Rodrigo Rato y Figaredo
Rodrigo Rato y Figaredo

Articles et commentaires
2005 2004 2003 2002 2001 2000 1999 1998





English
Le directeur général du FMI présente une feuille de route pour l'Afrique
Par Monsieur Rodrigo de Rato
Directeur général
Fonds monétaire international
Le Potentiel
D.R. Congo
December 10, 2004

Au cours de la dernière décennie, l'essor économique et la stabilité ont beaucoup progressé dans nombre de pays africains, grâce à la mise enoeuvre résolue par leurs gouvernements de politiques axées sur la croissance et, tout récemment, à la forte expansion de l'économie au niveau mondial. Cette année, la croissance économique en Afrique subsaharienne aurait atteint son niveau le plus élevé - 4,5 % - depuis dix ans.

Ces progrès, certes bienvenus, restent néanmoins trop modestes pour faire reculer la pauvreté sur tout le continent. Dans certains pays, les revenus ont augmenté, les soins de santé se sont améliorés et l'éducation a commencé à se généraliser. Mais beaucoup d'autres pays sont encore confrontés à d'énormes défis pour venir à bout des fléaux de la pauvreté, de la maladie et de l'analphabétisme. Les pays développés, les institutions internationales et les gouvernements africains ont pris les engagements qui s'imposent pour relever ces défis. Ces promesses doivent maintenant se traduire dans les actes.

Tout ce que j'ai eu l'occasion d'observer depuis que j'ai pris mes fonctions de Directeur général du FMI en juin n'a fait que confirmer ma conviction qu'il est maintenant impératif de passer à l'action. Je me suis rendu en Afrique à deux reprises pour rencontrer les chefs d'État, les représentants de la société civile et d'autres, et j'ai eu l'occasion de m'adresser au Sommet extraordinaire de l'Union africaine au Burkina Faso. D'importantes discussions se sont tenues entre les pays membres lors de la dernière Assemblée annuelle du FMI et de la Banque mondiale à propos des défis de la croissance, de la réduction de la pauvreté, des flux d'aide et de l'allègement de la dette. Il nous faut maintenant donner un nouvel élan à nos travaux afin d'aider les pays les plus pauvres du monde à réaliser leur potentiel.

Le FMI est résolu, comme l'Afrique, à s'attaquer aux défis de la croissance et de la réduction de la pauvreté. Les objectifs de développement pour le Millénaire (ODM) constituent notre cadre de référence commun et notre stratégie de partenariat a été définie en 2002 à la Conférence de Monterrey. Les pays industrialisés se sont engagés à accroître l'aide et à réduire les barrières commerciales. Le FMI et la Banque mondiale offriront des conseils aux pays membres, et mettront à leur service leurs compétences spécialisées et leurs concours financiers. Il est également crucial que les pays en développement mènent de saines politiques économiques et assurent une bonne gouvernance - des principes qui sont déjà à la base du Nouveau Partenariat pour le développement de l'Afrique.

Toutefois, même si la marche à suivre est bien définie, les progrès ont été jusqu'à présent beaucoup trop lents. Au rythme actuel, dans dix ans, l'Afrique sera loin, très loin d'avoir atteint les ODM. Il est donc urgent que toutes les parties s'impliquent davantage. Pour l'Afrique, cela signifie redoubler d'efforts pour mettre enoeuvre les réformes qui permettront une croissance élevée et soutenue, ce qui exige un secteur privé dynamique et des niveaux élevés d'investissement d'origine nationale et étrangère. En outre, l'expérience en Afrique et ailleurs montre que pour créer un climat propice à l'initiative et à l'investissement, il faut des institutions solides - et exemptes de corruption - garantes de l'existence et de l'application d'un cadre juridique et réglementaire prévisible. Les pays africains devront être bien préparés à l'augmentation - indispensable - des flux d'aide : par exemple, il convient de renforcer les systèmes de gestion des dépenses publiques afin que les autres dépenses essentielles, notamment pour la mise en place des infrastructures publiques qui font tant défaut, ne soient pas négligées.

