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Argentina and the IMF




Le FMI dans les crises : les faits
(Réponse au point de vue de Joseph E. Stiglitz
« L'actualité de Keynes », Les Échos, 3 juin 2002)
Par Flemming Larsen
Directeur du Bureau du FMI en Europe
Les Echos
17 juin 2002

English

La solution du Professeur Stiglitz aux crises financières qui ont secoué ces dernières années un certain nombre de pays à marché émergents - dont les pays d'Asie orientale, la Russie et l'Argentine - consiste à accroître les dépenses et le déficit publics et à faire fonctionner la planche à billet. Il affirme que cette solution « keynésienne » aurait pu empêcher les récessions qui ont suivi les crises, au contraire de ce qu'il appelle la « théorie alternative » du FMI, qui aurait soi-disant aggravé ou même causé les contractions de la production.

Malheureusement, Monsieur Stiglitz semble être dans l'ignorance des faits. La vérité, c'est que, dans le contexte de programmes soutenus par le FMI, de nombreux pays ont en fait permis à leurs finances publiques d'exercer un effet de stimulation sur leur économie. Cela fut le cas du Mexique en 1994, de la Corée du Sud en 1998 et du Brésil en 1999. Il suffit pour s'en convaincre de regarder l'évolution des soldes budgétaires entre l'année précédant immédiatement et l'année suivant immédiatement la crise.

Augmentation du déficit budgétaire ou passage d'un excédent à un déficit

( en pourcentage du PIB)

Mexique

1993-95

2,1

Thaïlande

1996-98

4,8

Corée

1996-98

4,9

Indonésie

1996-98

3,6

Brésil

1997-99

3,8

Solde budgétaire de l'administration centrale dans le cas du Mexique et de l'ensemble des administrations publiques dans les autres cas.

Pour ce qui est de la Russie, les déficits massifs des finances publiques ont été une des principales raisons de la crise financière (et du défaut de paiement) de 1998. En Argentine, la contraction économique depuis 1998 s'est accompagnée d'une dégradation sensible de la situation budgétaire, qui a fini par miner la confiance des investisseurs argentins et étrangers dans l'aptitude de l'État à assurer le service de la dette, et a conduit à l'effondrement du système de caisse d'émission.

Il est exact que le FMI conseille en général aux pays de limiter la progression de la dette publique à la suite des crises financières afin de rétablir la confiance et de réduire les taux d'intérêts en général très élevés que le pays doit habituellement payer en pareil cas. Cependant, cette recommandation est modulée en fonction de la situation propre au pays et de l'ampleur de sa charge d'endettement.

Il est bien évidemment impossible de prédire avec précision les conséquences d'une crise. Lorsque les hypothèses centrales ne se vérifient pas, par exemple si la demande privée se contracte plus que prévu, on ajuste en conséquence les objectifs budgétaires du programme. C'est exactement ce qui a été fait à un stade précoce de la crise asiatique; ainsi, la Thaïlande et la Corée du Sud ont laissé leur déficit budgétaire augmenter rapidement en réponse à un ralentissement économique plus prononcé que prévu. Tout cela montre bien que dans les récentes situations de crise, les budgets publics ont joué un rôle stabilisateur.

Il faut aussi prendre en considération la façon dont les programmes soutenus par le FMI ont été ajustés pour répondre aux besoins des couches sociales les plus touchées, en particulier les plus démunies. Dans de nombreux pays, les dispositifs de protection sociale ont été élargis pour indemniser les chômeurs, subventionner les prix de certaines denrées alimentaires et apporter d'autres formes de soutien. Dans bien des cas, on a aussi puisé dans le budget de l'État pour financer la nécessaire restructuration du secteur financier. Parallèlement, les programmes autorisaient une nette chute des recettes budgétaires, vu la baisse des rentrées fiscales causée par la récession. Bien sûr, les programmes visaient aussi à réduire les dépenses improductives et le gaspillage des fonds publics pour aider à financer les actions prioritaires. Bon nombre d'éléments des budgets publics avaient donc pour effet de soutenir l'économie, et quelques-uns seulement étaient cause de contraction, pris isolément. Mais globalement, les budgets favorisaient le développement de l'activité économique.

Aurait-il fallu une politique plus volontariste? Peut-être la stimulation aurait-elle pu être plus vigoureuse dans certains cas. Mais, vu la reprise relativement ferme qui s'est matérialisée dans presque tous ces pays, il semble que cela ne se justifiait pas. Il est en outre crucial d'éviter autant que faire se peut que l'action des pouvoirs publics ne soit perçue comme mettant en péril la viabilité budgétaire à moyen terme, ainsi que le démontrent les exemples de la Russie et de l'Argentine.

Ce n'est pas seulement le budget public qui soutient l'activité économique à la suite d'une crise. L'adoption d'un programme de résolution de crise avec l'appui du FMI permet aussi de mobiliser l'aide de la communauté internationale, à la fois sous forme de concours du FMI et de financements bilatéraux. Un tel programme renforce les réserves de change du pays et rehausse la crédibilité de sa politique gouvernementale, ce qui favorise le redressement du pays et limite la gravité et la durée de la récession qui suit presque immanquablement une crise financière.

C'est par conséquent à tort que l'on critique le FMI en lui reprochant d'imposer des souffrances aux pays touchés par les crises, en prenant argument des contractions qui résultent inévitablement des crises. Le soutien du FMI a au contraire aidé les pays à passer à côté de récessions bien plus prononcées et prolongées, et à renouer plus rapidement avec la croissance. Et c'est bien évidemment la mission même du FMI.

Mais la réponse aux crises ne peut pas se limiter à la politique budgétaire (ou macroéconomique) ou aux concours financiers. Il est rare que les crises financières résultent seulement d'une insuffisance de la demande. Chacune des crises qu'ont traversées récemment les pays à marché émergent a mis en évidence une série particulière de problèmes causés par des distorsions structurelles, une mauvaise affectation des ressources, des fragilités financières, etc. Il est souvent bien plus difficile de déceler les problèmes fondamentaux et d'aider le pays à élaborer les réformes appropriées que de faire les bons choix budgétaires.

Le FMI est toujours ouvert au débat et au dialogue, notamment avec Monsieur Stiglitz et ses autres critiques. Mais de grâce, restons-en à l'essentiel et évitons les polémiques bâties sur de grossières distorsions des faits.




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