La riposte du FMI à la crise économique mondiale

le 23 mars 2016

Le FMI a réagi à la crise économique mondiale en mobilisant des ressources sur plusieurs fronts pour venir en aide à ses pays membres : il a augmenté et déployé sa capacité de prêt, mis à profit son expérience internationale pour proposer des solutions aux autorités nationales et procédé à des réformes pour mieux répondre aux besoins des pays.

Création d'un pare-feu contre les crises. Pour répondre aux besoins de financement sans cesse croissants des pays touchés par la crise financière et promouvoir la stabilité économique et financière mondiale, le FMI a considérablement accru sa capacité de prêt après l'éclatement de la crise en 2008. Il l'a fait en augmentant les souscriptions de quotes-parts des pays membres, qui constituent sa principale source de financement, et en concluant des accords d'emprunt portant sur des montants élevés.

Augmentation des prêts de crise . Le FMI a entièrement remanié sa panoplie d'instruments de prêt pour mieux l'adapter aux besoins des pays en accordant une plus large place à la prévention des crises, et il a rationalisé la conditionnalité liée aux programmes. Depuis le début de la crise, il a mis largement plus de 700 milliards de dollars de financements à la disposition de ses pays membres.

Aide aux populations les plus pauvres. Le FMI a entrepris une refonte sans précédent de ses moyens d'intervention auprès des pays à faible revenu et a quadruplé les ressources consacrées aux prêts concessionnels.

Approfondissement des analyses et des conseils du FMI. Le FMI a fourni des analyses des risques et des conseils de politique générale pour aider les pays membres à surmonter les défis et les retombées de la crise économique mondiale. Il a en outre engagé plusieurs grandes initiatives destinées à renforcer sa surveillance et à l'adapter à un monde plus intégré et plus interconnecté, en mettant à profit les enseignements tirés de la crise.

Réforme de la gouvernance du FMI. Pour accroître sa légitimité, le FMI est parvenu en avril 2008 et en novembre 2010 à un accord sur des réformes de gouvernance de grande envergure qui prennent mieux en compte l'importance croissante des pays émergents. Les réformes visent aussi à préserver l'influence des petits pays en développement au sein de l'institution.

Création d'un coupe-feu face aux crises

L'augmentation des ressources financières dont le FMI peut disposer pour aider ses pays membres a été déterminante pour surmonter la crise financière mondiale. En 2009 et en 2010, les pays membres ont fourni des ressources financières supplémentaires au FMI par le biais d'accords d'emprunt bilatéraux pour un montant d'environ 170 milliards de DTS (quelque 250 milliards de dollars aux taux de change actuels). Ces ressources ont été intégrées par la suite dans de Nouveaux accords d'emprunt (NAE) élargis, portant leur taille de 34 à 370 milliards de DTS (environ 510 milliards de dollars). En 2012, face à la dégradation de la conjoncture financière internationale, plusieurs pays membres se sont engagés à renforcer davantage les ressources du FMI à la faveur d'une nouvelle série d'emprunts bilatéraux. À fin 2015, 35 accords avaient été conclus pour un total de près de 280 milliards de DTS (390 milliards de dollars).

La 14e révision générale des quotes-parts, approuvée en décembre 2010, a doublé les ressources permanentes du FMI à 477 milliards de DTS (environ 663 milliards de dollars). Les conditions nécessaires à l'entrée en vigueur de l'augmentation ont été remplies en janvier 2016. Par la suite les dispositifs de crédit des NAE ont été ramenés de 370 à 182 milliards de DTS en raison du paiement des augmentations de quotes-parts au titre de la 14e révision générale, mais ils restent un important accompagnement des ressources liées aux quotes-parts.

À l'heure actuelle, la capacité totale de prêt du FMI (quotes-parts, NAE et accords d'emprunt de 2012 après soldes prudentiels) se chiffre à quelque 690 milliards de DTS (environ 950 milliards de dollars).

Outre l'augmentation de la capacité de prêt du FMI, les pays membres ont décidé en 2009 de procéder à une allocation générale de DTS équivalente à 250 milliards de dollars, ce qui s'est traduit par un quasi-décuplement des DTS. Pour beaucoup de pays, notamment les pays à faible revenu, cela représente une augmentation considérable de leurs réserves.

Refonte de la panoplie d'instruments de prêt du FMI

Afin de mieux aider les pays à traverser la crise économique mondiale, le FMI a renforcé sa capacité de prêt et a approuvé une refonte majeure des modalités de ses concours en offrant des montants plus élevés et plus immédiats et en adaptant les conditions aux divers atouts et à la situation particulière des pays bénéficiaires.

