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Lorsque les dirigeants du monde entier se réuniront à la Conférence de Johannesburg à la fin de ce mois, tous les regards seront tournés vers l'Afrique — ses progrès, ses ambitions, ses besoins. Même si le Sommet mondial sur le développement durable est essentiellement consacré à l'environnement, cet événement n'en constituera pas moins un excellent forum pour examiner ce dont l'Afrique a besoin pour assurer la viabilité — au plein sens de ce terme — de son développement. Les besoins de ce continent sont immenses. La pauvreté est endémique : pratiquement la moitié de la population de l'Afrique sub-saharienne vit avec moins de 1 dollar par jour et près des quatre cinquièmes, avec moins de 2 dollars par jour. L'espérance de vie est inférieure à 50 ans, en raison surtout des conflits armés, de la pandémie du VIH/SIDA et de l'insuffisance des soins de santé et des services sociaux. Les souffrances humaines que dissimulent ces statistiques sont tragiques. D'encourageants progrès ont néanmoins été enregistrés dans toute l'Afrique ces dernières années. Dans 13 pays, le PIB réel s'est accru de plus de 5 % par an en moyenne depuis 1997. Les gouvernements mettent tout en oeuvre pour répondre aux besoins de leurs citoyens les plus pauvres, en s'efforçant dans le même temps de maîtriser le déficit des finances publiques, et de réduire l'inflation — qui représentent les deux formes les plus pernicieuses d'imposition pour les pauvres. Une génération plus tôt, il était d'actualité de se demander qui, de l'État ou du secteur privé, devait être le moteur du développement. Aujourd'hui, nous savons que le développement requiert un appareil d'État intègre et fonctionnant sans heurts, ainsi qu'un secteur privé dynamique. Nombre de gouvernements africains ont mis ces principes en pratique et appliquent désormais les réformes qui s'imposent pour stimuler l'épargne et l'investissement privés, la croissance et l'emploi. De nombreux exemples témoignent de cette réussite : le Mozambique et l'Ouganda, autrefois dévastés par la guerre, figurent aujourd'hui au nombre des pays africains connaissant la croissance la plus rapide. Au Burkina Faso, les politiques mises en oeuvre pour accroître la production agricole et les exportations de coton ont stimulé la croissance et les revenus des pauvres dans les zones rurales. Au Botswana et au Cameroun, les recettes dégagées par l'industrie du diamant et l'extraction de pétrole servent à fortifier et à diversifier l'économie. Et les efforts déployés à Maurice et en Tanzanie pour renforcer le secteur privé sont d'ores et déjà couronnés par une expansion de l'investissement direct. Pourtant, si l'on veut faire reculer la pauvreté de manière tangible, ces résultats doivent devenir plus généralisés et plus positifs encore avec le temps et dans tous les pays du continent. L'Afrique doit enregistrer une croissance viable atteignant au moins 7 % par an et une expansion des créations d'emploi, notamment dans les zones rurales. Il faut aussi améliorer le réseau routier et les autres infrastructures de base; accroître l'intermédiation financière et l'accès aux services financiers; promouvoir l'intégration régionale afin d'élargir les marchés et de favoriser les échanges commerciaux interrégionaux et fournir un meilleur accès à l'éducation et aux services de santé. Une campagne décisive doit être engagée contre le VIH/SIDA. Dans le même temps, il faut redoubler d'efforts pour rationaliser l'utilisation des ressources et protéger l'environnement. Ces besoins ont été reconnus par la Conférence internationale sur le financement du développement qui s'est tenue sous les auspices des Nations Unies à Monterrey (Mexique). À cette occasion, un consensus sans précédent s'est dégagé sur ce qu'implique la lutte contre la pauvreté dans le monde : les nations en développement doivent reconnaître que cette tâche leur incombe en priorité — et que la bonne gestion publique est un facteur vital de réussite; la communauté internationale doit apporter une aide plus énergique, plus rapide et plus étendue. En deuxième lieu, et plus important encore, le Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD) — programme d'action ambitieux qui entend faire renaître le continent africain — a vu le jour sous l'impulsion d'une nouvelle génération de chefs d'État africains et été adopté sans réserve par la toute nouvelle Union Africaine. L'objectif à long terme du NEPAD est l'éradication de la pauvreté en Afrique, qui sera ancrée sur la paix, la démocratie et la primauté du droit; le développement de l'infrastructure sociale et matérielle et la participation pleine et entière des pays africains aux échanges internationaux. La plus remarquable des caractéristiques de ce programme — qui devrait transformer sa vision en action concrète — est qu'il s'agit d'un programme africain, conçu et mis en oeuvre par les dirigeants et les peuples d'Afrique. Il est maintenant essentiel pour la communauté internationale de répondre à l'appel avec des ressources qui aideront à matérialiser ces objectifs. Chacun a un rôle à remplir. Que peut faire le FMI? À l'heure actuelle, l'action engagée par le FMI dans les pays africains — en collaboration avec la Banque mondiale — est focalisée sur l'assistance accordée pour soutenir les stratégies de réduction de la pauvreté. Plus