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### Redistribution classique des revenus
- L’imposition et les transferts vers les segments les plus défavorisés sont le moyen le plus direct de maîtriser l’inégalité et de réduire la pauvreté à court terme.
- Dans les pays en développement, les impôts sur le revenu et les transferts monétaires en faveur des pauvres sont en moyenne dix fois plus faibles, en proportion du PIB, que dans les pays avancés.
- Les programmes monétaires conditionnels (ex. Prospera/Progresa, Bolsa Família) ont montré qu’il est possible d’effectuer des transferts efficaces en faveur des pauvres; ces expériences ont été reproduites dans d’autres régions et testées par des pilotes en Afrique subsaharienne.
- Limites actuelles :
  - Ampleur trop faible des programmes conditionnels : environ 0,5 % du PIB dans la plupart des pays à revenu intermédiaire.
  - Dans les pays pauvres, ces programmes en sont encore au stade de pilote.
- Recommandations pour accroître l’impact :
  - Relever et optimiser l’impôt sur le revenu appliqué à la tranche supérieure pour financer l’extension des transferts.
  - Utiliser la large adoption des comptes en banque et des cartes de crédit/débit par les hauts revenus pour faciliter le contrôle des revenus et réduire la fraude fiscale.
  - Mettre davantage l’accent sur l’imposition directe plutôt que sur la fiscalité indirecte.
- Observations sur la fiscalité indirecte :
  - Les impôts indirects sont considérés comme régressifs; ils s’appliquent à la consommation et peuvent accentuer la pauvreté selon la structure des taux et le panier de consommation (Higgins et Lustig, 2016).
  - L’abaissement des taxes sur la nourriture ou les aides à l’achat de produits de base (pain, carburant) est peu efficace pour la redistribution; les transferts de revenus ciblés sont préférables et coûtent moins cher, comme le démontrent des pilotes indiens remplaçant les subventions alimentaires par des « transferts sociaux directs » (Muralidharan, Niehaus et Sukhtankar, 2017).
- Contraintes politiques et administratives :
  - Obstacles politiques à la redistribution et limites de la capacité administrative des pays en développement.
  - Les progrès des technologies de l’information devraient améliorer la capacité administrative et le ciblage.

### Développement des opportunités
- La redistribution bien conçue réduit la pauvreté mais n’aura pas d’effet majeur sur la croissance, sauf en atténuant les tensions sociales et en permettant aux pauvres d’accumuler des actifs.
- Importance d’investir directement dans les opportunités pour les pauvres : enseignement, formation, santé, microcrédit, eau, énergie, transports.
- Rôle des transferts monétaires conditionnels :
  - Ils incitent les familles à envoyer leurs enfants à l’école, améliorer leur nutrition et surveiller leur santé.
  - Ces nouvelles demandes exigent la mise à disposition et le financement des infrastructures correspondantes.
- Programmes d’emploi public (ex. Mahatma Gandhi National Rural Employment Guarantee) fournissent une assistance sociale essentielle pour prévenir les chutes dans la pauvreté en cas de chocs.
- Financer ces investissements par une imposition progressive, combinée à des incitations vers des transferts monétaires ciblés, réduit l’inégalité et aide à générer davantage de revenus à moyen et long termes.
- Effets sur les incitations économiques :
  - Vu l’ampleur limitée de la redistribution dans les pays en développement, il est peu probable qu’elle affecte fortement les incitations à travailler, épargner et entreprendre.
  - Il est possible d’instaurer une progressivité substantielle avec des taux marginaux d’imposition bien inférieurs à ceux des pays développés (Lindert, 2004).
  - Le remplacement de taxes/subventions distorsives par des transferts de revenus devrait améliorer l’efficacité.
  - Les transferts monétaires conditionnels semblent ne pas affecter négativement l’offre de main-d’œuvre; ils peuvent même encourager l’entrepreneuriat (Bianchi et Boba, 2013).

### Politiques complémentaires sans redistribution directe
- Salaires minimums :
  - Bien que controversés, les lois sur les salaires minimums peuvent lisser la distribution des revenus et, dans les pays en développement, accroître la productivité en améliorant la condition physique des travailleurs (théorie du salaire d’efficience).
  - La diminution de l’inégalité au Brésil au début du siècle a été partiellement attribuée à un relèvement significatif du salaire minimum (Komatsu et Filho, 2016).
- Lois anti-discrimination :
  - Favorisent l’égalité et stimulent la croissance en améliorant les incitations au travail et à la formation pour les minorités.
- Stratégies anticorruption :
  - En réduisant la recherche de rente, elles constituent probablement d’excellents outils pour favoriser la croissance et l’égalité des revenus, même si l’inégalité liée à la corruption reste difficile à mesurer.

### Choix politiques et arbitrage temporel
- Les gouvernements disposent d’un éventail de politiques pour stimuler la croissance, réduire l’inégalité et faire en sorte que la croissance réduise la pauvreté.
- Arbitrage entre objectifs :
  - Les politiques axées strictement sur la redistribution du revenu ont un effet immédiat sur la pauvreté et atténuent les tensions sociales, mais ont moins d’impact sur la croissance future.
  - Les politiques élargissant les opportunités pour les pauvres agissent moins sur l’inégalité aujourd’hui mais favorisent demain une accélération de la croissance, une diminution de la pauvreté et une amélioration de l’égalité.
- Le choix du « dosage politique » est délicat : il fera nécessairement des perdants à court terme, et certains auront des difficultés à s’en relever.
- Avertissement final : des instruments efficaces existent aujourd’hui et peuvent bénéficier à tous à long terme par une accélération de la croissance, une réduction plus rapide de la pauvreté et une diminution de l’inégalité; ne pas les utiliser serait une grave erreur.

*François Bourguignon, professeur émérite à l’École d’économie de Paris; ancien économiste en chef de la Banque mondiale (2003–2007).*

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