Déclaration du Représentant résident du Fonds monétaire international au nom du Groupe de travail sur la réforme macroéconomique

Réunion du groupe consultatif
Phnom Penh, le 29 janvier 2001

Excellences, Mesdames et Messieurs,

C'est avec plaisir que je vous annonce que le Conseil d'administration du Fonds monétaire international (FMI) a achevé, il y a dix jours, la seconde revue du programme de réforme engagé par le Cambodge avec l'appui de la Facilité pour la réduction de la pauvreté et pour la croissance (FRPC), ainsi que l'examen du Document de stratégie de réduction de la pauvreté (DSRP) intérimaire présenté par les autorités cambodgiennes. Quelques jours plus tard, le Conseil d'administration de la Banque mondiale a procédé à son tour à l'examen du DSRP intérimaire, ouvrant ainsi la voie à la poursuite de l'aide financière concessionnelle et de l'assistance technique que la communauté internationale apporte au Cambodge. Tout en se réjouissant du DSRP intérimaire, les administrateurs ont souligné la nécessité d'améliorer la coordination et de déterminer clairement les priorités pour la préparation du DSRP final et du second Plan de développement économique et social.

Ainsi qu'il est précisé dans le document de référence et dans la déclaration de M. Keat Chhon, Ministre d'État chargé de l'économie et des finances, la stabilisation macroéconomique s'est confirmée en l'an 2000 en dépit du double choc causé par les inondations -- sans précédent depuis 70 ans -- qui ont frappé le pays et la flambée des prix du pétrole sur les marchés mondiaux. Les inondations que le Cambodge a connues entre juillet et novembre 2000 ont eu de graves conséquences économiques et sociales puisqu'elles ont touché directement un quart de la population, endommagé cultures et infrastructures et coûté l'équivalent de 0,6 % du PIB en aides budgétaires immédiates aux victimes, en plus de l'aide d'urgence considérable apportée par la communauté internationale. On estime cependant que la croissance économique, bien que plus faible qu'on ne l'espérait initialement, a dépassé 4 %, tandis que l'inflation est restée maîtrisée et que le taux de change est demeuré globalement stable. Sur la base des premières données disponibles, tous les repères quantitatifs et les critères de réalisation prévus par le programme jusqu'à la fin décembre ont été respectés -- avec une marge de sécurité confortable dans certains cas. Les autorités ont indiqué qu'elles avaient continué à ne pas accorder d'exonérations fiscales ad hoc et à éviter de contracter des emprunts aux conditions du marché. La consolidation du secteur financier a progressé. En revanche, le plan de démobilisation des forces armées et la réforme de la fonction publique ont pris du retard. La communauté des bailleurs de fonds a été informée, cependant, que les autorités ont engagé dans ces deux domaines des actions correctrices énergiques pour réduire au minimum les dérapages. Des rapports récents font état également d'une forte progression des activités forestières illégales, ce qui a des conséquences sur le plan de la gouvernance et dans le domaine budgétaire. Les bailleurs de fonds exhortent le gouvernement à adopter une attitude ferme et à sanctionner effectivement les coupables.