d'une vingtaine de pays d'Afrique s'emploient d'ores et déjà à formuler de telles stratégies. Nous sommes encouragés par les progrès réalisés jusqu'à présent : les dépenses consacrées à l'éducation, à la santé et à d'autres services sociaux sont en expansion. Les gouvernements deviennent plus transparents et plus responsables et sont davantage à l'écoute de leurs citoyens. Le FMI vient à l'appui des stratégies nationales de réduction de la pauvreté par le biais des financements qu'il accorde dans le cadre de la Facilité pour la Réduction de la Pauvreté et pour la Croissance (FRPC). À ce jour, 3,5 milliards de dollars américains de prêts concessionnels ont été approuvés à ce titre en faveur de l'Afrique. En outre, le FMI et la Banque mondiale ont aidé 26 pays à remplir les conditions requises pour bénéficier de 41.5 milliards de dollars EU d'allégements de dette dans le cadre de l'Initiative en faveur des pays pauvres très endettés (Initiative PPTE). Mais nos activités liées aux allégements de dette nous rappellent que la capacité d'emprunter et d'attirer l'investissement direct étranger est cruciale pour le financement du développement économique. Les deux institutions intensifient donc leurs efforts afin d'aider les pays africains à créer des secteurs financiers solides et, à terme, à accéder aux capitaux internationaux. Une importance particulière est par conséquent attachée à la réforme du secteur bancaire et à l'amélioration du cadre réglementaire, notamment l'adoption de normes et de codes reconnus à l'échelon international; à la création d'institutions financières diversifiées qui pourront financer les nouvelles entreprises et leurs opérations; et à l'installation d'institutions de micro finance bien gérées qui pourront répondre aux besoins des petites et moyennes entreprises et du secteur rural. Un autre domaine essentiel où le FMI peut intervenir est le renforcement des capacités. En coopération étroite avec d'autres bailleurs de fonds, nous comptons créer cinq centres régionaux d'assistance technique en Afrique — les deux premiers, situés à Dar es-Salaam et à Abidjan — doivent ouvrir leurs portes cette année. Ces centres dispenseront, à partir de ressources locales, une assistance technique et une formation dans les principaux domaines de compétences du FMI : politique macroéconomique, politique et administration fiscales; gestion des dépenses publiques; statistiques macroéconomiques; et édification de secteurs financiers solides. Les autres membres de la communauté financière pourraient apporter une aide utile dans deux domaines primordiaux : l'aide publique au développement (APD) et le commerce extérieur. Le programme d'action destiné à accroître l'APD à l'Afrique, qui a été annoncé récemment par les pays du G-8 à leur dernier sommet tenu au Canada, est encourageant. Des apports plus importants devraient même être possibles lorsque ces pays démontrent qu'ils utilisent l'aide à bon escient. L'alignement des concours sur l'objectif de 0,7 % du PNB retenu par l'ONU pour l'APD annuelle des pays industrialisés permettrait à la fois de mobiliser les ressources nécessaires pour la campagne contre le VIH/SIDA (dont les besoins sont estimés à quelque 10 milliards de dollars EU par an) et de faire reculer la pauvreté de façon significative. Il est tout aussi impératif que les pays africains aient davantage de possibilités d'accroître et de diversifier leurs exportations. Les pays industrialisés peuvent contribuer à cet effort en ouvrant leurs marchés et en éliminant progressivement leurs subventions, qui sont sources de distorsions — à commencer par les subventions aux secteurs agricole, des textiles et des produits manufacturés à forte intensité de main-d'œuvre. Ces pays devraient également chercher à réduire les droits de douane qui frappent les produits transformés des pays pauvres, car de telles structures tarifaires incitent les pays d'Afrique à se concentrer sur la production de produits de base, ce qui les rend plus vulnérables aux baisses des cours mondiaux de ces produits. Certaines initiatives louables ont été lancées récemment par l'Union européenne et les États-Unis en vue d'ouvrir davantage leurs marchés aux pays à faible revenu. Mais, à l'évidence, ces mesures n'ont ni l'envergure ni la rapidité voulues, puisque les pays industrialisés dépensent encore plus de 200 milliards de dollars américains chaque année pour les subventions. De plus, la législation agricole adoptée récemment par les États-Unis pourrait fort bien s'avérer dommageable pour certaines économies africaines. Il va sans dire que la réforme des subventions est une mesure difficile au plan politique, mais c'est cependant l'un des meilleurs moyens de venir en aide aux nations pauvres. Les besoins de l'Afrique sont immenses. L'ambitieux programme du NEPAD et les progrès économiques enregistrés récemment dans de nombreux pays sont encourageants. Mais c'est au reste d'entre nous — FMI, autres organismes internationaux, et pays industrialisés — qu'il incombera de travailler en partenariat avec les gouvernements africains et de fournir les concours dont ils ont besoin pour éradiquer la pauvreté et réaliser le potentiel de l'Afrique. C'est le sens également de ce nouveau partenariat offert par les Africains. IMF EXTERNAL RELATIONS DEPARTMENT
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