## Avec de bonnes politiques économiques, les pays peuvent poursuivre les deux objectifs

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### Contexte et argument central
- L’économie mondiale connaît "sa plus large expansion synchronisée depuis 2010", avec d’autres avancées prévues pour "cette année et la suivante".
- Argument principal : les politiques de stimulation de l’offre restent importantes pour la croissance soutenue, mais il est dangereux de négliger la répartition des revenus; il faut adopter un point de vue "macrodistributif" qui vise à la fois la taille du gâteau et sa répartition.
- Raison : la croissance est "généralement plus fragile et moins résiliente quand elle n’est pas inclusive et privilégie les mieux nantis", ce qui peut accroître le risque d’une "exclusion séculaire" parallèle au risque de "stagnation séculaire".

### Coûts de l’inégalité — preuves et mécanismes
- Observations empiriques et analyses citées :
  - Des travaux antérieurs montrent que "la confiance des décideurs économiques" dans la seule stimulation de l’offre est un "pari dangereux".
  - Des études indiquent qu’un "ralentissement économique important était plus probable dans les pays où régnait une inégalité forte ou croissante pendant les années et décennies précédant la crise (Berg et Ostry, 2017)".
- Mécanismes par lesquels l’inégalité fragilise la croissance :
  - Sociétés inégalitaires peuvent attacher moins d’importance aux politiques de redressement après un choc négatif.
  - Inégalités réduisent l’accès égalitaire à l’éducation, aux soins de santé, à une alimentation nutritive, aux marchés du crédit et au processus politique, diminuant la résilience globale.
  - Si la médiane des revenus stagne et la polarisation s’intensifie, risque d’un "cycle vicieux entre la stagnation et l’exclusion séculaires" car les ménages en bas de la distribution ne peuvent soutenir la demande.

### Implications pratiques pour la conception des politiques
- Le point de vue macrodistributif modifie les conseils de politique économique : évaluer l’impact des instruments non seulement sur la croissance mais aussi sur la répartition.
- Intérêt politique et efficacité des réformes :
  - Les réformes produisent inévitablement des gagnants et des perdants; l’opposition des perdants peut contrecarrer la mise en œuvre des réformes (citation : Jean-Claude Juncker).
  - La mondialisation peut accroître la taille du gâteau mais aussi l’inégalité; il faut concevoir la mondialisation et les réformes de manière à partager les gains de façon plus équitable pour préserver la légitimité politique des politiques pro‑croissance.
- Redistribuer "a posteriori" est possible (impôts et transferts), mais l’histoire montre que les gouvernements ont souvent "quelque difficulté à entreprendre concrètement une répartition nécessaire"; il est donc préférable d’anticiper les effets de répartition dès la conception des politiques.

### Résultats empiriques sur réformes et mondialisation
- Travaux empiriques récents montrent que certaines réformes structurelles présentent des compromis entre croissance et équité :
  - Exemple : "l’ouverture de l’économie aux flux de capitaux transfrontaliers tend à augmenter la croissance ainsi que l’inégalité".
- Conclusion : ne pas démanteler les réformes du fait d’effets de répartition, mais utiliser ces connaissances pour "améliorer la conception initiale des programmes de réforme" afin d’équilibrer gagnants et perdants (p.ex. inclusion et bonne régulation du secteur financier intérieur pour partager les avantages de la libéralisation financière externe).

### Priorités urgentes et recommandations de politique
- Politiques d’emploi et formation :
  - Fournir un soutien financier aux travailleurs déplacés par les changements technologiques ou le commerce international.
  - Offrir des incitations et des possibilités d’apprentissage de nouvelles techniques.
- Politique budgétaire et fiscalité :
  - Promouvoir une réglementation "qui n’est pas biaisée en faveur des riches".
  - Mesures possibles : "une imposition plus élevée des loyers et des propriétés", efforts coopératifs pour minimiser "l’évasion fiscale par les entreprises, l’évitement fiscal par délocalisation et le recours aux abris fiscaux".
- Régulation des marchés financiers et gouvernance :
  - Renforcer la réglementation pour prévenir "les délits d’initiés et le blanchiment d’argent", éviter "la concurrence déloyale et le capitalisme de connivence" dans l’industrie, les services ou les médias.
- Orientation générale :
  - Privilégier des mesures préventives plutôt que compter principalement sur des corrections a posteriori.
  - Objectif : une "mondialisation inclusive" qui n’est pas synonyme d’une "mondialisation débridée".

*Jonathan D. Ostry, Finances & Développement, Juin 2018.*

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