Programmes du FMI : mythes et malentendus

Commentaire de Masood Ahmed, Directeur du Département Moyen orient et Asie centrale, Fonds monétaire international

Publié dans Akhbar el-Yom, Al-Sharq al-awsat, Al-Ghad, et Dawla
Septembre 2012

Ces derniers mois, la Jordanie, le Maroc et le Yémen ont sollicité l’aide financière du FMI pour soutenir leurs programmes de réforme économique. L’Égypte a engagé des pourparlers sur un prêt destiné à soutenir la stabilisation économique et le programme de croissance du pays. 

Pour les gouvernements et les marchés financiers, cet engagement accru du FMI constitue un vote de confiance à l’égard de ces économies et offre un amortisseur financier dont ces pays ont bien besoin. En revanche, les réactions du public sont partagées. Certains commentateurs se demandent si l’argent sera dépensé à bon escient ou viendra simplement alourdir la dette nationale. D’autres s’inquiètent des conditions dont les prêts sont assortis et craignent qu’elles n’engendrent des difficultés pour le citoyen ordinaire.

Ces craintes trouvent leur origine dans le souci légitime de faire en sorte que les politiques économiques nationales soient guidées avant tout par l’intérêt national et qu’elles améliorent le sort des populations. Elles montrent aussi que le FMI a encore des progrès à faire pour ce qui est d’expliquer pourquoi et comment ses concours peuvent rendre plus supportable l’action des pouvoirs publics face aux chocs économiques et aussi comment l’institution elle-même a évolué au fil du temps. Je me propose ici de rectifier cinq malentendus très répandus au sujet du FMI.

1- Les programmes du FMI imposent inutilement des mesures d’austérité et des conditions éprouvantes : En général, les pays sollicitent l’aide financière du FMI lorsqu’ils se heurtent à des difficultés économiques. Ces difficultés peuvent résulter d’un choc externe — par exemple une flambée des prix de l’énergie ou d’autres produits d’importation essentiels — ou de politiques internes qui ont mené à des déséquilibres économiques croissants et à une aggravation des facteurs de vulnérabilité — par exemple lorsque des déficits budgétaires insoutenables ont été financés en faisant fonctionner la planche à billets et que cela a entraîné un effondrement des réserves de change.

Pour contrer ces chocs et ces déséquilibres, les pouvoirs publics doivent en général prendre des décisions aux conséquences douloureuses : réduire les dépenses publiques, relever les taux d’intérêt ou augmenter le prix de devises devenues rares. Les concours du FMI ont pour but d’aider les pays à rendre l’ajustement moins douloureux en offrant un soutien pour amortir les chocs et en donnant aux pays plus de temps pour résoudre les problèmes de fond. En l’absence d’aide de la part du FMI, l’ajustement serait plus difficile. Par exemple, si les investisseurs ne veulent plus acheter les obligations émises par un pays, le gouvernement n’a pas le choix : il doit soit diminuer la quantité de financement qu’il utilise — en coupant dans les dépenses ou en augmentant les recettes —, soit financer le déficit en imprimant de la monnaie. Dans le premier cas, les “restrictions” seraient plus prononcées en l’absence de prêt du FMI; dans le second cas, l’action du gouvernement produira de l’inflation, ce qui pénalise surtout les pauvres. Les concours du FMI peuvent faciliter un ajustement plus progressif et soigneusement soupesé.

Dans l’esprit de beaucoup de personnes, l’ajustement reste associé à l’idée d’austérité. C’est la raison pour laquelle certains associent le FMI à l’imposition injustifiée de conditions éprouvantes. En fait, cela revient un peu à critiquer le pompier qui essaie d’éteindre l’incendie!

Cela dit, le FMI peut aussi mettre à profit l’expérience de ses 188 pays membres en prônant une forme d’ajustement macroéconomique qui protège les pauvres et les couches les plus vulnérables de la population. Ainsi, pour de nombreux pays à faible revenu, des planchers ont été incorporés dans les programmes économiques pour les dépenses sociales et d’autres dépenses prioritaires. Selon une étude récente portant sur 140 pays au cours de la période 1985–2009, les programmes appuyés par le FMI ont souvent des effets positifs et sensibles sur les dépenses sociales, en particulier dans les domaines de la santé et de l’éducation.

2. Le FMI impose des conditions qui sont inadaptées pour le pays : S’il est une leçon essentielle à tirer de notre expérience du développement, c’est qu’il n’y a pas de modèle universel! Chaque pays doit trouver sa voie pour affronter les défis sur le plan économique et social, même si l’expérience d’autres pays peut apporter des enseignements importants sur les types de mesures qui sont généralement efficaces pour atteindre un objectif donné. Cette vérité fondamentale se retrouve dans la conception des programmes soutenus par le FMI, qui sont de plus en plus souples et tiennent compte de la situation particulière et des conditions sociales du pays concerné. On en trouve un exemple concret dans la réduction du nombre des paramètres associés aux programmes appuyés par le FMI, qui est passé de neuf en moyenne sur la période 2001–04 à six en 2008–09. Dans le même ordre d’idée, le nombre de programmes comportant 15 conditions ou plus par revue est tombé à zéro en 2008–09.

