## Pour les Caraïbes, renforcer la résilience est une question de survie

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### Forte vulnérabilité
- Les pays des Caraïbes figurent parmi les 25 nations les plus vulnérables aux catastrophes en termes de nombre d’habitants ou de superficie.
- Irma et Maria, ouragans de catégorie 5, ont dévasté la région en septembre 2017.
- Depuis 1950 :
  - 511 catastrophes dans le monde ont frappé des petits États (population inférieure à 1,5 million d’habitants).
  - 324 de ces catastrophes ont ébranlé les Caraïbes.
  - Bilan : 250.000 morts et plus de 24 millions de blessés ou de personnes privées d’un toit ou de leurs moyens de subsistance.
- Comparaisons de vulnérabilité et d’impact :
  - Ratio dommages–PIB moyen : 4,5 fois plus élevé pour les petits États que pour les plus grands.
  - Pour les pays des Caraïbes, ce ratio est six fois plus important que pour les plus grands.
  - Les pays de la région sont sept fois plus susceptibles d’être frappés par une catastrophe naturelle que de plus grands pays, et deux fois plus susceptibles que d’autres petits pays.

### Coûts économiques et impacts durables
- Coût économique des catastrophes pour les Caraïbes : a dépassé 22 milliards de dollars (en dollars constants de 2009) entre 1950 et 2016.
- Coût comparable dans le reste du monde : 58 milliards de dollars pour des catastrophes du même ordre.
- Exemples de dommages relatifs au PIB :
  - Ouragan Maria : coût estimé pour la Dominique = 225 % du PIB.
  - Ouragan ayant ravagé la Grenade en 2004 : coût = 200 % du PIB.
- Effets macroéconomiques observés après catastrophes (analyse de douze pays des Caraïbes ayant enregistré les coûts des dommages les plus élevés par rapport au PIB depuis 1950) :
  - Ralentissement de la croissance l’année de la catastrophe, reprise l’année suivante.
  - Déficits budgétaires creusés dans 7 des 12 pays.
  - Détérioration des comptes des transactions courantes.
  - Ratios dette–PIB en forte augmentation, la dette pouvant continuer d’augmenter et couper court aux efforts pour maintenir une forte croissance.

### Mesures de prévention et d’atténuation recommandées
- Mesures générales à prioriser :
  - Évaluer la probabilité et l’impact potentiel des risques de catastrophes et d’événements climatiques.
  - Intégrer explicitement ces aléas dans les cadres de politique générale et élaborer des plans d’adaptation au risque.
  - Lancer des campagnes d’information et de sensibilisation.
  - Mettre en place des systèmes d’alerte précoce.
  - Investir en infrastructures résilientes aux catastrophes.
  - Imposer des règles d’aménagement du territoire et de zonage pour limiter le déboisement et la vulnérabilité des zones côtières.
  - Appliquer des normes appropriées de construction.
- Instruments financiers et de partage du risque :
  - Autoassurance :
    - Constituer des marges de manœuvre budgétaires et des réserves lors d’années sans catastrophe.
    - Utiliser des règles budgétaires pour maintenir la discipline nécessaire.
  - Outils d’assurance et de couverture :
    - Mutualiser le risque public/privé pour catastrophes modérées.
    - Développer et approfondir les marchés financiers, élargir le marché de l’assurance, assurer l’accès au financement de projets d’infrastructures résilientes.
  - Instruments novateurs de partage du risque :
    - Assurance paramétrique : indemnisation basée sur la nature de la catastrophe, sans expertise sur place, permettant une aide rapide.
    - Mutualisation du risque entre pays pour réduire les primes.
    - Obligations catastrophes : transfèrent le risque aux marchés en échange de versements réguliers (coupons) et possibilité de renoncer au remboursement du principal en cas de grave catastrophe.
  - Lignes de crédit conditionnelles :
    - Financement pré-positionné auprès de créanciers bilatéraux, multilatéraux et commerciaux réduisant l’incertitude de financement.
    - Option de tirage différé pour les risques liés aux catastrophes (Banque mondiale) : ligne de crédit accessible après déclaration de l’état d’urgence, utilisée par plusieurs pays d’Amérique latine mais pas encore par des pays des Caraïbes, notamment en raison du coût et des stigmates associés.

### Obstacles à la préparation et limites actuelles
- Raisons du sous-investissement dans la prévention et la réduction des risques :
  - Accès limité aux fonds de préparation en raison de la complexité des critères d’admissibilité et de décaissement, de lacunes d’informations et de l’absence de plans cohérents d’accès.
  - Étendue de la garantie faible en raison du coût élevé, du manque de développement des marchés financiers, de la faible concurrence, ou de l’absence de couverture de certains types de catastrophe.
  - Exemple récent : au Belize et à la Grenade, l’assurance n’a couvert que 4,5 % du total des préjudices subis.
  - Les pays ne peuvent souvent pas se permettre de payer une couverture d’assurance plus élevée, même s’ils adhèrent à des fonds régionaux.
  - Marché des obligations catastrophes limité et peu développé, trop onéreux pour un seul pays.
  - Plafonds des guichets de financement internationaux généralement faibles par rapport aux préjudices subis.
  - De nombreux pays des Caraïbes ayant atteint un statut de pays à revenu intermédiaire ou à haut revenu ne répondent plus aux critères d’admissibilité au financement à taux d’intérêt concessionnels.

### Rôle de la communauté internationale et recommandations de politique
- Actions possibles de la communauté internationale :
  - Aider à renforcer les capacités de gestion du risque : élaboration de systèmes d’évaluation des risques climatiques et de catastrophe, instauration de marchés abordables d’assurance et de couverture, amélioration de l’accès au financement pour la préparation, renforcement et diversification des économies.
- Renforcement des instruments régionaux et incitations :
  - Renforcer le Fonds caraïbe d’assurance contre les risques de catastrophe pour élargir son assise financière, accroître le nombre de membres et abaisser les primes d’assurance afin d’élargir la couverture.
  - Utiliser l’instrument pour réduire les primes d’assurance pour les pays qui déploient des efforts concertés de prévention avant la survenue d’une catastrophe.
- Principes pour le financement des catastrophes :
  - Le financement doit aider à réduire la vulnérabilité et renforcer la résilience, tout en récompensant les efforts de prévention et de réduction du risque.
  - Concevoir des mécanismes de financement innovants qui apportent des bienfaits à court et à long terme sans exacerber le cercle vicieux de fort endettement et faible croissance.

*İnci Ötker et Krishna Srinivasan*

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