Rodrigo Rato y Figaredo
Rodrigo Rato y Figaredo

Articles et commentaires
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Des actes plus décisifs
Editorial par Rodrigo de Rato
Directeur général du Fonds monétaire international
Les Echos (Mali)
30 novembre 2005
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En septembre dernier, les dirigeants de la planète se sont retrouvés à New York au Sommet du Millénaire des Nations Unies. Ils ont fait un bilan des progrès accomplis dans la voie des objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) au cours des cinq dernières années et ont examiné les réalités auxquelles il nous faut faire face pour que ces objectifs soient atteints au cours des dix années qui viennent.

Le Sommet des Nations Unies est maintenant chose du passé. Mais il ne faut pas laisser s'essouffler l'élan qu'il a engendré. Le recul de la pauvreté en Afrique et dans les autres pays en développement de par le monde ne doit pas être une cause qui ne mobilise la communauté internationale d'aide au développement qu'à l'occasion de conférences mondiales. C'est une entreprise qui demande un engagement de tous les instants. Le Fonds monétaire international, qui est partie prenante à l'effort mondial de lutte contre la pauvreté, a la ferme volonté de faire ce qui est en son pouvoir pour aider les pays à atteindre les OMD afin que le nombre de personnes vivant dans la pauvreté extrême soit réduit de moitié à l'horizon 2015.

Quels enseignements pouvons-nous tirer des efforts passés de réduction de la pauvreté? Mais surtout, qu'est-ce que la communauté internationale - pays à faible revenu, pays donateurs et organisations multilatérales — doit faire sans tarder pour assurer des progrès plus rapides dans la voie des OMD? L'impératif majeur est que les pays à faible revenu mettent en œuvre des politiques propices à la croissance économique, car c'est la croissance qui promeut le développement et réduit la pauvreté. Trois conditions doivent être réunies pour que la croissance se matérialise : stabilité économique et financière, politiques favorisant l'épanouissement du secteur privé et soutien de la communauté internationale.

La liberté des échanges est un élément crucial. Lorsque je me trouvais au Bénin, au début de l'année, j'ai été informé par les agriculteurs eux-mêmes et par les cadres gouvernementaux représentatifs de l'ensemble de l'Afrique de l'Ouest le récit des dégâts que la politique protectionniste des pays industrialisés cause à l'agriculture dans les pays en développement. Mais, même s'ils ne se heurtaient pas à ces barrières, les pays africains auraient du mal à affronter la concurrence. Le commerce entre les pays d'Afrique est parmi les plus chers au monde. Les produits africains représentaient dans les années soixante-dix 4 % des échanges mondiaux; aujourd'hui, cette part n'est plus que d'environ 2 %. En fait tous les pays, y compris les pays en développement, doivent œuvrer ensemble à démanteler les obstacles au commerce et faire disparaître les subventions qui faussent les échanges. C'est pourquoi il est essentiel que la communauté internationale — les pays industrialisés en tête — achève dès que possible le cycle actuel de négociations commerciales, ce qu'il est convenu d'appeler le programme de Doha pour le développement. Une percée dans ces négociations contribuerait à sortir des millions de personnes de la pauvreté et à donner une impulsion à la croissance dans toute l'Afrique.

Mais les pays en développement ont aussi besoin de davantage d'aide, et d'une aide mieux ciblée. Les pays du G8 se sont engagés récemment à accroître leur aide, au bénéfice de l'Afrique en particulier, et ces engagements sont les bienvenus. Le FMI plaide depuis longtemps en faveur de l'augmentation de l'aide aux pays en développement. Comme l'indique le Rapport de suivi mondial 2005 — le deuxième du nom, préparé par la Banque mondiale et le FMI —, il faudra que l'aide soit multipliée par deux au cours des cinq prochaines années pour que la dynamique des OMD s'accélère comme il le faut.

