Thomas C. Dawson
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FMI, banques et pauvreté
Lettre à l'éditeur
Par Thomas C. Dawson
Directeur, Département des relations extérieures
Fonds monétaire international
Le Monde
2 septembre 2002
English

Monsieur,

Joseph Stiglitz semble croire qu'à force de répéter suffisamment souvent la même chose, cette chose devient réalité. Il est regrettable que vous rapportiez comme des faits ses fantasmes, notamment dans un article récent intitulé «L'échec du FMI» (14 août).

Il est faux de dire que le FMI est un fantoche à la solde des pays riches. Son histoire, sa tradition démontrent le contraire. Le Français Pierre-Paul Schweitzer, lorsqu'il était à la tête du FMI au début des années 70 a sacrifié son second mandat pour signifier clairement aux États-Unis qu'ils ne pouvaient pas mener de front la guerre du Vietnam et des programmes sociaux sans inflation, et avertir l'Allemagne qu'elle n'avait pas les moyens de sa politique sociale de l'époque à moins de connaître un rythme de croissance irréaliste — ce dont les deux pays ont finalement fait l'amer constat. Aujourd'hui, le FMI ne ménage pas ses critiques aux États-Unis à propos des droits qu'ils imposent sur l'acier et de leur récente loi sur l'agriculture. En fait, le FMI a pris fait et cause pour les pays en développement et contre le protectionnisme de l'ensemble du monde industrialisé, y compris l'Europe et les subventions agricoles qu'elle distribue à tour de bras.

Il est aussi faux de dire que le FMI soutient les intérêts des banquiers. Les investisseurs ont perdu quelque 300 milliards de dollars en Asie et en Russie en 1997-98 malgré les «renflouements» qu'aurait opérés le FMI. Et le FMI travaille en ce moment à l'élaboration d'un mécanisme qui permettrait aux pays de négocier une réduction de leurs obligations internationales. Le prêt de 30 milliards de dollars accordé récemment au Brésil ne vise pas à sauver la mise aux banques, mais à donner au Brésil une possibilité d'éviter une crise qui submergerait sa population. M. Stiglitz lui-même a proclamé à l'envi que le Brésil mérite qu'on lui donne une chance de surmonter ses difficultés actuelles. L'Argentine, elle, a au contraire manqué de saisir les multiples chances qui lui ont été données. Le FMI n'a pas pu protéger indéfiniment le peuple argentin des errements de ses dirigeants, ainsi que le reconnaît l'auteur de votre article. Mais que les banquiers soient perdants ou gagnants, cela n'entrait guère en ligne de compte.

Dans l'univers imaginaire de M. Stiglitz, les pays en crise pourraient émettre et vendre encore plus d'obligations dont personne ne veut, l'Union soviétique en plein délabrement aurait pu mener un processus graduel de réformes et le FMI est responsable de tous les maux de la mondialisation. Un peu de sérieux!




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