Ligne de crédit pour les pays performants. La ligne de crédit modulable (LCM), instituée en avril 2009 et renforcée en août 2010, s'adresse aux pays dont la situation économique est foncièrement très solide. Elle leur assure un accès important et immédiat aux ressources du FMI, principalement à titre d'assurance pour prévenir les crises. Aucune condition de politique économique n'est imposée aux pays admis à en bénéficier. La Colombie, le Mexique et la Pologne ont bénéficié à eux trois de l'accès jusqu'à environ 100 milliards de dollars au titre de la LCM (sans avoir encore effectué de tirages). On a constaté que le l'approbation d'une LCM se traduit pas une baisse des coûts d'emprunt et une plus grande marge de manœuvre pour les pays bénéficiaires.

Souplesse des conditions d'accès aux liquidités. Certains pays peu susceptibles d'être menacés par une crise en conjoncture normale peuvent subir le contrecoup d'un regain de tensions au niveau régional ou mondial . Dans de telles circonstances, un apport rapide et adéquat de liquidité à court terme à ces pays, victimes innocentes de la crise, pourrait renforcer la confiance des marchés, contenir la contagion et réduire le coût global des crises. La ligne de précaution et de liquidité (LPL), établie en 2011, est conçue pour répondre aux besoins de liquidité des pays dont l'économie est foncièrement solide mais qui restent exposés à certains facteurs de vulnérabilité. La Macédoine et le Maroc ont eu recours à la LPL.

Réforme des conditions de prêt du FMI. Les critères de réalisation structurels ont été supprimés pour tous les prêts du FMI, y compris ceux qui appuient les programmes des pays à faible revenu. Les réformes structurelles continuent à faire partie intégrante des programmes appuyés par le FMI, mais sont désormais plus axées sur les domaines essentiels pour la relance économique des pays.

Accent sur la protection sociale. Le FMI a aidé les gouvernements à préserver et même accroître leurs dépenses sociales, notamment en faveur de la protection sociale. Il a particulièrement encouragé les mesures destinées à mieux cibler et à accroître les dépenses destinées aux dispositifs de protection sociale qui permettent d'atténuer l'impact de la crise sur les couches les plus vulnérables de la population.

Revue des programmes appuyés durant la crise. Le FMI a procédé à plusieurs revues des programmes auxquels il a commencé à apporter son appui après la crise mondiale de 2008. Les revues ont révélé que les programmes appuyés par le FMI avaient contribué à tracer une voie pour surmonter la crise financière mondiale, évitant ainsi le scénario contrefactuel d'un effondrement catastrophique du système économique mondial que beaucoup avaient initialement redouté. Comme la crise de 2008 se démarquait nettement des crises précédentes, des décisions ont été prises dans un climat de grande incertitude quant aux chocs, aux mécanismes de transmission et aux ripostes. Les résultats des programmes mis en œuvre ont permis d'éclairer l'élaboration de programmes ultérieurs et contribué à élargir le champ des politiques réalisables en renforçant les dispositifs en place et en réduisant le risque de contagion.

Aide aux pays les plus pauvres

Face à la crise financière mondiale, le FMI a entrepris une refonte sans précédent de ses moyens d'intervention auprès des pays à faible revenu. En conséquence, les programmes appuyés par le FMI sont désormais plus souples et mieux adaptés aux besoins divers de ces pays — avec une conditionnalité simplifiée, une concessionnalité accrue et un accent particulier sur la préservation des dépenses sociales.

Accès accru aux ressources. Les ressources concessionnelles mises à la disposition des pays à faible revenu au moyen du fonds fiduciaire pour la réduction de la pauvreté et pour la croissance (RPC) ont été sensiblement accrues en 2009, conformément à l'appel lancé par les dirigeants du G-20, et les limites d'accès aux ressources dans le cadre des mécanismes de prêts concessionnels ont été doublées en moyenne afin de renforcer la sécurité financière des pays à faible revenu.

Approfondissement des analyses et des conseils du FMI

Le FMI a engagé des initiatives d'envergure pour renforcer sa mission de surveillance face à un monde plus globalisé et plus interconnecté. Ces initiatives ont porté notamment sur le réaménagement du cadre juridique de la surveillance pour inclure les effets de débordement (lorsque les politiques économiques d'un pays influent sur les autres), une analyse plus approfondie des risques et des systèmes financiers, une évaluation renforcée des positions extérieures des pays et une plus grande réactivité aux préoccupations exprimées par les pays membres.

