Le renforcement de la surveillance : enseignements de la crise financière

le 23 mars 2016

Ces dernières années, le FMI a engagé des initiatives d’envergure pour renforcer sa mission de surveillance face à un monde plus globalisé et plus interconnecté. Il s’agit notamment de réaménager le cadre juridique de la surveillance, d’approfondir l’analyse des risques et des effets de contagion, de renforcer la surveillance financière du risque systémique et l’évaluation des positions extérieures des pays, ainsi que de réagir plus promptement aux préoccupations exprimées par les pays membres. La Revue triennale de la surveillance de 2014, qui va dans le sens des initiatives engagées lors de la revue triennale de 2011propose des mesures qui renforceront l’exécution de ces réformes et qui feront en sorte que la surveillance soit bien équipée pour faire face aux problèmes qui voient le jour et pour soutenir une croissance durable dans le monde interconnecté de l’après-crise. Cette fiche technique passe en revue les mesures prises récemment dans ces domaines prioritaires.

Interconnexions

La crise mondiale a mis en évidence la nécessité d’une analyse plus approfondie des liens entre les économies, analyse que le FMI fournit à présent de différentes manières :

  • Les rapports sur les effets de contagion, qui sont établis depuis 2011, analysent les principaux effets de contagion, portant une attention particulière à l’impact des économies d’importance systémique. Le Rapport de 2015 a mis l’accent sur les répercussions du repli des cours du pétrole, de l’appréciation du dollar américain, et des politiques macroéconomiques mises en œuvre dans les économies avancées d’importance systémique pour combler leurs écarts de production, y compris en tenant compte de leurs différentes orientations de politique monétaire.
  • Les rapports de surveillance des pays et les rapports de surveillance multilatérale, tels que lesPerspectives de l’économie mondiale (WEO), le Rapport sur la stabilité financière dans le monde (GFSR), et divers rapports sur les Perspectives économiques régionales, comportent une analyse plus approfondie des interconnexions et des effets de contagion. Parfois, des rapports sont établis à propos de problèmes communs à un groupe de pays (par exemple, flux de capitaux, politiques macroprudentielles et politiques monétaires non conventionnelles).
  • Le FMI fait fond sur son analyse des risques transfrontaliers et des effets de débordement dans les enceintes internationales, telles que le Groupe des Vingt principaux pays industrialisés et émergents (G-20), et le Conseil de stabilité financière, pour promouvoir les politiques qui favorisent une croissance durable de l’économie mondiale et la stabilité financière.

Cadre juridique

En juillet 2012, le Conseil d’administration du FMI a adopté une Décision sur la surveillance intégrée qui renforce le fondement juridique de la surveillance dans une économie mondiale très intégrée. Cette décision permet de couvrir de manière plus systématique les effets de débordement des politiques économiques et financières des pays dans le cadre des consultations de l’article IV et de mieux intégrer la surveillance aux niveaux bilatéral et multilatéral. Elle permet au FMI d’engager un dialogue plus précoce avec ses pays membres sur l’accumulation des risques et des facteurs de vulnérabilité, et les encourage à ne pas négliger l’impact de leurs politiques sur les autres pays et la stabilité mondiale.

Évaluation des risques

Le FMI affine son évaluation des risques afin de pouvoir détecter les problèmes et élaborer les ripostes appropriées de manière plus efficace.

  • Le FMI réalise à intervalle semestriel un Exercice d’alerte avancée pour cerner et évaluer les risques à faible probabilité, mais à lourdes conséquences sur l’économie mondiale. Le FMI mène aussi des exercices d’analyse des facteurs de vulnérabilité pour évaluer les risques naissants dans les pays avancés, émergents ou à faible revenu.
  • La plupart des rapports au titre de l’article IV portent principalement sur les risques. Ils comportent des matrices d’évaluation des risques qui recensent les principaux risques internes et externes, et s’inspirent plus systématiquement des conclusions de l’exercice d’alerte avancée, des exercices d’analyse des facteurs de vulnérabilité, des Perspectives de l’économie mondiale et du GFSR.