Au cours de la réunion récente du Conseil d'administration du FMI, les administrateurs ont pris note des progrès de la stabilisation macroéconomique, mais ont souligné aussi l'ampleur de la tâche qui attend le gouvernement. Cette tâche doit étre menée avec détermination si l'on veut voir aboutir le programme de réforme. Outre la poursuite de la démobilisation et de la réforme administrative, cette tâche comprend une nouvelle croissance des recettes budgétaires, l'amélioration de l'efficacité des dépenses publiques et la continuation de la réforme dans les domaines oé des progrés initiaux ont été enregistrés, mais oé il reste beaucoup à faire -- par exemple la gestion du patrimoine forestier et la restructuration du système bancaire. Les finances publiques restent fragiles. En dépit d'efforts soutenus, les données préliminaires indiquent que les recettes mobilisées en l'an 2000 ont été quelque peu inférieures à l'objectif budgétaire. Le produit décevant des prélévements sur les échanges internationaux signale notamment qu'il faut redoubler d'efforts dans la réforme des services douaniers. À cet égard, l'inspection avant embarquement des importations a été rétablie en octobre dernier, l'abaissement des tarifs douaniers lié à la participation du Cambodge à l'accord de libre-échange de l'ASEAN est en cours et la révision de la loi sur l'investissement a été engagée pour rationaliser et simplifier les incitations offertes aux investisseurs étrangers. Nous avons bon espoir que ces deux dernières réformes du cadre réglementaire entreront en vigueur à brève échéance, comme convenu, et que la réforme de l'administration des douanes sera accélérée afin de contribuer a la réalisation des objectifs de recettes ambitieux arrétés pour cette année. Côté dépenses, le gouvernement a consenti des efforts louables, quoiqu'un peu tardifs, en vue d'atteindre les objectifs du budget 2000 pour les secteurs sociaux prioritaires. Sur ce plan, il est primordial d'améliorer le profil des décaissements budgétaires, dont le caractère imprévisible compromet gravement la mise en éuvre effective des mesures sociales. Les autorités doivent s'atteler dès maintenant à la mise en place d'un cadre à moyen terme des dépenses reposant sur un double engagement -- les autorités s'engageant à fournir les ressources promises selon le calendrier convenu et les agences d'exécution à utiliser ces ressources efficacement pour atteindre les objectifs ou produire les résultats convenus. Cette approche peut accroître la valeur des services rendus pour un coût donné. De même, le suivi financier ex-post et le contrôle des marchés publics doivent étre considérablement renforcés.

Dans une perspective plus large, on observe aussi qu'en dépit de son essor spectaculaire, le secteur des jeux d'argent n'apporte qu'une contribution symbolique au budget national. Les bailleurs de fonds recommandent par conséquent que la loi sur les jeux -- longtemps attendue -- soit finalisée et soumise à l'Assemblée nationale dans un avenir proche. De même, on assiste depuis peu à une multiplication des contrats passés entre les pouvoirs publics et le secteur privé pour concéder l'exploitation de services publics importants ou louer des actifs de l'État à des entités privées en échange d'une fraction des recettes qu'elles en tirent. Si l'on peut faire valoir que les pouvoirs publics ne sont pas à même d'assurer efficacement la prestation de certains de ces services à l'heure actuelle, il importe néanmoins de soumettre ces contrats à l'examen attentif d'auditeurs externes et de s'assurer que le budget de l'État enregistre directement, et dans des conditions de transparence satisfaisantes, les recettes qui en découlent. Lors de notre dernière réunion d'avril, j'ai appelé la création d'un Cours des comptes "efficace, structuré et indépendant" et la nomination d'un auditeur général. Les bailleurs de fonds continuent d'exhorter les autorités à mettre sur pied cet organe -- dont le besoin se fait grandement sentir -- dans les meilleurs délais, de façon qu'il puisse commencer à travailler dans les meilleurs délais sur les nombreuses questions de gouvernance que soulève la gestion des deniers publics.

S'agissant de la consolidation du système financier, la bailleurs de fonds ont noté avec satisfaction l'examen é temps des demandes de licence bancaire et la création, en début d'année, d'une chambre de compensation des chèques libellés en dollar américain. Nous nous attendons é ce que les autorités monétaires nomment très vite les liquidateurs prévus par la loi pour assurer une restructuration ordonnée du secteur bancaire et protéger les droits des déposants.

Enfin, je voudrais observer que la communication, dans les meilleurs délais, d'informations économiques précises et transparentes est essentielle pour la conduite de la politique macroéconomique. A cet égard, les bailleurs de fonds invitent instamment les autorités à saisir au plus vite l'Assemblée nationale d'un projet de loi sur les statistiques. Nous les félicitons d'avoir accepté la publication des documents relatifs à la FRPC et au DSRP intérimaire, montrant ainsi la confiance qu'elles ont dans leur stratégie macroéconomique et leur volonté d'assurer une plus grande transparence. Je suis heureux de vous informer que les services du Représentant résident du FMI disposent désormais de leur site Internet, sur lequel vous pourrez trouver des informations à jour sur l'économie du Cambodge.

Je vous remercie de votre attention.