La solution, c'est plus d'Europe, pas moins

Par Antonio Borges, Directeur du Département Europe du FMI
Affiché le 19 juillet 2011 par le blog du FMI - iMFdirect

Il est difficile de maintenir le cap en pleine tempête, mais les dirigeants européens doivent le faire s'ils veulent que l'intégration européenne soit couronnée de succès. La crise de la dette souveraine constitue une menace sérieuse : toutes les parties prenantes doivent déployer un effort vigoureux et coordonné pour enfin la résoudre.

Surmonter la tempête n'aura guère de sens si la zone euro se retrouve perpétuellement avec une croissance faible. La croissance allemande atteint peut-être un niveau record aujourd'hui, mais il n'y a pas si longtemps, elle était bien plus lente — seulement 1,5 % par an entre 1995 et 2007, contre 3 % en Suède et 2 % aux États-Unis.

Bon nombre d'experts craignent que, faute de réformes, la croissance allemande tombe encore plus bas au cours des cinq à dix prochaines années et au-delà, lorsque le commerce mondial fléchira de nouveau. La situation est pire dans les pays qui se trouvent aujourd'hui au cœur de la tempête.

Une croissance élevée, qui repose à la fois sur des exportations dynamiques et une demande intérieure saine, est indispensable pour préserver la stabilité et la résistance de l'Union économique et monétaire européenne.

Améliorer la gouvernance économique

L'accélération de la croissance passe par des réformes structurelles et une intégration économique plus poussée. Tout cela est plus facile à dire qu'à faire, bien entendu.

Il peut être extrêmement éprouvant de réformer la gouvernance de manière à approfondir l'intégration. Toutefois, étant donné les problèmes récurrents en matière de dette souveraine, il sera crucial d'améliorer la discipline budgétaire collective. À cet effet, il faudra que :

• le pacte de stabilité et de croissance soit plus solide

• les institutions budgétaires nationales aient plus de pouvoir

• le dispositif de stabilité financière européen soit parachevé

Une meilleure gouvernance économique renforcera la confiance dans la zone euro et contribuera à atténuer la volatilité sur les marchés qui menace de décourager l'investissement et de ralentir la croissance.

Comment accélérer la croissance

Toutefois, il est plus encore à craindre que la zone euro ne puisse rehausser la croissance. Il est crucial d'accélérer la croissance, non seulement parce que l'union monétaire en sortirait plus forte, mais aussi parce que le potentiel de hausse est élevé. Selon des études menées par le FMI dans le cadre de sa surveillance régulière de la zone euro, les réformes appropriées pourraient rehausser la croissance annuelle d'environ ½ -1¼ point de pourcentage selon la situation de départ du pays concerné — ce n'est pas rien.

Il sera primordial d'accroître la productivité du travail et du capital grâce à de meilleurs progrès technologiques, en s'appuyant sur la déréglementation et l'investissement dans les qualifications des travailleurs. En outre, la croissance est généralement bien plus élevée lorsque les marchés sont plus intégrés, probablement en raison de l'effet bénéfique de la concurrence sur l'investissement et l'innovation.

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Saisir l'occasion

Tout cela porte à croire qu'une accélération de la croissance est non seulement possible, mais aussi liée à des réformes bien spécifiques, notamment un assouplissement du fonctionnement des marchés de produits et de services au niveau national et l'achèvement du marché européen unique. La mobilité des capitaux est particulièrement importante, en particulier dans le secteur financier où la volonté de protéger les « champions nationaux » a limité les prises de contrôle internationales dans le passé. Il sera primordial de saisir ces occasions tandis que subsiste le souvenir de la crise.

L'Europe a fait face à des temps difficiles par le passé. Comme l'a noté récemment John Lipsky, du FMI, l'intégration européenne depuis la Deuxième Guerre mondiale constitue un succès incroyable, en particulier parce que les dirigeants qui ont mis en place l'Union européenne et la zone euro ont porté leur regard au-delà des crises de leur époque.

Si les dirigeants d'aujourd'hui veulent maintenir le cap, ils devront opérer des réformes structurelles et approfondir l'intégration économique. De nombreuses initiatives opportunes sont en cours — des améliorations qu'il est prévu d'apporter au pacte de stabilité et de croissance aux mesures promises dans le cadre du pacte pour l'euro afin d'améliorer la compétitivité et de renforcer la discipline budgétaire. Mais les réformes ne sont pas encore suffisamment solides pour garantir le succès, et les politiciens et le grand public restent réticents à renouveler leur adhésion au projet européen. Des mesures supplémentaires sont nécessaires pour que ces réformes soient fructueuses.

Pour tourner la page de la crise, nous avons besoin de plus d'Europe, pas de moins d'Europe. Et nous en avons besoin maintenant.



Antonio Borges est Directeur du Département Europe du FMI. Il possède un doctorat en économie de l'université de Stanford, et il était Président du Hedge Fund Standards Board à Londres avant de rejoindre le FMI. Il a été Vice-Président et Directeur général de Goldman Sachs International à Londres de 2000 à 2008, et professeur d'économie et doyen de l'école de commerce de l’INSEAD à Fontainebleau de 1993 à 2000. Il a occupé le poste de Gouverneur adjoint du Banco de Portugal entre 1990 et 1993. M. Borges a aussi été professeur d'économie invité à la nouvelle université de Lisbonne, à l’université de Stanford et à l’université catholique portugaise.


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