Rodrigo Rato y Figaredo
Rodrigo Rato y Figaredo

Articles et commentaires
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Il est urgent d'aider les pays producteurs de coton
Editorial par Rodrigo de Rato
Directeur Général du Fonds monétaire international
Le Figaro
24 juin 2005
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Les pays africains producteurs de coton traversent des moments difficiles. Les cours mondiaux, qui n'ont jamais été aussi bas, en partie du fait des subventions des pays industrialisés à leurs producteurs de coton, réduisent les revenus des paysans tout en déprimant la croissance économique. C'est le bien-être de millions d'Africains qui est en jeu.

Il y va de la responsabilité mutuelle de l'Afrique et de la communauté internationale. Les Africains sont conscients du fait que, pour être compétitifs à l'échelle mondiale, ils doivent moderniser leurs secteurs cotonniers.

Mais leurs partenaires commerciaux doivent veiller à éliminer, dans le cadre des négociations de Doha, les subventions qui faussent les échanges et contribuent à la chute des cours. La communauté internationale et donc le FMI se doivent aussi d'apporter aux producteurs de coton une assistance financière exceptionnelle pour les aider dans leurs efforts d'ajustement et ainsi éviter de compromettre les stratégies de lutte contre la pauvreté.

La production mondiale et les stocks records de coton pèsent sur les cours qui ont perdu près du quart de leur valeur l'année dernière. Bien que l'augmentation de la production soit en partie le fait des pays avancés où le coton est subventionné, elle est pour l'essentiel due aux pays en développement, d'Asie et d'Amérique latine principalement, qui produisent à faible coût. Souvent grâce au coton génétiquement modifié, mais aussi par le biais d'autres réformes, certains de ces pays voient leur productivité croître rapidement. Compte tenu de cette évolution structurelle du marché mondial du coton, la plupart des experts prévoient que les cours mondiaux vont probablement rester fort bas dans les années à venir.

Cette évolution est durement ressentie dans les pays d'Afrique de l'Ouest et d'Afrique centrale, Bénin, Burkina, Mali, Togo et Tchad, où le coton peut représenter jusqu'à 60% des exportations, de même que dans d'autres pays producteurs tels que l'Ouganda et la Tanzanie. À eux seuls, les pays d'Afrique de l'Ouest et d'Afrique centrale risquent de perdre quelque 300 millions de dollars en recettes d'exportations en 2005. Leurs difficultés sont d'autant plus graves que leur monnaie, le franc CFA, est rattaché à l'euro, dont la fermeté n'a fait qu'accentuer la baisse des prix en dollars.

Cette situation critique commence à peine à recevoir l'attention qu'elle mérite et elle devrait faire l'objet d'un intérêt particulier. En effet, ces pays ont besoin d'un soutien international pour les aider à progresser dans la voie de la réalisation des objectifs du Millénaire pour le développement convenus par l'ensemble de la communauté internationale, lesquels visent, entre autres, à réduire de moitié l'extrême pauvreté et à améliorer le sort des plus démunis à l'horizon 2015.

J'ai récemment observé un parfait exemple d'effort concerté lors de la conférence que le FMI a organisée en mai dernier au Bénin. À cette occasion, je me suis joint à des producteurs de coton d'Afrique de l'Ouest et d'Afrique centrale et à des représentants officiels d'Europe, des États-Unis, ainsi que de la Banque mondiale et de l'Organisation mondiale du commerce pour énoncer, dans une déclaration conjointe, les mesures qu'il conviendrait de prendre pour préserver une des grandes réussites de l'Afrique subsaharienne en matière d'exportation.

Les producteurs de coton africains doivent eux-mêmes relever le défi majeur qui est de s'adapter à la baisse des cours mondiaux. Comme dans les autres continents, leurs pays doivent se doter d'économies bien gérées qui reposent sur des budgets sains et une inflation faible. Cela signifie que ces pays doivent résister à la tentation de détourner des ressources budgétaires pour compenser les pertes du secteur cotonnier. Il est cependant probable que, dans l'immédiat, un financement exceptionnel soit nécessaire pendant une période d'ajustement.

Cela signifie également qu'à terme les prix payés aux producteurs de coton doivent être alignés sur les cours mondiaux, tant pour préserver la stabilité budgétaire que pour encourager l'efficacité. Je reconnais que ce n'est pas chose facile, car il s'agit de concilier le besoin d'éviter un effondrement des revenus des paysans les plus pauvres, de soutenir les producteurs de coton, avec la nécessité de maintenir les autres programmes de réduction de la pauvreté.

Les producteurs africains ne peuvent pas faire abstraction de ce qui a bien fonctionné ailleurs. Le changement est indispensable pour moderniser leurs secteurs cotonniers et les rendre plus efficaces et capables de soutenir la concurrence des pays qui produisent également à faible coût et j'ai été rassuré d'entendre au Bénin que les paysans et les décideurs de la région en sont tout à fait conscients.

Une stratégie visant une plus grande efficacité comporte nécessairement de nombreux éléments : il s'agit notamment de renforcer les associations de producteurs et accélérer les progrès technologiques, en particulier l'emploi de variétés à haut rendement. Une concurrence accrue peut aussi faire baisser les coûts d'égrenage. La privatisation de cette activité pourrait à cet égard être utile dans certains pays. Le développement progressif du commerce transfrontalier de coton pourrait également stimuler la concurrence régionale et favoriser la réduction des coûts. La libéralisation des transports, y compris des installations portuaires et l'allégement des formalités douanières pourraient aussi contribuer à réduire les coûts élevés d'acheminement du coton africain vers les marchés mondiaux.

Il va de soi que l'Afrique ne peut s'en tirer seule. Dans le cadre des négociations en cours à l'OMC, il est urgent que les pays industrialisés mettent fin aux subventions qui faussent les échanges. Ces pays doivent accepter la logique du marché et adapter leurs politiques parallèlement aux réformes mises en oeuvre dans d'autres pays producteurs plus pauvres. L'élimination de ces subventions et des autres facteurs de distorsion des prix se traduirait par un relèvement des cours et encouragerait la production du coton dans les pays où elle n'est pas subventionnée, tels que les pays africains.

Les partenaires du développement de la région, les pays donateurs et les organisations internationales doivent aussi apporter un appui plus ferme aux réformes du secteur cotonnier, dans le but d'en accroître l'efficacité.

Dans le même temps, l'augmentation des soutiens aux budgets permettrait aux gouvernements de maintenir le niveau des dépenses destinées à la lutte contre la pauvreté, face à la dégradation des perspectives de croissance. Il importe de veiller à ce que l'assistance des donateurs aille là où les besoins sont les plus pressants et ne retarde pas les réformes de modernisation de la filière. Le FMI est prêt à accroître si nécessaire ses prêts concessionnels à la région.

Lors de la conférence sur le coton au Bénin, le premier ministre du Burkina, Paramanga Ernest Yonli, a mis en garde contre la catastrophe qui guette les paysans de son pays si rien ne change. Ensemble, faisons en sorte que les choses changent.




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