Autre aspect important, ce sont les programmes conçus par les pays eux-mêmes et bénéficiant de la pleine adhésion des autorités nationales qui ont le plus de chances d’être mis en œuvre efficacement. En général, l’imposition de politiques par l’extérieur ne mène à rien. Le FMI insiste donc pour que le programme qu’il soutient soit élaboré par les autorités locales et pour que, dans la mesure du possible, elles le fassent connaître dans tout le pays de manière à susciter une large adhésion. De son côté, le FMI publie les rapports de ses services sur ces programmes dès que ces derniers ont été approuvés par le Conseil d’administration. Ces rapports peuvent être consultés sur le site Internet du FMI (www.imf.org).

3. Les financements du FMI permettent aux autorités de suivre des politiques insoutenables : Le FMI ne met pas de financements à la disposition d’un gouvernement s’il fait fausse route dans ses choix de politique économique. La plupart des prêts du FMI sont versés par tranches, chaque décaissement étant lié à des mesures bien précises. Il s’agit de s’assurer que la mise en œuvre du programme progresse comme prévu — et de réduire les risques pour le FMI, c’est-à-dire pour l’ensemble des ressources que les pays membres mettent à sa disposition.

Les programmes soutenus par le FMI font l’objet de revues périodiques qui permettent au Conseil d’administration de déterminer à intervalles réguliers si ces programmes suivent la voie tracée ou si des modifications sont nécessaires pour atteindre les objectifs retenus. Les revues conjuguent une évaluation rétrospective (les objectifs du programme ont-ils été atteints dans les délais fixés?) et une évaluation prospective (y a-t-il lieu de modifier le programme compte tenu de l’évolution de la situation?). Les décaissements dans le cadre d’un programme appuyé par le FMI ne peuvent être effectués que s’ils ont été approuvés par le Conseil d’administration, c’est-à-dire une fois achevée chaque revue du programme.

4. Le FMI n’a pas tiré les leçons du Printemps arabe : L’une des principales leçons du printemps arabe est que, pour être durable, la croissance économique doit créer des emplois, elle doit être largement partagée et les débouchés économiques doivent être répartis plus largement et plus équitablement dans toute la population. Les programmes soutenus par le FMI ont donc été axés davantage sur la promotion d’une croissance qui bénéficie à l’ensemble de la population ainsi que sur la réduction de la pauvreté et du chômage, surtout parmi les jeunes générations.

Par exemple, le FMI encourage vivement les gouvernements à faire une place aux dépenses prioritaires, telles que les investissements dans les infrastructures, l’éducation et la santé, en réduisant le gaspillage et les dépenses non ciblées. Ils peuvent le faire notamment en remplaçant les subventions généralisées par des dispositifs de protection sociale mieux ciblés. La plupart du temps, les subventions généralisées ne bénéficient pas aux pauvres : nous avons même constaté que, dans les pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, 20 % seulement des subventions alimentaires et énergétiques parviennent aux pauvres, tandis que les 80 % restants bénéficient à ceux qui n’en ont pas besoin.

5. Les prêts du FMI ne font qu’alourdir la dette nationale : D’un point de vue technique, il est bien sûr vrai que tous les prêts, y compris ceux du FMI, accroissent la dette dans la mesure où il faudra bien qu’ils soient remboursés. Cependant, il est plus intéressant de savoir si un prêt est utilisé de manière à améliorer la situation du pays bénéficiaire et à permettre à son économie de se développer même après avoir remboursé le prêt.

Les prêts du FMI aident les pays à faire face à des problèmes de liquidité immédiats — par exemple lorsqu’ils n’ont plus accès aux marchés financiers, ou seulement à des taux prohibitifs. Cette liquidité fournie par le FMI les aide littéralement à éviter un ajustement économique beaucoup plus lourd et plus dommageable. En outre, du point de vue financier, c’est une bonne idée d’emprunter au FMI. En effet, le taux d’intérêt de ses prêts n’est actuellement que de 1,5 % environ, c’est-à-dire bien inférieur à ce que les pays paient en général lorsqu’ils empruntent sur les marchés financiers nationaux. En continuant d’emprunter sur leur marché local à des taux prohibitifs, ils alourdiraient bien plus la dette nationale. Enfin, les prêts du FMI — qui constituent une forme d’emprunt extérieur — présentent aussi l’avantage de laisser aux banques nationales une plus grande marge de manœuvre pour accorder des prêts au secteur privé, surtout aux petites et moyennes entreprises, ce qui est indispensable pour créer des emplois et promouvoir une croissance partagée.



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