## SORTIR DU GOUFFRE DE LA DETTE

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### Contexte et enjeu
- La dette nationale des pays avancés reste proche de son niveau record depuis la Seconde Guerre mondiale : 104 % du PIB en moyenne.
- Ratios spécifiques :
  - Japon : 240 %
  - Grèce : approche 185 %
  - Italie et Portugal : dépasse 120 % du PIB
- Risque : si rien n’est fait pour réduire les dépenses ou accroître les recettes, la hausse future des taux d’intérêt augmentera le service de la dette et réduira les marges pour les services publics et l’investissement.

### Méthodologie et données
- Période couverte : 1981 à 2014.
- Échantillon : 16 des 35 pays membres de l’OCDE (incluant Canada, États-Unis, Japon et la plupart des pays d’Europe, hors anciens pays communistes).
- Observations : près de 3.500 changements de politiques visant à résorber le déficit (hausse d’impôts ou réduction des dépenses).
- Exclusions et limites :
  - Mesures de stabilisation de la production exclues.
  - Analyse ciblée sur pays développés, court terme.
  - Ne traite pas des politiques expansionnistes (réductions d’impôts ou hausses de dépenses) ni des enjeux démographiques à long terme.

### Principaux résultats empiriques
- Durée typique des programmes : pluriannuels, en général trois à quatre ans.
- Effets moyens selon le type d’ajustement :
  - Plans axés sur les dépenses :
    - Réductions de dépenses équivalant à 1 % du PIB entraînent un recul d’environ un demi-point de pourcentage par rapport à la croissance moyenne du PIB d’un pays.
    - Ce repli dure en général moins de deux ans.
    - Si instaurés en période de croissance, les coûts en termes de production sont en moyenne nuls.
    - Certains épisodes donnent lieu à une “austérité expansionniste” (croissance plus rapide que sans ajustement).
  - Plans axés sur les impôts :
    - Hausses d’impôts représentant 1 % du PIB suivies, en moyenne, d’un recul du PIB de 2 % par rapport à la trajectoire pré-austérité.
    - Cet effet récessif est durable et tend à persister plusieurs années.
- Types de dépenses :
  - Réductions des prestations sociales et autres transferts sont moins néfastes à la croissance que les hausses d’impôts.
  - Ces réductions s’accompagnent de légères contractions économiques de courte durée, probablement parce qu’elles sont perçues comme permanentes.
- Composantes macroéconomiques affectées :
  - Investissement privé : réagit positivement aux plans axés sur les dépenses et négativement aux plans axés sur les impôts.
  - Confiance des entreprises : renforcée immédiatement lors d’un plan basé sur des réductions de dépenses, pas lors d’un plan basé sur des hausses d’impôts.
  - Consommation des ménages et exportations nettes : ne semblent pas, en moyenne, montrer de différences systématiques entre les deux types d’ajustement.

### Cas récents après la crise financière mondiale
- Pays ayant opté pour l’austérité par réduction des dépenses et résultats notables :
  - Irlande et Royaume-Uni (après-crise) ont obtenu de meilleurs résultats que d’autres pays de l’échantillon.
- Exemple Royaume-Uni (2010–2014) :
  - Compression des dépenses entre 2010 et 2014 : 2,9 % du PIB (soit près de 0,6 % par an en moyenne).
  - Mise en œuvre : 87 % des mesures mises en œuvre dans ces cinq ans, autres différées.
  - Investissement : recul de 21 % en 2009, puis redressement à un rythme de près de 6 % en 2010.

### Mécanismes explicatifs
- Politique monétaire :
  - D’autres études suggèrent que les réponses de la politique monétaire jouent un rôle, mais les auteurs constatent que la différence de résultats n’est que très peu liée à la politique monétaire.
- Taux de change :
  - Aucun schéma systématique de dévaluation menant à de meilleurs résultats n’est observé.
- Réformes structurelles :
  - Les réformes des marchés des produits ou du travail ne sont pas systématiquement corrélées aux périodes de réductions de dépenses.
- Rôle de la confiance et des attentes :
  - La stabilisation budgétaire réduit l’incertitude et peut stimuler la demande, particulièrement l’investissement.
  - Les plans basés sur des hausses d’impôts sont moins susceptibles de dissiper les incertitudes si les hausses n’attaquent pas également les augmentations automatiques des dépenses.
  - Les plans basés sur des réductions de dépenses envoient un signal plus crédible de stabilisation future, renforçant la confiance des entreprises.
- Persistence et distorsions :
  - Programmes de hausses d’impôts prolongés entraînent des effets durables délétères (offre de travail, investissement) à cause de distorsions.
  - Réductions de dépenses durables suggèrent qu’il sera possible de diminuer les impôts et les distorsions à terme, limitant le coût sur la production.

### Implications de politique et conclusion
- La réduction du ratio dette/PIB dépend fortement de la manière dont le déficit est corrigé.
- Si l’ajustement est obtenu principalement par des hausses d’impôts, le ralentissement de la croissance peut être suffisant pour augmenter plutôt que diminuer le ratio dette/PIB.
- Les politiques de résorption du déficit fondées sur des baisses de dépenses n’ont en général pratiquement pas d’incidence sur la production et sont donc une valeur sûre pour assurer une diminution du ratio dette/PIB.
- Les réductions ciblées (notamment des prestations sociales et transferts perçus comme permanents) et la crédibilité des mesures jouent un rôle clé pour limiter l’impact récessif et stimuler l’investissement privé.

*Source: Alberto Alesina, Carlo A. Favero et Francesco Giavazzi, Mars 2018, FINANCES & DÉVELOPPEMENT.*

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