Le FMI s'emploie à réduire les risques de crises financières
Article par
Flemming Larsen
Directeur du Bureau européen
Fonds monétaire international
Le Monde
24 septembre 2001
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Depuis les années 1970, les réformes économiques ont progressivement transformé les systèmes financiers de par le monde et entraîné une expansion extraordinaire du rôle des forces du marché dans la formation des prix et l'affectation des ressources financières. Cette nouvelle économie financière a vu éclore toutes sortes de nouveaux instruments financiers. Elle se caractérise aussi par une mondialisation rapide et un degré d'intégration sans précédent des marchés de capitaux internationaux. Cette transformation du système financier signe la disparition du contrôle de l'Etat, qui est resté la règle depuis la seconde guerre mondiale jusqu'aux années 1970 ou 1980 et parfois plus longtemps. Les systèmes financiers contrôlés par l'Etat semblaient assez stables. Or cette stabilité était chèrement acquise puisqu'elle avait pour contrepartie un manque de concurrence, des côuts d'intermédiation financière elevés et une affectation inefficace ou malavisée de ressources financières limitées.
A la longue, deux graves défauts sont devenus de plus en plus flagrants : d'une part, la tentation pour les gouvernements de financer des déficits budgétaires croissants au moyen de l'épargne plus ou moins captive à laquelle il avait un accès privilégié ; d'autre part, l'incapacité des systèmes réglementés à sanctionner une politique économique génératrice d'une inflation élevée. La libéralisation financière a aussi eu pour effet de faire payer très cher aux gouvernements les errements de la politique budgétaire ou monétaire, et c'est là un des avantages cruciaux d'un système financier soumis aux règles du marché. Dans cette perspective historique, il n'est peut-être pas surprenant que le retour à un système de marché, qui nous rappelle le système étalon-or du XIXe siècle, semble s'accompagner d'un degré relativement élevé de volatilité financière, dont il faut éviter qu'elle ne dégénère en crise financière. Les principaux dangers de la nouvelle économie financière sont les suivants :
Des mouvements de capitaux déstabilisateurs. De nombreux pays émergents ont bénéficié d'apports considérables d'investissements directs et de portefeuille. Cependant, depuis 1994, les retraits massifs et soudains de capitaux par des investisseurs inquiets par certains déséquilibres ont contribué aux graves crises financières qui ont touché une grande partie de l'Amérique latine, de nombreux pays d'Asie du Sud-Est et quelques pays en transition.
Une contagion internationale des crises financières. La mondialisation des marchés financiers a incité beaucoup de gérants de portefeuilles à investir dans un grand nombre de pays dans des secteurs spécifiques ou selon des critères de risque précis, accroissant les risques de contagion lorsque le marché vient à manquer de liquidité dans tel ou tel pays.
La vulnérabilité et la propension aux crises du secteur financier. Les possibilités plus variées de placements profitables qu'offre un système de libre concurrence tendent à accroître les taux de rendement. Dans le même temps, elles exposent les investisseurs, particuliers ou institutionnels, à de plus grands risques, du fait notamment des bulles spéculatives. Le jeu des forces du marché peut donc s'assortir d'un plus grand risque de crises systémiques.
La délinquance financière. Il risque de devenir plus facile, avec des marchés financiers mondialisés, de blanchir des capitaux mal acquis et d'échapper à l'impôt en investissant dans un paradis fiscal. Il est aussi à craindre que la réglementation financière et les mécanismes de surveillance des places financières extraterritoriales soient insuffisants, ce qui peut menacer la stabilité du système.
La préoccupation croissante que suscitent dans l'opinion publique ces problèmes et le souci d'équité qui en découle sont des éléments cruciaux du mouvement de protestation contre la mondialisation qui s'est développé depuis quelques années. Ces manifestations ont aidé à convaincre les décideurs qu'il est urgent de remédier aux problèmes. Deux conclusions ressortent des récentes crises financières. Premièrement, pour que les forces du marché jouent correctement, il faut que les opérateurs comprennent les risques qu'ils encourent. Deuxièmement, il est absolument indispensable d'avoir une infrastructure financière robuste pour limiter le risque qu'un changement d'appréciation des marchés ne provoque des attentes autoréalisatrices de catastrophe financière et une contagion injustifiée de la crise au-delà des frontières.
Devant ces constats, la communauté financière a mis au point un ensemble de normes internationales de bonnes pratiques pour la conduite de la politique économique et les infrastructures financières que chaque pays est encouragé à faire siennes. Le respect de ces normes devrait atténuer la nervosité des marchés en cas d'imprévus et rendre les systèmes financiers plus résistants aux crises. Le Fonds monétaire international et la Banque mondiale sont particulièrement bien placés pour aider les pays à évaluer et à appliquer ces normes.
Pour sa part, le FMI établit les modules traitant de la diffusion des statistiques et de la transparence des finances publiques et de la politique monétaire; la Banque mondiale, elle, se charge de la comptabilité et de l'audit, du gouvernement d'entreprise, de l'insolvabilité et des droits des créanciers. Et conjointement le FMI et la Banque mondiale se livrent à une évaluation des normes financières des pays, qui vise à cerner les forces et les faiblesses de leur secteur financier. Le FMI s'emploie de bien d'autres façons à renforcer ses instruments de détection, de prévention et de résolution des crises. Ainsi, nous avons rassemblé l'ensemble de nos travaux d'analyse sur les marchés de capitaux au sein d'un nouveau département des marchés de capitaux internationaux, qui est opérationnel depuis le 1er août 2001. Par ailleurs, le FMI suit et analyse en permanence l'évolution de ses pays membres et de l'économie mondiale en s'attachant à déceler les facteurs de vulnérabilité et s'équipe d'outils d'analyse permettant de détecter l'imminence d'une crise. Ces indicateurs seront utilisés en interne pour attirer notre attention sur les risques à un stade précoce, et serviront à donner aux autorités des conseils pertinents suffisamment à l'avance pour qu'elles puissent prendre des mesures correctrices.
Le FMI a aussi revu ses mécanismes de prêt de manière à jouer un rôle plus efficace dans la prévention et la résolution des crises. Il s'est doté de nouvelles facilités, dont la ligne de crédit préventive (LPC), qui est à la disposition des pays membres ayant de solides antécédents économiques et qui devrait décourager les attaques spéculatives. Ceci dit, on a beau s'évertuer à réduire le risque de crise financière, des crises éclatent quand même. Mais il y a moyen d'en limiter le coût tant pour le pays directement touché que pour le reste du monde. Tout d'abord, le pays concerné se doit de prendre les mesures jugées nécessaires pour remédier aux causes de la crise. A l'appui de ces mesures, le FMI et éventuellement d'autres créanciers officiels apportent leur concours financier. Les créanciers privés peuvent dès lors accepter de renouveler les lignes de crédit et obligations existantes et même d'accorder de nouveaux prêts. On parvient ainsi à éviter qu'une crise de liquidité ne se transforme en une coûteuse crise de solvabilité. Il est donc prioritaire pour le FMI de trouver les moyens de faire jouer au secteur privé un rôle constructif dans le processus de résolution des crises.
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