L'aide n'est véritablement efficace que lorsqu'elle est prévisible et cadre avec les priorités de ceux qui la reçoivent, et les donateurs doivent veiller à ce que cette aide n'entraîne pas d'obligations administratives trop contraignantes pour les pays bénéficiaires. Les pays à faible revenu, quant à eux, sont aux prises avec de considérables difficultés lorsque l'aide s'accroît. Ils doivent en outre faire en sorte que les capacités de leurs services publics ne soient exagérément sollicitées. Ils doivent aussi s'assurer que les flux d'aide n'aient pas d'effets économiques pervers. Des flux d'aide massifs peuvent entraîner une appréciation de la monnaie locale, rendre les exportations moins compétitives, voire alimenter l'inflation. Le FMI peut aider les pays à définir une politique économique propre à relever notamment ces défis.

Tout comme l'aide, l'allégement de la dette peut fortement contribuer à donner aux pays à faible revenu l'élan initial requis. L'Initiative multilatérale d'allégement de la dette, qui a reçu l'appui de l'ensemble de la communauté internationale, vise à effacer les dettes d'un grand nombre de pays pauvres très endettés envers le FMI, la Banque mondiale et la Banque africaine de développement. Cela libérera des ressources, qui pourront alors servir à lutter contre la pauvreté et à promouvoir le développement. Grâce à cette initiative, l'allégement devrait représenter globalement quelque 4,8 milliards de dollars EU.

Le secteur privé a également un rôle important à jouer dans la lutte contre la pauvreté, notamment dans son financement. Un secteur privé dynamique peut fortement contribuer à la création d'emploi et aux recettes publiques. L'investissement privé — que les fonds soient d'origine nationale ou étrangère — est essentiel pour le développement économique. C'est pourquoi le FMI insiste, dans les conseils qu'il prodigue aux pays, sur la nécessité de créer un climat propice à l'initiative privée. La santé du secteur privé dépend fortement de la confiance des investisseurs, laquelle est tributaire de la primauté du droit, appliqué en toute impartialité dans un cadre dynamique, et de l'existence d'un secteur financier solide et correctement contrôlé.

La lutte contre la pauvreté et l'accélération de la croissance dans les pays à faible revenu exigent la détermination et la persévérance de toutes les parties. Le FMI reste fidèle aux engagements pris à Monterrey (Mexique) en mars 2002. Lors de la Conférence de Monterrey sur le financement du développement, les responsabilités de tous les partenaires au développement ont été clairement définies. Nous avons réexaminé notre rôle dans les pays à faible revenu afin de mieux adapter notre assistance à leurs besoins spécifiques. La démarche axée sur les stratégies de réduction de la pauvreté et notre Facilité pour la réduction de la pauvreté et pour la croissance demeurent le cadre directeur de nos activités dans les pays à faible revenu. Soucieux de répondre à l'évolution des besoins de ces pays, nous avons récemment créé un nouveau mécanisme non financier appelé Instrument de soutien à la politique économique, pour faire connaître l'appréciation que nous portons sur la qualité de la politique économique des pays qui souhaitent l'aval du FMI, sans nécessairement vouloir son assistance financière ou en avoir besoin. Et nous travaillons aussi à la mise en place d'un nouveau service pour aider les pays pauvres à faire face à des chocs tels qu'une flambée des cours pétroliers ou une catastrophe naturelle.

Le FMI est soucieux de répondre aux besoins des pays à faible revenu. Les autres parties prenantes doivent partager ce souci. Ce n'est pas là une tâche à courte vue, mais au contraire une entreprise de longue haleine.

Dans un monde où l'activité économique a de plus en plus une dimension et des implications planétaires, le bien-être et la sécurité de tous les peuples sont liées. Nous devons nous souvenir que ce qui se passe dans les pays à faible revenu est intimement lié aux événements et aux destinées dans le reste du monde. Seule la coopération internationale, conjuguée à des politiques avisées au niveau national, permettra de faire reculer la pauvreté.




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