## RÉDUIRE LES INÉGALITÉS ENTRE LES SEXES

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### Constats et enjeux
- Les femmes représentent presque la moitié de la population mondiale en âge de travailler, qui se chiffre à près de 5 milliards de personnes.
- Taux d’activité : environ 50 % des femmes sont actives, contre 80 % des hommes.
- Les femmes rémunérées représentent, surtout dans les pays en développement, une proportion disproportionnée des travailleurs du secteur informel (moins réglementé, risques de moindre paye et de perte d’emploi plus élevés).
- À travail et niveau d’études équivalents, les femmes gagnent moins que leurs homologues masculins.
- Carrières plus courtes pour les femmes → retraites moins élevées → risque accru de pauvreté à un âge avancé.
- Les femmes assument une part plus importante du travail non rémunéré au sein de la famille (soins aux enfants, tâches domestiques), limitant l’accès à l’emploi rémunéré.
- À poste équivalent, rares sont les femmes aux postes de direction ou qui créent leur entreprise.

### Effets macroéconomiques de l’inclusion féminine
- Des études antérieures estimaient des pertes économiques résultant de la marginalisation des femmes allant de 10 % du PIB dans les pays avancés jusqu’à plus de 30 % en Asie du Sud ainsi qu’au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.
- Nouvelle estimation (Ostry et al., 2018) : dans les pays où l’écart de taux d’activité est le plus marqué, le comblement de cet écart fait progresser le PIB d’en moyenne 35 %.
  - Ce gain résulte pour quatre cinquièmes de l’augmentation numérique et, pour un bon cinquième, de la stimulation de la productivité liée à une plus grande mixité.
- La participation croissante des femmes augmente considérablement le bien-être économique :
  - Le gain de bien-être est de plus de 20 % en Asie du Sud et dans la région du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord.
- Les compétences féminines rehaussent la productivité et profitent aussi aux hommes par des répercussions positives sur l’ensemble des salaires.
- Mixité dans les conseils d’administration liée à de meilleures performances et à une plus grande stabilité financière (Sahay et Čihák, 2018).

### Risques liés à l’automatisation et aux mutations technologiques
- Numérisation, intelligence artificielle et apprentissage automatique évinceraient les tâches routinières et répétitives au profit d’emplois exigeant des compétences managériales et cognitives.
- Les tâches répétitives sont plus souvent effectuées par des femmes que par des hommes, tous secteurs et métiers confondus (avec d’importantes disparités internationales).
- Groupes les plus exposés au risque de perte d’emploi : femmes peu qualifiées, femmes âgées de 40 ans ou plus, postes administratifs subalternes, emplois dans la vente.
- Sous‑représentation féminine chez les cadres (postes moins susceptibles de disparaître).
- Statistiques sectorielles :
  - À l’échelle mondiale, les femmes occupent moins de 20 % des postes d’administrateurs dans les banques et les autorités de contrôle bancaire (Sahay et Čihák, 2018).
  - Les femmes représentent moins de 2 % des directeurs généraux dans le secteur bancaire.
  - Dans le secteur des technologies : les femmes ont 15 % de chances de moins que les hommes d’être cadres ou hautement qualifiées et 19 % de chances de plus d’occuper un emploi administratif ou de service.
- Estimations d’exposition au risque d’automatisation :
  - 26 millions d’emplois féminins dans 30 pays (28 pays membres de l’OCDE plus Chypre et Singapour) ont plus de 70 % de risques de disparaître d’ici une vingtaine d’années.
  - Sur le plan mondial, 180 millions d’emplois féminins seraient menacés.
  - Bien qu’un plus grand nombre d’hommes que de femmes risquent de perdre leur emploi en valeur absolue, les emplois féminins perdus sont proportionnellement plus nombreux.

