## Les crypto-actifs pourraient un jour réduire la demande de monnaie centrale

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### Contexte et nature des crypto-actifs
- Les crypto-actifs sont des représentations numériques de la valeur, purs produits de la cryptographie et de la technologie des registres distribués, libellés dans leurs propres unités de compte et échangés de pair à pair, sans intermédiaire.
- Leur valeur dépend de l’anticipation que d’autres agents leur accorderont de la valeur et s’en serviront, ce qui explique la forte volatilité observée.
- À l’heure actuelle, ils sont trop instables et risqués pour menacer les monnaies fiduciaires, en raison de fraudes, de brèches de sécurité, de pannes et de liens avec des activités illicites.
- « Il y a vingt ans, » certains économistes et banquiers centraux se demandaient si les progrès informatiques rendraient les banques centrales obsolètes (King, 1999); l’essor des crypto-actifs a relancé ce débat.

### Fonctions monétaires et risques associés
- Les crypto-actifs n’assument pas trois fonctions essentielles des régimes monétaires stables :
  - protection contre le risque de déflation structurelle;
  - capacité d’adaptation aux chocs temporaires de la demande de monnaie pour lisser le cycle économique;
  - capacité à faire office de prêteur en dernier ressort.
- Avec certains crypto-actifs comme le bitcoin, le risque d’inflation est en principe limité en raison d’une offre limitée.
- L’adoption et la stabilisation possibles :
  - La maturité pourrait atténuer la volatilité et encourager l’adoption.
  - De meilleures règles d’émission, éventuellement fondées sur l’intelligence artificielle, pourraient stabiliser la valorisation.
  - Des monnaies « stables » existent déjà : certaines sont liées à des monnaies fiduciaires, d’autres simulent des politiques de ciblage de l’inflation ou de prix indicatifs (« algorithmes de banque centrale »).

### Avantages potentiels pour les paiements et l’évolution du système
- Avantages des crypto-actifs comme moyens d’échange :
  - anonymat comparable aux espèces;
  - transactions entre opérateurs très distants;
  - unité de transaction potentiellement plus divisible — utile pour les micropaiements dans l’économie numérique du partage et des services;
  - compensation et règlement rapides et sans intermédiaire, particulièrement attractifs pour les paiements internationaux (transferts transfrontaliers de quelques jours à quelques secondes).
- Évolution possible du système de paiements :
  - Passage d’un système fondé sur des comptes (transferts de créances gérés par intermédiaires) à un système fondé sur la valeur ou des jetons (transfert d’un objet de paiement vérifiable indépendamment de la confiance dans l’intermédiaire).
  - Cela pourrait rapprocher la monnaie scripturale et la monnaie-marchandise, conférant aux crypto-actifs un rôle plus prééminent de monnaie-marchandise à l’ère numérique.
- Conséquence : la demande de monnaie centrale pourrait reculer si les unités de compte des activités économiques sont fournies par des crypto-actifs.

### Implications pour la conduite de la politique monétaire
- Problème central : la baisse de la demande de monnaie centrale pourrait amoindrir la capacité des banques centrales à contrôler les taux d’intérêt à court terme.
- Débats et hypothèses :
  - Si les banques centrales ne sont plus le fournisseur exclusif de réserves, leur capacité à conduire la politique monétaire pourrait être réduite (King, 1999).
  - Divergence d’opinions sur les ajustements à opérer dans les bilans des banques centrales pour influencer les taux d’intérêt dans un monde où leur passif ne servirait plus de mécanisme de règlement.
  - Question essentielle : « l’importance qu’auraient encore les politiques monétaires des banques centrales » (Woodford, 2000).
  - Benjamin Friedman : « Les taux d’intérêt que peut fixer la banque centrale tendent à être moins, voire plus du tout, liés aux taux d’intérêt et autres prix des actifs qui sont importants pour les transactions économiques ordinaires » (Friedman, 2000).
- Analogie : la perte de pertinence de la politique monétaire est comparable à la dollarisation d’une économie où une monnaie étrangère domine un pan important du système financier national.

### Recommandations politiques et réponses des banques centrales
- Trois axes de réponse recommandés :
  1. Poursuivre des politiques monétaires efficaces pour rendre les monnaies fiduciaires des unités de compte meilleures et plus stables. S’appuyer sur des politiques monétaires modernes, l’expérience des comités de politique monétaire et l’indépendance des banques centrales. Exploiter la technologie pour améliorer les prévisions : mégadonnées, intelligence artificielle, apprentissage automatique.
  2. Réglementer l’utilisation des crypto-actifs pour éviter l’arbitrage réglementaire et tout avantage concurrentiel déloyal : mesures rigoureuses contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme, renforcement de la protection des consommateurs, taxation efficace des transactions cryptées.
  3. Veiller à ce que la monnaie centrale demeure un instrument de règlement attrayant : envisager l’émission par les banques centrales de jetons numériques inspirés des crypto-actifs (monnaie centrale numérique échangeable de pair à pair et décentralisée).
- Points spécifiques sur la monnaie centrale numérique :
  - Elle pourrait contrer le pouvoir monopolistique des réseaux de paiement privé et abaisser les coûts de transaction pour les particuliers et les petites entreprises mal desservis.
  - Contrairement aux espèces, son nombre de coupures ne serait pas limité.
  - Une monnaie centrale numérique portant intérêts aiderait à répercuter le taux directeur sur l’économie en cas de baisse de la demande de réserves.
  - Elle permettrait aux banques centrales de continuer à percevoir des revenus d’émission (seigneuriage), source importante de recettes et garantie d’indépendance pour de nombreux pays émergents et en développement.
- Risques à évaluer : le lancement d’une monnaie centrale numérique exige de peser soigneusement les avantages et les risques, notamment le risque additionnel de paniques bancaires liées au succès de la nouvelle monnaie; l’évaluation bénéfices–risques variera selon le degré de développement financier et technologique des pays.

### Conclusion stratégique
- L’ère numérique apporte de nouveaux défis et opportunités. Les banques centrales doivent :
  - préserver la confiance du public dans les monnaies fiduciaires;
  - rester ouvertes aux idées nouvelles et attentives aux évolutions économiques;
  - utiliser la technologie pour rendre les unités de compte plus stables que les crypto-actifs;
  - faire de la monnaie centrale un moyen d’échange attractif dans l’économie numérique.

*Article de Dong He, directeur adjoint du département des marchés monétaires et de capitaux du FMI. Cet article s’inspire de la note de discussion n°16/03 des services du FMI publiée en janvier 2016, « Virtual Currencies and Beyond: Initial Considerations ». Bibliographie citée dans le texte.*

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