Fiche Technique
Le FMI s’adapte pour affronter la crise
le 14 de septembre 2009
Face à la pire récession que le monde ait connue depuis de nombreuses générations, le FMI s’est mobilisé sur plusieurs fronts pour venir en aide aux pays membres : il augmente ses concours, met à profit son expérience internationale pour conseiller les autorités nationales sur les solutions envisageables et procède à des réformes pour moderniser son mode de fonctionnement et mieux répondre aux besoins des pays.
Accroissement des prêts d’urgence. Le FMI a réagi rapidement à la crise économique mondiale en portant ses engagements de prêts au niveau record de plus de 160 milliards de dollars avec, en particulier, une forte augmentation des prêts concessionnels aux pays les plus pauvres.
Travail d’analyse et conseils ciblés. Le rôle de surveillance, les prévisions et les conseils du FMI, qui bénéficient d’une perspective mondiale et de son expérience des crises antérieures, sont très sollicités et le Groupe des Vingt (G-20) y fait largement appel.
Davantage de souplesse. Le FMI a réformé sa panoplie d’instruments de prêt de manière à ce qu’elle corresponde mieux aux besoins des pays membres et il a simplifié les conditions de ses prêts.
Création d’un dispositif de sécurité financière. Le FMI s’emploie actuellement à mettre en place un vaste dispositif de sécurité financière pour contenir la propagation de la crise en obtenant des promesses de contributions en vue du triplement de ses ressources, conformément à l’objectif approuvé par le G-20.
Mise à profit des leçons de la crise. Le FMI participe à la réflexion en cours sur les leçons à tirer de la crise sur le plan de la politique économique, de la réglementation et de la réforme de l’architecture financière mondiale.
La nouvelle panoplie d’instruments de prêt du FMI
• Les plafonds d’accès aux ressources du FMI sont doublés
• La conditionnalité est simplifiée de manière à faire disparaître le spectre du discrédit pour les pays emprunteurs
• Une nouvelle ligne de crédit modulable est créée pour les pays performants
• La réforme supprime la conditionnalité structurelle « stricte »
• L’accent est mis désormais sur les objectifs plutôt que sur des mesures spécifiques
Réforme de la panoplie d’instruments de prêt. Entre autres mesures visant à aider les pays pendant la crise économique mondiale, le FMI renforce sa capacité de prêt et a approuvé une réforme majeure des modalités de ses concours en offrant des montants plus élevés et en en adaptant les conditions aux divers atouts et à la situation particulière des pays bénéficiaires.
Une nouvelle ligne de crédit pour les pays émergents bien gérés. Les décaissements ne sont pas étalés dans le temps et aucune condition n’est imposée aux pays admis à bénéficier de la ligne de crédit modulable. La Colombie, le Mexique et la Pologne ont reçu à eux trois 78 milliards de dollars à ce titre.
De nouvelles règles pour les conditions des prêts du FMI. Depuis le 1er mai 2009, les critères de réalisation structurels sont supprimés pour tous les prêts du FMI, y compris ceux qui appuient les programmes des pays à faible revenu. Les réformes structurelles continueront à faire partie intégrante des programmes, mais uniquement si elles sont jugées indispensables au redressement du pays. En outre, le suivi des mesures prévues risquera moins d’entacher la réputation du pays emprunteur puisque celui-ci ne sera plus tenu de demander une dérogation officielle s’il est dans l’impossibilité de mettre en œuvre une mesure convenue dans les délais fixés.
Davantage de souplesse, moins de conditions. Les programmes ayant reçu dernièrement le soutien du FMI sont adaptés à la situation particulière des pays et sont centrés sur les questions à résoudre dans l’immédiat pour surmonter la crise.
Exemples de souplesse dans les programmes soutenus par le FMI
1. Le programme de novembre 2008 de l’Islande permet un déficit budgétaire élevé en 2009 afin de ne pas aggraver l’effondrement en cours de l’activité économique tout en prévoyant des mesures (y compris un contrôle des capitaux) pour stabiliser le taux de change et restructurer le secteur bancaire.
2. Le programme de septembre 2008 du Costa Rica prévoit le recours à une politique budgétaire expansionniste pour atténuer les effets néfastes du repli de la demande privée en 2009, notamment l’augmentation de la masse salariale et des dépenses d'infrastructure.
