Une négociation pour résorber les déséquilibres mondiaux

Commentaire de Rodrigo de Rato
Directeur général du Fonds monétaire international
Publié dans Le Monde
15 mai 2007

Les Etats-Unis, la zone euro, le Japon, la Chine et l'Arabie saoudite se sont engagés dans un cycle de discussions visant à coordonner leurs politiques économiques

Les périodes favorables - et la période actuelle est favorable pour l'économie mondiale - sont rarement un moment propice pour concrétiser des initiatives destinées à résoudre les problèmes importants. C'est pourquoi je me félicite de l'annonce faite le 29 avril par un groupe d'économies prédominantes, qui reconnaissent leur responsabilité partagée dans la résorption graduelle des déséquilibres mondiaux, et dans le maintien de la croissance actuelle de l'économie mondiale.

Depuis un an, la Chine, la zone euro, le Japon, l'Arabie saoudite et les Etats-Unis ont entamé des discussions sur ces initiatives, entre eux et avec le Fonds monétaire international (FMI). Derrière l'appellation assez rébarbative de " consultations multilatérales " se cachent des discussions uniques en leur genre, et qui se révèlent être un instrument prometteur pour traiter d'une question d'importance globale.

Ces cinq économies sont liées aux déséquilibres mondiaux à différents titres : soit du fait du déficit ou de l'excédent important de leur compte courant, soit parce qu'elles représentent une proportion très importante de la production mondiale. Ces pays ont convenu que la résorption de ces déséquilibres était dans l'intérêt de chacun, tout en soulignant que c'était un défi multilatéral et une responsabilité partagée pour tous.

Au cours de l'année écoulée, en partie en raison de politiques mises en oeuvre au préalable dans ces pays, ces déséquilibres ont montré des signes de stabilisation, et même d'amélioration. Il est toutefois nécessaire que ces pays indiquent clairement que les politiques qu'ils suivront auront pour objectif de garantir un ajustement progressif et régulier des déséquilibres, associé à une progression économique soutenue. A défaut, l'économie mondiale restera sous la menace de nouvelles mesures protectionnistes et d'événements politiques ou économiques qui pourraient entraîner une résolution désordonnée de ces déséquilibres au détriment de la croissance.

Ces cinq pays ou régions ont présenté leurs stratégies économiques dans le détail lors de la réunion bisannuelle des membres du Fonds monétaire international (FMI). Cette présentation constituait le tout premier exposé conjoint de la sorte. Comme l'a relevé Gordon Brown, président du comité monétaire et financier international du FMI, ces politiques s'inscrivent dans le droit fil de l'approche à moyen terme soutenue depuis longtemps par les membres du FMI.

La Chine a ainsi prévu de faire de la réduction des déséquilibres extérieurs un objectif national majeur en 2007. Pékin a l'intention de relancer la demande intérieure et s'est engagé à assouplir graduellement son taux de change.

Les pays de la zone euro ont réaffirmé pour leur part leur intention de mettre en oeuvre une série de réformes structurelles dans de nombreux domaines, notamment dans la production, le marché du travail et les marchés financiers.

Le Japon envisage d'accélérer la réforme du marché du travail, de renforcer la concurrence, et de consolider le secteur fiscal pour encourager la confiance des citoyens.

L'Arabie saoudite annonce vouloir augmenter substantiellement ses investissements en matière d'infrastructures et de projets sociaux, et développer ses capacités dans le secteur pétrolier.

Enfin, les Etats-Unis prennent des mesures pour équilibrer leur budget, relancer l'épargne et encourager l'efficacité énergétique. Washington souhaite également renforcer la compétitivité des marchés financiers afin qu'ils gardent leur attrait pour les investisseurs étrangers.

De même que les déséquilibres mondiaux ne sont pas apparus en une nuit, ils ne disparaîtront pas d'un jour à l'autre. L'objectif des consultations multilatérales n'est pas de résoudre les déséquilibres mondiaux en un seul mouvement, mais de concrétiser un accord sur une approche à moyen terme qui permettra de réduire progressivement ces déséquilibres.

Les politiques définies par les participants, une fois mises en oeuvre, constitueront un premier pas dans cette direction. La publication de leurs orientations économiques est une preuve additionnelle de leur engagement et donne une feuille de route utile pour évaluer les progrès, et avoir ainsi confiance dans leur participation pleine et entière à la résolution de ces déséquilibres. De son côté, le FMI, dans le cadre de son mandat d'analyse et de conseil stratégique, suivra de près la mise en oeuvre de ces politiques. Ces pays ont clairement indiqué que leurs projets économiques continueraient à se conformer à la stratégie souhaitée par les membres du FMI.

Les cinq pays participants, les autres pays membres du FMI, ainsi que le Fonds, conviennent tous que ces consultations ont été constructives. Un signe clair de leur succès est qu'une seconde série de consultations multilatérales est à l'étude. Elle portera sur la manière dont la mondialisation et l'innovation financières influent sur la croissance et la stabilité. Comme dans le cas de la première série de discussions, cette consultation se tiendra entre un groupe d'économies particulièrement concernées par cette question.

Rodrigo de Rato est directeur général du Fonds monétaire international (FMI).



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