Stabilité financière

Étant donné que ce qui se passe dans le secteur financier a le pouvoir de provoquer et de propager rapidement une crise, il est indispensable que ce secteur fasse l’objet d’une surveillance effective. Désormais, dans le cadre de ses activités de surveillance multilatérale et bilatérale, le FMI met davantage l’accent sur les questions liées au secteur financier, comme le prévoit la Stratégie de surveillance financière, approuvée par le Conseil d’administration du FMI en 2012.

  • Pour faire de la surveillance financière un élément plus important de la surveillance bilatérale, le FMI intensifie ses formations internes, améliore ses outils d’analyse et renforce son analyse macrofinancière et ses recommandations en matière de politiques macroprudentielles dans le contexte des consultations au titre de l’Article IV. Le FMI affecte également des experts du secteur financier aux pays les plus importants pour le système et les plus vulnérables.
  • L’une des autres grandes initiatives en cours concerne le Programme d’évaluation du secteur financier (PESF). Dans ce cadre, des évaluations exhaustives de la stabilité financière ont lieu tous les cinq ans pour les économies dont le secteur financier a une importance systémique. Il est donné suite à l’analyse des PESF lors des consultations de l’article IV. Le dernier examen du PESF a été achevé en septembre 2014.
  • Le FMI est devenu membre du Conseil de stabilité financière ce qui renforce la collaboration sur les questions macrofinancières et les questions liées à la supervision.

Stabilité extérieure.

L’évaluation de la stabilité et des déséquilibres extérieurs reste au cœur de la mission du FMI, car les déséquilibres extérieurs peuvent avoir un impact non négligeable sur le bon fonctionnement de l’économie mondiale.

  • En juillet 2015, le FMI a publié le troisième Rapport pilote sur le secteur extérieur qui couvre les plus grandes économies du monde. Ce rapport comporte une évaluation des soldes extérieurs, des monnaies et des politiques économiques des pays sur le plan multilatéral. L’analyse élargit la surveillance du secteur extérieur en évaluant plus systématiquement les taux de change, les soldes des transactions courantes, les positions des bilans, l’adéquation des réserves, les flux de capitaux et les mesures portant sur ces derniers.
  • Le rapport sur le secteur extérieur repose sur la méthodologie d’évaluation des soldes extérieurs, introduite en 2012, qui évalue les soldes courants et les taux de change d’un point de vue multilatéral.

Politiques macrostructurelles

Les politiques macrostructurelles sont un important complément des politiques macroéconomiques pour favoriser une croissance plus créatrice d’emplois et plus pérenne.

  • Le FMI s’emploie à renforcer son analyse des questions structurelles et sociales d’une importance macroéconomique essentielle (telles que le chômage et les inégalités) et, le cas échéant, à faire des recommandations qui intègrent des réformes structurelles dans le cadre macroéconomique plus général.
  • En reconnaissant qu’il n’existe pas de méthode universelle, le FMI a élaboré en octobre 2015 un cadre conceptuel qui aide à déterminer les priorités de réformes les mieux adaptées à chaque pays membre pour dégager les meilleurs gains de productivité possibles. Il a lancé d’autres projets, notamment un rapport exhaustif surl’emploi et la croissance et des analyses ciblées présentées dans les chapitres des Perspectives de l’économie mondiale.

Pouvoir de persuasion.

Pour que ses conseils aient le plus de poids possible, le FMI s’emploie à fournir des analyses économiques robustes, des conseils francs et impartiaux adaptés à la situation de chaque pays, et des messages clairs.

  • Les observations et messages principaux du FMI sont publiés deux fois par an dans le Plan d’action mondial Plan d’action mondial de la Directrice générale. Ce rapport met en exergue les principaux messages tirés des outils de surveillance multilatérale que sont le rapport sur les Perspectives de l’économie mondiale, le GFSR, le Moniteur des finances publiques, les rapports pilotes sur le secteur extérieur et les rapports sur les effets de contagion, et définit le plan d’action des priorités clés du FMI.
  • Pour améliorer sa surveillance, le FMI s’emploie aussi à tenir des consultations précoces avec les autorités nationales sur des questions importantes avant les consultations au titre de l’article IV, et à assurer un suivi systématique de la mise en œuvre de ses recommandations.