3. Le programme d'avril 2008 du Guatemala table sur une relance budgétaire modérée pour soutenir la demande intérieure, financée par un apport substantiel de ressources extérieures par des institutions multilatérales. Une augmentation des dépenses sociales de 0,6 % du PIB est prévue pour compenser en partie les répercussions de la crise sur les couches les plus pauvres de la population.
4. Au Pakistan, le ralentissement économique, l'aide supplémentaire des bailleurs de fonds et la nécessité de protéger les dépenses prioritaires sont autant de facteurs qui ont été à l'origine de la conclusion d'un accord préliminaire entre le FMI et les autorités en vue d'assouplir l'objectif prévu pour le déficit budgétaire de 2009/2010. Les autorités disposeront ainsi d'un espace budgétaire qui permettra d'absorber cette aide, de stimuler la croissance et d'augmenter les dépenses sociales, de développement et de sécurité, y compris celles destinées aux personnes déplacées.
Accent sur la protection sociale
Le FMI fait en sorte que les ajustements économiques entrepris pour contrer les effets de la crise tiennent aussi compte des besoins des couches les plus vulnérables de la population en élaborant des dispositifs de protection sociale ou en renforçant ceux qui existent déjà. [Voir la fiche technique intitulée : « The IMF’s Role in Helping Protect the Most Vulnerable in the Global Crisis».]
Les dépenses sociales sont préservées ou accrues là où cela est possible. Par exemple, le Tadjikistan vise, dans le cadre de son programme appuyé par le FMI, à faire passer les dépenses sociales ou pro-pauvres de 7,3 % du PIB en 2008 à 8,7 % en 2009, puis à 10 % d’ici à 2012.
Environ un tiers des programmes des pays à faible revenu fixent des planchers pour les dépenses sociales et les autres dépenses prioritaires.
Les réformes structurelles sont conçues de manière à protéger les plus vulnérables. Au Salvador par exemple, les autorités ont éliminé les subventions à l’électricité non résidentielle, créant ainsi un espace budgétaire (qui peut aller jusqu’à 0,3 % du PIB) pour accroître les dépenses sociales.
Le FMI collabore étroitement avec la Banque mondiale et les bailleurs de fonds afin de trouver des ressources extérieures pour financer la protection sociale et de promouvoir la réforme des dispositifs qui existent dans ce domaine.
Aide aux populations les plus pauvres
• Le FMI prévoit d’augmenter ses concours concessionnels (qui pourront atteindre 8 milliards de dollars) pendant les deux prochaines années afin d’aider les pays à faible revenu à affronter les retombées de la crise mondiale. Les ressources disponibles, dont le produit de la vente envisagée d’une fraction de l’or du FMI, devraient permettre de porter les prêts concessionnels de l’institution à 17 milliards de dollars d’ici à 2014.
• Au milieu de juillet 2009, les nouveaux engagements du FMI envers les pays d'Afrique subsaharienne dépassaient 2,7 milliards de dollars.
• Les plafonds d'accès aux ressources concessionnelles du FMI ont été doublés.
• Le FMI procède actuellement à la réforme de ses instruments de prêt concessionnels en vue de les rendre plus souples et mieux adaptés aux besoins des pays à faible revenu.
• Vingt-quatre pays à faible revenu ont bénéficié d'un allégement de dette de la part du FMI pour un total d'environ 6 milliards de dollars.
Davantage de souplesse en matière de politique budgétaire. En raison de la crise, le FMI a en général intégré dans ses prévisions une augmentation des déficits et des dépenses en 2008 et 2009 et il a introduit davantage de flexibilité dans ses programmes d'aide financière. Les objectifs budgétaires ont ainsi été assouplis dans près de 80 % des pays africains (18 sur 23) qui appliquent un programme soutenu par le FMI. Pour l'ensemble de l'Afrique subsaharienne, les déficits budgétaires se sont creusés en moyenne de 2 % du PIB en 2009 (7,5 % si l'on inclut les pays producteurs de pétrole).
Davantage de souplesse en matière d'inflation. En octobre 2007, les programmes des pays à faible revenu tablaient sur un taux moyen d’inflation de 5,3 % pour 2008. Mais dans le courant de l'année 2008, la montée des prix des carburants et des produits alimentaires a obligé à revoir cet objectif. En octobre, les services du FMI s'attendaient à ce que, dans les pays appliquant un programme avec son soutien, l'inflation atteigne en moyenne 11 % pour l’ensemble de l’année 2008. Elle a été en fait de presque 12 %.