Les prix élevés du pétrole exercent des pressions sur les prix et les comptes extérieurs de nombreux pays africains et le FMI est prêt à porter assistance à ceux qui s'efforcent d'y faire face. Mais les pays producteurs de pétrole ont eux aussi des défis à relever, car la manne pétrolière peut ébranler les institutions fragiles et compromettre la gouvernance. Pour assurer une croissance soutenue et faire reculer la pauvreté, une transparence accrue et un renforcement du cadrage budgétaire à moyen terme seront indispensables, afin que les recettes provenant de ces ressources naturelles soient utilisées à bon escient. L'Initiative pour la transparence des industries extractives, adoptée par plusieurs pays africains, est un pas dans la bonne direction et le FMI espère que cette initiative et bien d'autres permettront de rehausser la transparence dans la région.

En cas de besoin, le FMI peut offrir le soutien nécessaire pour permettre à l'Afrique de faire des progrès rapides, que ce soit sous la forme de conseils, d'assistance technique et de formation ou de concours financiers. L'une des missions importantes du FMI consiste à aider les pays à utiliser au mieux les ressources disponibles. Dans ce contexte, il est essentiel que notre travail accompagne la hausse attendue des niveaux d'aide - surtout maintenant que les efforts pour enrayer la pandémie du VIH/sida sont en train de s'accélérer.

Pour que les ODM se concrétisent, la plus grande part de responsabilité incombe inévitablement aux économies avancées qui ont une double tâche. Premièrement, les pays développés doivent respecter leurs engagements et fournir des niveaux d'aide plus élevés - dans toute la mesure du possible sous forme de dons. Les flux actuels d'aide sont non seulement insuffisants, mais aussi imprévisibles et souvent mal coordonnés entre les donateurs. Une meilleure coordination de l'aide assortie d'engagements pluriannuels est critique pour accroître l'efficacité des concours des donateurs.

Deuxièmement - et c'est encore plus important -, les pays développés doivent offrir aux exportations des pays en développement de meilleurs débouchés et démanteler les subventions qui faussent les échanges commerciaux. Les accords cadres conclus à l'OMC en juillet dernier arrivent à point nommé et remettent les négociations du cycle de Doha sur la bonne voie. Ils doivent être suivis de véritables progrès pour maintenir l'élan et réaliser les objectifs du Programme de Doha pour le développement. Les pays riches comme les pays pauvres pourront ainsi assumer chacun leur part de responsabilité pour promouvoir une intégration plus complète des pays en développement dans le système du commerce mondial. Force est aussi de reconnaître que les barrières imposées au commerce entre les pays en développement eux-mêmes restent trop élevées.

Il faut maintenant que les pays développés fassent preuve de leur volonté politique et respectent leurs engagements en matière d'aide et de débouchés commerciaux. Plusieurs nouvelles propositions ont été avancées afin d'apporter aux pays à faible revenu des flux de ressources supplémentaires. Ces initiatives sont bienvenues. Mais elles entraînent parfois des choix difficiles et c'est à tous les dirigeants politiques qu'il revient de démontrer que les avantages l'emporteront certainement sur les coûts.

La lutte contre la pauvreté peut progresser; l'histoire de nombreux pays - notamment mais pas exclusivement en Asie - montre que cela est possible. Mais l'Afrique ne peut pas s'en sortir seule et ce n'est que dans le cadre d'un partenariat international qui tient ses promesses qu'il sera possible de faire progresser la croissance et le combat contre la pauvreté.




IMF EXTERNAL RELATIONS DEPARTMENT

Public Affairs    Media Relations
E-mail: publicaffairs@imf.org E-mail: media@imf.org
Fax: 202-623-6278 Phone: 202-623-7100