Bill Morneau occupe le poste de ministre des Finances du Canada depuis novembre 2015 (photo : FMI)

Bill Morneau occupe le poste de ministre des Finances du Canada depuis novembre 2015 (photo : FMI)

L’exercice d’équilibriste du Canada

le 8 janvier 2018

Lorsque le gouvernement Trudeau a pris ses fonctions en 2015, la croissance du Canada stagnait autour de 1 % par an, la faute en grande partie à l’impact négatif de la baisse des prix du pétrole et des matières premières sur une économie tributaire du commerce.

Depuis, les mesures de relance budgétaires et monétaires appliquées dans le cadre du programme de croissance inclusive du gouvernement ont conduit à une solide reprise économique. Si l’on en juge par les prévisions de croissance de 3 % pour 2017 et de 2,1 % pour 2018 (selon les dernières estimations économiques), le Canada pointe en tête du G7, ou tout du moins aux toutes premières places.

Mais cette reprise durera-t-elle, au vu notamment des risques qui menacent le commerce international, parmi lesquels la renégociation en cours de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) ?

Lors d’un récent entretien avec le ministre des Finances du Canada, Bill Morneau, nous avons évoqué les défis et les opportunités qui vont jalonner le programme de croissance du gouvernement, ainsi que les intentions de son pays pour le G7, dont il assume la présidence en 2018.

Le Canada a adopté le libre-échange, l’intégration économique et une politique d’immigration relativement ouverte. Que diriez-vous à ceux qui doutent des bienfaits de la mondialisation ?

Le Canada est la preuve vivante qu’en ouvrant son commerce, un pays peut obtenir des résultats positifs. Dans le sillage du Premier ministre Justin Trudeau, notre volonté de mettre l’accent sur l’ouverture, l’égalité, et le bien-être de la classe moyenne au Canada et dans le monde entier, a très vite porté ses fruits. Nous avons enregistré une forte croissance grâce aux échanges commerciaux entre le Canada, les États-Unis et le Mexique par le biais de l’ALENA, par exemple. Nous bénéficions indéniablement de notre approche ouverte au monde.

Cependant, nous devons maintenir notre compétitivité dans un environnement mondialisé. Nous avons donc élaboré un programme de réformes structurelles afin d’entretenir et d’améliorer la productivité du Canada. Il s’agit d’abaisser les barrières au commerce international, de stimuler l’investissement dans les infrastructures, d’améliorer le cadre d’innovation, d’investir dans l’éducation et la formation, de promouvoir l’immigration de travailleurs hautement qualifiés, et de permettre à davantage de femmes d’entrer – et de rester – dans la population active.

Nous jugeons capital de réfléchir à la façon de distribuer les fruits de la croissance à une tranche plus large de la population, ce que nous appelons la classe moyenne au Canada. De mon point de vue, une politique de croissance n’est efficace que si elle se traduit par des bienfaits réels pour la personne moyenne.

Si les gens ne sont pas convaincus que le commerce leur est profitable, comment voulez-vous qu’ils y adhèrent ? Donc, notre programme a été clairement conçu pour montrer aux Canadiens les bienfaits de notre croissance, puis pour aider les gens à comprendre que le commerce est très porteur pour notre croissance sur la durée.

De même, avec l’ALENA, nous savons que nous n’obtiendrons un résultat positif que si les gens affectés par cette relation commerciale adhèrent au fait qu’elle est bénéfique pour eux et pour leurs familles. Nous nous sommes donc attelés à présenter aux différents états des États-Unis les bienfaits du commerce pour l’emploi ; nous nous sommes longuement adressés aux quelque neuf millions d’Américains qui dépendent du commerce avec le Canada.

Quelles politiques vous ont aidés à distribuer les bienfaits de la croissance ?

Lorsque nous avons été élus, nous avons compris que la classe moyenne canadienne s’inquiétait des difficultés que la prochaine génération rencontrerait pour réussir. Ces craintes étaient illustrées par une longue période d’inégalité des revenus.

Nous avons compris que la seule solution possible consistait à mettre en place des politiques qui avantagent directement la classe moyenne canadienne. Avec un régime fiscal plus juste, les gens gagnent en confiance et sont davantage enclins à investir, ce qui donnera ce coup de fouet nécessaire à la poursuite de la croissance.

Nous avons donc baissé les impôts de la classe moyenne et pour financer cette perte de recettes, nous avons augmenté les impôts des 1 % de Canadiens les plus riches. Avec ces mesures, nous cherchons à réduire l’inégalité des revenus et nous donnons à une plus large partie de la population davantage d’opportunités de réussir.

Nous avons également voulu trouver d’autres moyens de soutenir les familles. Par exemple, nous avons réétudié notre système d’allocations familiales en le soumettant à un examen de ressources afin de veiller à ce qu’il profite aux familles ayant le plus besoin d’aide. Nous avons ensuite augmenté les allocations familiales dans le cadre du programme d’Allocation canadienne pour enfants. Depuis l’entrée en vigueur des nouvelles politiques, nous avons réduit la pauvreté chez les enfants de 40 %.

Le revenu disponible cumulé des familles a progressé. Nous avons donc assisté à un fort regain de confiance en l’avenir chez ces familles et notamment chez leurs enfants. Le taux de chômage a chuté pour atteindre son niveau le plus bas en près de dix ans. Les dépenses des ménages dans les biens durables se portent bien. De fait, notre croissance dépassant les prévisions, nous avons pu indexer les augmentations des allocations familiales sur l’inflation plus tôt que prévu, afin que ces prestations suivent l’évolution des frais à engager pour élever une famille.

En assumant la présidence du G7 cette année, le Canada va façonner le programme d’action des pays les plus riches du monde. Quelles sont vos grandes priorités ?

Notre priorité numéro un consiste à traiter les difficultés auxquelles la classe moyenne fait face dans l’ensemble de nos pays, en veillant notamment à ce que les femmes disposent des mêmes opportunités que les hommes. La nature de nos économies est en train de changer, c’est un fait. Avec la numérisation et l’automatisation, il devient difficile d’impliquer l’ensemble de la population dans la croissance. Mais cette évolution ouvre aussi de grandes opportunités. Les compétences numériques sont de plus en plus précieuses, que ce soit au niveau scolaire, dans la vie de tous les jours ou au travail. Afin de doter les Canadiens des compétences numériques nécessaires à leur réussite, nous prévoyons d’investir dans le développement et le soutien des compétences numériques des jeunes et des moins jeunes, mais aussi des groupes sous-représentés dans l’économie numérique.

Dans tous nos pays, nous devons porter notre attention sur la façon de créer davantage d’emplois intéressants et de générer de l’optimisme quant à l’avenir. Cet optimisme est un ingrédient essentiel à l’entretien d’un cercle vertueux dans lequel les entreprises investissent dans l’économie numérique et les gens investissent pour se former aux métiers de demain, ce qui donne à tous l’opportunité de progresser.

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