Simplification des conditions des prêts. La conditionnalité est maintenant centrée davantage sur des objectifs fondamentaux. Le nombre de conditions structurelles a diminué dans beaucoup de programmes et, de plus en plus, ces conditions sont limitées aux mesures les plus essentielles, notamment aux réformes qui s'imposent d'urgence dans le domaine de la gestion des finances publiques.
Réforme des instruments de financement. Outre le doublement récent des plafonds d'accès, le FMI a réaménagé ses facilités de financement concessionnel pour les rendre plus souples et mieux adaptées aux besoins divers des pays à faible revenu, dont beaucoup sont durement éprouvés par la crise mondiale. Cette réforme permet au FMI d’accorder une aide financière à court terme ou d'urgence plus efficace. Le nouveau dispositif prévoit une augmentation des ressources, le doublement des plafonds d’emprunt, des taux d’intérêt zéro et, jusqu’à la fin de 2011, des conditions plus souples.
Création d’un pare-feu contre les crises — Le triplement des ressources du FMI
• Lors de son sommet du 2 avril 2009 à Londres, le G-20 s'est prononcé en faveur d'une augmentation considérable des ressources dont dispose le FMI pour accorder des prêts afin d’aider à combattre la crise.
• Le G-20 a décidé de tripler la capacité de prêt du FMI en la portant à 750 milliards de dollars et de lui permettre d'injecter des liquidités supplémentaires dans l'économie mondiale au moyen d'une allocation de 250 milliards de dollars de DTS, la quasi-monnaie du FMI.
• Les ressources du FMI (qui se chiffraient à 250 milliards de dollars) ont été immédiatement doublées grâce aux contributions bilatérales d’un certain nombre de pays.
• Les ressources du FMI vont être portées à 750 milliards de dollars dans le cadre des Nouveaux accords d'emprunt (NAE) qui ont été élargis et remaniés. L’ouverture de ces accords à de nouveaux participants, aujourd’hui au nombre de 26, l’augmentation du crédit ainsi disponible, qui pourra atteindre 500 milliards de dollars (dont les quelque 250 milliards de dollars de contributions bilatérales), et l’assouplissement des NAE feront de ce dispositif un instrument beaucoup plus puissant.
• Une allocation générale de DTS équivalente à 250 milliards de dollars s’est traduite par un quasi-décuplement du nombre de DTS. Pour beaucoup de pays, notamment ceux à faible revenu, cela représente une augmentation considérable des réserves.
Le rôle du FMI dans l’élaboration de l'architecture financière après la crise
• Le FMI travaille en étroite collaboration avec les gouvernements et d’autres institutions internationales pour dessiner les contours du monde au lendemain de la crise et essayer d'empêcher que de nouvelles crises se produisent à l'avenir.
• Des mesures sont actuellement prises pour affiner l'analyse des risques, en la plaçant dans une perspective internationale, et examiner les liens entre économie réelle, secteur financier et stabilité extérieure, en particulier par la mise en place d’un exercice d'alerte avancée (en collaboration avec le Conseil de stabilité financière) et le réaménagement des programmes d’évaluation du secteur financier.
• Il est aussi essentiel de rendre la surveillance des pays plus efficace, en faisant en sorte qu’elle soit plus impartiale, plus claire et plus franche.
• Le FMI émet aussi des avis sur la façon de repenser la réglementation et la supervision internationales des marchés.
Une structure de gouvernance qui reflète davantage l’économie mondiale
• Il importe avant tout de mener à bien les réformes en cours de la gouvernance pour assurer la légitimité et l’efficacité du FMI.
• Il convient d’approuver au plus vite la réforme des quotes-parts et celle de la représentation des pays, adoptées en avril 2008.
• Ces réformes marquent le début d’un processus qui vise à accroître la participation des pays émergents dynamiques tout en préservant la représentation des pays à faible revenu.
• Ces réformes prévoient un relèvement de la quote-part de 54 pays membres, parmi lesquels la Chine, la Corée, l’Inde, le Brésil et le Mexique recevront les augmentations les plus fortes.
• Nous n’en sommes encore qu’au premier stade des réformes. Le G-20 a demandé que la phase suivante, à savoir la mise au point d’une nouvelle formule de calcul des quotes-parts, soit entamée avant octobre 2009 de manière pouvoir aboutir au plus tard en janvier 2011.
