revenus et de protéger les populations vulnérables en périodes de ralentissement de l’activité économique. L’Éthiopie a mis en place un programme de transferts de ressources financières et alimentaires qui accroît la sécurité alimentaire et permet la conservation du cheptel. Le Rwanda a mis en place des transferts d’espèces et des programmes de travaux publics qui ont spectaculairement réduit l’extrême pauvreté.

  • Plusieurs pays envisagent la création ou l’aménagement de la fiscalité des ressources naturelles pour faire en sorte qu’une part plus importante des profits reste dans les pays, notamment la République démocratique du Congo et le Libéria. Dans le même temps, les pays adoptent des procédures plus transparentes de gestion de ces ressources.
Pauvreté mesurée par le revenu, par région
Pourcentage de population vivant avec moins de $1,25/jour
  1990 2005
Asie de l'Est et Pacifique 54.7 16.8
Amérique lat. et Caraïbes 11.3 8.2
Asie du Sud 51.7 40.3
Afrique subsaharienne 57.6 50.9
Pourcentage de population vivant avec moins de $2/jour
  1990 2005
Asie de l'Est et Pacifique 79.8 38.7
Amérique lat. et Caraïbes 19.7 16.6
Asie du Sud 82.7 73.9
Afrique subsaharienne 76.2 73.0
Source : Rapport de suivi mondial 2011, Banque mondiale et FMI

Le FMI se tient aux côtés des pays dans leur quête d’une croissance plus inclusive :

  • Ses programmes et ses conseils de politique économique visent à renforcer les efforts engagés par les pays pour stimuler la productivité et diversifier la production, par des procédures d’analyse et de sélection des projets d’investissement à haut rendement ainsi que la mise en place de règles simples et transparentes favorisant la création d’entreprise.

  • Son assistance technique en matière de gestion des ressources naturelles, allant du réaménagement des régimes fiscaux à la mise en place de fonds souverains – comptes spéciaux de gestion et de sauvegarde des ressources financières jusqu’à leur utilisation effective – et de règles garantes de leur affectation aux buts visés ainsi que leur soumission à un contrôle public obligatoire.

  • L’élaboration et le financement de dispositifs de protection sociale et la mise en place de stabilisateurs automatiques qui permettent une expansion rapide des dépenses publiques pour amortir les effets des chocs économiques.

La prochaine édition des Perspectives économiques régionales pour l’Afrique, dont la parution est prévue en octobre, abordera ces thèmes de manière plus détaillée. Pour bien des pays, la priorité absolue reste la stabilisation économique et la création des conditions d’une croissance économique forte. Mais dans un nombre accru de pays, la répartition des retombées de la croissance est au cœur des préoccupations. Pour les pays s’efforçant de progresser vers les objectifs du Millénaire pour le développement d’ici 2015, ces questions prennent une importance cruciale.



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