## La r-évolution numérique

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### Nature et portée de la révolution numérique
- Technologies à usage général: capables de se transformer en permanence, de se ramifier progressivement et d’augmenter la productivité dans tous les secteurs et toutes les branches.
- Révolutions comparables: la machine à vapeur, le générateur électrique et l’imprimerie; retombées à long terme immenses.
- Exemples concrets de mutation sectorielle: grande distribution, édition, transport par camion, banque.
- Innovations numériques intégrées aux services financiers: Alibaba possède déjà une banque et utilise des données clients pour proposer de petits crédits; Amazon.com suit cette trajectoire.

### Adoption, adaptation et délais
- Les technologies de rupture doivent d’abord être très largement adoptées avant que la société ne s’y adapte.
- Phases historiques citées:
  - James Watt a présenté un moteur relativement performant en 1774; première locomotive à vapeur commercialement rentable en 1812; accélération de la production britannique par habitant en 1830.
  - Le premier ordinateur personnel date d’environ quarante ans.
- Effet sur la productivité: accroissement perceptible seulement après un certain laps de temps en raison des ressources consacrées à l’innovation et à la réorganisation avant la réalisation des bénéfices.
- Diffusion mondiale plus rapide que pour la vapeur ou l’électricité: composantes de la révolution numérique (ordinateurs, Internet, intelligence artificielle, mégadonnées) largement disponibles; pays moins développés en pointe sur des usages (paiements mobiles: Kenya; numérisation des titres fonciers: Inde; commerce en ligne: Chine).
- Risque de nivellement concurrentiel par le bas entre pays.

### Impacts sur l’emploi et compétences
- Estimations citées:
  - Jusqu’à un tiers de la main-d’œuvre américaine pourrait voir son travail transformé.
  - Soit environ 50 millions de personnes.
  - Environ la moitié de toutes les activités rémunérées pourraient être automatisées avec la robotique et les technologies d’apprentissage artificiel existantes.
  - Plus de 4 milliards de personnes ont accès à un portable puissant (comparable en puissance de calcul aux systèmes utilisés pour envoyer des hommes sur la Lune).
- Exemples de tâches automatisables: conduite de taxis; détection de signes de cancer (radiologues).
- Nouveaux types de compétences demandées: ingénierie en ligne; protection de la cybersécurité; accent sur l’empathie et l’originalité.
- Professions moins susceptibles de devenir obsolètes: enseignants de maternelle, ecclésiastiques, artistes.
- Nécessité d’un enseignement et d’une formation axés sur la reconversion professionnelle et l’acquisition de nouvelles compétences pour les travailleurs existants.

### Risques technologiques et défis réglementaires
- Cryptomonnaies anonymes (ex.: bitcoin):
  - Problématiques pour la lutte contre le blanchiment de capitaux et autres activités illicites.
  - Utilisables pour le commerce de drogues, d’armes à feu, d’outils de piratage ou de produits chimiques toxiques.
- Technologie des chaînes de blocs: potentielle révolution de la finance en rendant les transactions plus rapides et plus sûres.
- Informatique quantique: pourrait faciliter des calculs inaccessibles aux ordinateurs traditionnels et rendre obsolètes certaines normes de cryptologie, avec implications pour la confidentialité et les communications.
- Cybersécurité: importance croissante car la quasi-totalité des services publics essentiels et des informations privées sont désormais en ligne.
- Fiscalité et immatériels: nature et localisation floues des actifs immatériels compliquent l’imposition des entreprises numériques.
- Surveillance des transactions: difficultés accrues pour les systèmes de surveillance des établissements financiers face à la multiplication des paiements entre particuliers.
- Concurrence et concentration:
  - Risque que les nouvelles techniques deviennent l’apanage d’une poignée d’entreprises.
  - Oxfam International : huit individus détenaient plus d’actifs que les 3,6 milliards de personnes les plus pauvres.
  - Politique de concurrence plus difficile quand la concurrence potentielle vient de petites entités innovantes susceptibles de croître rapidement.

### Politiques recommandées et coopération internationale
- Principe général: accepter et améliorer la révolution numérique plutôt que l’ignorer ou la contrer; formuler des politiques judicieuses pendant les périodes de mutation technologique.
- Domaines d’action prioritaires:
  - Éducation et formation: adapter écoles et universités pour préparer les générations futures; accent sur le recyclage professionnel pour les travailleurs dont les compétences se dévalorisent.
  - Protection sociale et définition du statut: reconsidérer le sens d’être travailleur indépendant dans l’économie des petits boulots (« ubérisée »).
  - Concurrence: veiller à ce que les nouvelles techniques ne soient pas captées par une poignée d’entreprises; prévenir l’absorption des innovateurs par des acteurs établis.
  - Régulation des données personnelles et collaboration transfrontalière: réglementer le traitement des données personnelles et les actifs immatériels, difficile à superviser par des approches strictement nationales.
  - Fiscalité internationale: adapter la fiscalité aux caractéristiques des entreprises numériques et aux actifs immatériels.
  - Cybersécurité et intégrité financière: garantir l’intégrité financière et la protection des consommateurs tout en soutenant l’efficience et l’innovation.
- Rôle des organisations internationales:
  - Banque mondiale et Fonds monétaire international comme forums pour réfléchir aux défis, proposer des politiques efficaces et dessiner des stratégies.
  - Nécessité d’une coopération comparable à celle existant sur les marchés financiers et dans les transports maritime et aérien.
- Objectifs finaux: minimiser les perturbations à court terme, maximiser les bénéfices à long terme, maîtriser les technologies pour améliorer le bien‑être sans étouffer l’énergie et l’enthousiasme de l’ère numérique.

*Martin Mühleisen, directeur du département de la stratégie, des politiques et de l’évaluation du FMI.*

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