Pour un soutien plus résolu et concerté aux pays arabes en transition

Commentaire de Christine Lagarde, Directrice générale du Fonds monétaire international
Publié dans le Figaro
le 08 novembre 2013

À l’heure où les difficultés du Moyen-Orient s’accumulent les pays de la région et la communauté internationale ne peuvent pas et ne doivent pas relâcher leurs efforts. La stabilité politique et financière du Moyen-Orient est déterminante pour le reste du monde; le moment est donc venu de mobiliser un appui plus intense et plus concerté. 

Durant ces derniers mois, les turbulences et les tensions économiques se sont accrues dans la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord. L’aggravation des problèmes sécuritaires, les incertitudes politiques grandissantes et les retards dans la mise en œuvre des grandes réformes nuisent à la confiance économique et brident la reprise. Les effets dévastateurs de la guerre civile en Syrie font craindre une déstabilisation à l’échelle régionale.

Ces événements portent particulièrement atteinte aux pays qui traversent des processus difficiles de transition politique et économique : Égypte, Jordanie, Libye, Maroc, Tunisie et Yémen. Malgré certains indices de timide redressement dans le tourisme, les exportations et l’investissement direct étranger, la plupart d’entre eux subissent un ralentissement de la croissance, une montée du chômage, une dégradation de la stabilité macroéconomique et un épuisement des marges de manœuvre budgétaires et des réserves extérieures.

Dans la plupart des pays de la région, les chiffres de croissance ne suffisent pas à relever les revenus ni à entamer le problème chronique et grandissant du chômage.. Il est affligeant de constater que le nombre des sans emploi ait augmenté de plus d’un million depuis 2010. Qui plus est, le chômage est au moins deux fois plus grave chez les jeunes : en moyenne, un jeune sur 4 ne trouve pas d’emploi, et dans des pays tels que la Jordanie ou la Tunisie le taux est proche des 30 %.

À l’évidence, si la situation économique ne s’améliore pas, les tensions sociopolitiques risquent de s’aggraver, ce qui menacera d’autant plus la transition vers une société plus inclusive et retardera davantage le retour de la confiance et de l’investissement privé.

Cette situation difficile appelle une action concertée sur plusieurs fronts.

Tout d’abord, la priorité absolue est de doper la croissance et de créer des emplois. L’investissement privé marque le pas, aussi les pouvoirs publics ont-ils un rôle déterminant à jouer. Ils doivent miser sur les investissements productifs au lieu de maintenir les dépenses courantes non productives, telles que celles qui servent à financer les subventions universelles mal ciblées qui bien souvent profitent aux riches. Des dispositifs de protection sociale meilleurs doivent être mis en place pour protéger les populations les plus vulnérables. La Jordanie, le Maroc et la Tunisie ont déjà accompli des progrès encourageants dans ces domaines et le FMI leur apporte son concours.

Ensuite, les gouvernements doivent engager les réformes économiques qui s’imposent pour promouvoir une croissance durable. Cela signifie par exemple assurer un traitement simple, transparent et équitable aux entreprises, veiller à une plus grande transparence et responsabilisation des institutions publiques, offrir les aptitudes et les incitations suffisantes pour l’emploi, faciliter l’accès à la finance pour encourager les entreprises et l’investissement privé, et promouvoir une plus grande intégration commerciale, tant sur le plan régional qu’avec le reste de l’économie mondiale.

L’objectif primordial est de faire en sorte que ces économies gagnent en dynamisme, en compétitivité et en équité, que les intérêts particuliers cèdent le pas à l’innovation du secteur privé et à l’égalité des chances. Certaines de ces réformes sont complexes et mettront un certain temps à porter leurs fruits; il est donc vital d’engager la dynamique sans tarder.

Enfin, il faut s’attaquer au problème grandissant de la viabilité de la dette. Avec des déficits budgétaires qui représentent en moyenne 10 % du PIB et des marges de manœuvre budgétaires qui s’épuisent, la plupart des pays doivent redresser leurs finances publiques, notamment en réduisant les dépenses inefficientes et en améliorant la mobilisation des recettes.

Il est primordial d’avancer le plus rapidement possible sur ces fronts afin de rétablir la confiance et d’insuffler une nouvelle vigueur à l’activité du secteur privé.

La situation politique et les tensions sociales compliquent l’exécution des réformes. Leur rythme et leur enchaînement doivent concourir au maintien de la cohésion sociale, tout en préservant la stabilité macroéconomique et en favorisant la croissance.

Pour parvenir à concilier ces exigences, la communauté internationale devra fournir un appui financier plus conséquent, qui s’appuie sur des dispositifs budgétaires crédibles et des engagements concrets en faveur des réformes.

Dans cette perspective, nous nous associons à l’appel lancé en octobre par le Partenariat de Deauville pour une augmentation de l’aide extérieure à l’appui d’un processus soutenu de réformes dans ces pays. Nous espérons que tous les participants à cette initiative, y compris les pays du G-8 et les partenaires régionaux, y répondront en intensifiant leur aide aux pays arabes en transition.

Le FMI est très actif sur le terrain. Nous soutenons la Jordanie, le Maroc et la Tunisie par le biais d’accords de financement et avons engagé des pourparlers avec le Yémen en vue d’un éventuel accord à moyen terme. Nous sommes également prêts à poursuivre notre appui à l’Égypte sous la forme de conseils et, le cas échéant, sous celle d’un concours financier. Nous sommes présents dans tous les pays en transition, en fournissant nos conseils de politique économique et nos services de renforcement des capacités — comme en Libye — et nous restons déterminés à les accompagner face aux défis qu’ils devront relever. C’est pourquoi notre appui a été flexible, pour l’adapter aux particularités et aux difficultés rencontrées sur le terrain.

La croissance et la stabilité des pays arabes en transition contribueront à faire renaître, au sein de leur population, l’espoir d’un avenir meilleur. Elles aideront également la communauté internationale dans son ensemble. Il faut dès à présent engager une dynamique plus résolue, plus concertée et inscrite dans la durée pour aider ces pays.



DÉPARTEMENT DE LA COMMUNICATION DU FMI

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