Dans le cadre de ces efforts, le Conseil d'administration a adopté, en juillet 2012, une nouvelle décision sur la surveillance intégrée afin de renforcer le cadre juridique qui fonde la mission de surveillance. En septembre 2012, le Conseil a entériné une nouvelle stratégie de la surveillance financière prévoyant des étapes concrètes et présentées par ordre de priorité, qui visent à renforcer davantage la surveillance. En réponse à l'importance croissante des flux de capitaux dans le système monétaire international, le Conseil a en outre avalisé une vue institutionnelle sur la libéralisation et la gestion des flux de capitaux afin de guider la surveillance du FMI et les conseils de politique générale qu'il prodigue à ses pays membres.

Des rapports sur le secteur extérieur, qui offrent une analyse du secteur extérieur des principaux pays, de vaste envergure et cohérente sur le plan multilatéral, ont commencé à être élaborés pour être soumis à intervalle annuel à l'examen du Conseil d'administration. En outre, l'analyse des risques a été affinée, notamment par l'adoption d'une perspective transnationale et par des exercices d'alerte avancée, réalisés en collaboration avec le Conseil de stabilité financière. L'analyse des liens entre économie réelle, secteur financier et stabilité extérieure a aussi été approfondie. D'autres travaux ont été engagés, notamment pour comprendre et cartographier les conséquences pour les activités de surveillance de l'accentuation des interconnexions financières et commerciales (notamment par les rapports sur les retombées extérieures ) et pour les prêts destinés à renforcer le filet mondial de protection financière.

La revue triennale de la surveillance (RTS) achevée en 2014 s'est centrée sur ces réformes pour assurer que la surveillance du FMI continue de contribuer au mieux à une croissance durable dans un monde d'après-crise profondément interconnecté. Elle définissait 5 priorités opérationnelles pour l'avenir : intégrer et approfondir l'analyse des risques et des effets de contagion; préserver la surveillance macrofinancière générale; accorder plus d'attention aux politiques structurelles, y compris du marché du travail; fournir des conseils de politique économique avisés et cohérents; orienter la surveillance vers le client, en communiquant de façon claire et franche. Le plan d'action de la Directrice générale énonce des mesures concrètes pour faire avancer les travaux dans ces domaines prioritaires; des initiatives sont d'ores et déjà en cours de mise en œuvre. Une revue du programme d'évaluation du secteur financier a également été achevée en septembre 2014.

Avec plus de 200 millions de chômeurs à travers le monde et une hausse des inégalités de revenu dans de nombreux pays, le FMI a créé ungroupe de travail sur l'emploi et la croissance, qui a recommandé des mesures et fourni des orientations permettant au FMI de mieux aider ses États membres à atteindre leurs objectifs de croissance, de création d'emplois et de distribution des revenus.

Réforme de la gouvernance du FMI pour mieux refléter l'économie mondiale

Pour conforter sa légitimité et son efficacité, le FMI a placé au premier rang de ses priorités l'achèvement de la réforme de la gouvernance.

Le 15 décembre 2010, le Conseil des gouverneurs du FMI a approuvé des réformes de gouvernance de grande envergure dans le cadre de la 14e révision générale des quotes-parts. L'initiative comprenait un doublement des quotes-parts, avec un transfert de plus de 6 points de pourcentage des quotes-parts vers les pays émergents et en développement dynamiques, tout en protégeant les pourcentages de vote des pays membres les plus pauvres. La réforme prévoyait également le passage à une meilleure représentativité du Conseil d'administration, dont les membres seront désormais tous élus. En outre, les pays européens avancés se sont engagés à réduire de deux sièges leur représentation conjointe au Conseil d'administration.

Les réformes ont pris effet le 26 janvier 2016 avec l'entrée en vigueur de l'amendement relatif aux Statuts du FMI qui portait création d'un Conseil d'administration entièrement élu, après acceptation par les trois cinquièmes (soit 113) des 189 pays membres, représentant 85 % du total des voix attribuées.

Les réformes de 2010 s'appuyaient sur les réformes des quotes-parts et de la représentation adoptées en avril 2008 et entrées en vigueur le 3 mars 2011. Ces réformes ont entraîné un relèvement de la quote-part de 54 pays membres, parmi lesquels la Chine, la Corée, l'Inde, le Brésil et le Mexique ont été les principaux bénéficiaires. D'autres pays, au nombre de 135, dont certains pays à faible revenu, ont vu leur pourcentage de vote accru grâce à l'augmentation des voix de base qui continueront de représenter un pourcentage fixe du total des voix. Compte tenu de la 14e révision, le réaménagement des quotes-parts relatives en faveur de pays dynamiques émergents et en développement est de 9 points de pourcentage.