### Politiques recommandées (trois axes principaux)
1. Augmenter les taux d’activité féminine
   - Mesures institutionnelles, juridiques, réglementaires et budgétaires visant à favoriser l’égalité des chances et supprimer les obstacles.
   - Mesures/infrastructures pour concilier vie professionnelle et vie familiale.
   - Recommandations pour pays émergents et en développement :
     - Investir dans l’infrastructure :
       - Exemple : dans les zones rurales d’Afrique du Sud, le taux de participation des femmes a augmenté de 9 % avec l’électrification.
       - Exemple : en Inde, la construction d’équipements sanitaires adaptés a atténué les différences de niveaux d’études et de participation au marché du travail entre hommes et femmes.
       - Exemple : au Mexique, des bus publics réservés aux femmes pour circuler en sécurité.
     - Soutenir l’entrepreneuriat féminin en améliorant l’accès aux financements :
       - Les femmes doivent souvent apporter des garanties plus importantes, emprunter à plus court terme et moyennant un coût plus élevé.
       - Initiatives : programme de financement en faveur des entrepreneures en Malaisie; comptes de dépôt simplifiés au Chili ayant contribué à réduire les écarts de taux d’intérêt entre emprunteurs et emprunteuses.
     - Promouvoir l’égalité des droits (succession, droits de propriété) :
       - Exemples : Malawi, Namibie et Pérou ont révisé leur cadre juridique; une décennie plus tard, les taux d’activité féminine avaient sensiblement augmenté dans ces trois pays.
   - Recommandations pour pays avancés :
     - Améliorer la parité pour les congés de maternité et de paternité :
       - Exemple : en Suède, cela a permis une reprise du travail plus rapide chez les mères et une évolution des normes en matière de parentalité.
     - Promouvoir l’accès à un système de garde d’enfants abordable et de qualité :
       - Exemple : au Japon, élévation des prestations du congé parental de 50 % à 67 % du salaire.
       - Estimation : diviser par deux le coût de la garde d’enfants pourrait se traduire par une hausse de 10 % du taux d’activité des jeunes mères.
     - Politiques fiscales ciblées :
       - Les femmes réagissent plus que les hommes aux politiques substituant une imposition individuelle à une imposition familiale (exemples : Canada, Italie, Suède).
       - Allégements fiscaux pour les familles modestes (exemples : crédit d’impôt sur les revenus du travail aux États-Unis; combinaison de crédits d’impôt et de transferts en Allemagne, Belgique et Royaume‑Uni) ont un effet positif sur les taux d’emploi des femmes.

2. Permettre aux femmes d’acquérir les bonnes compétences et de s’émanciper au travail
   - Investissements dans l’éducation et la santé respectant l’égalité entre les sexes pour garantir l’accès à des emplois de qualité.
   - Exemple chiffré : en Inde, le taux d’activité féminine grimperait de 2 points si les États de la fédération augmentaient leurs dépenses d’éducation de 1 % du PIB.
   - Acquisition de qualifications à un stade précoce comme meilleure parade contre les pertes d’emplois liées à l’évolution technologique.
   - Instruments facilitant l’apprentissage tout au long de la vie : frais de formation déductibles des impôts (Pays‑Bas), portabilité des comptes personnels de formation (France).
   - Subventionner les formations privées directement ou via les charges salariales.
   - Améliorer les chances d’accéder aux postes de direction : objectifs de recrutement et de maintien dans l’emploi, quotas de promotion (exemple : Norvège), programmes de parrainage et de formation.
   - Réduire la fracture numérique entre les sexes :
     - 60 % de la population mondiale n’ont toujours pas accès à Internet (majorité femmes de pays émergents ou en développement).
     - Différence de 250 millions entre internautes hommes et femmes.
     - Exemple de politique globale : démarche finlandaise (accès universel au haut débit, éducation numérique pour tous et accès en ligne aux services économiques et gouvernementaux).

3. Faciliter la transition pour les travailleurs déplacés
   - Soutenir les travailleurs et les travailleuses déplacés par des politiques visant à perfectionner les compétences, permettre aux travailleurs de trouver un emploi et promouvoir les créations d’emplois.
   - Adapter les systèmes de protection sociale à des formes de travail plus souples (par exemple télétravail).
   - Pour remédier à l’insécurité croissante des revenus liée aux mutations technologiques, certains pays avancés pourraient envisager de développer des régimes non contributifs et d’adopter un revenu de base garanti.

### Conclusions clés
- Les femmes et les hommes sont complémentaires au travail ; l’augmentation de l’emploi féminin dope la croissance et les revenus plus qu’une simple hausse des effectifs.
- Les progrès obtenus grâce aux politiques visant à accroître le taux d’activité des femmes et à réduire l’écart salarial pourraient s’évanouir si les femmes sont surreprésentées dans les emplois fortement menacés par l’automatisation.
- L’impératif d’égalité entre les sexes est reconnu et le FMI se déclare résolu à travailler avec d’autres organisations internationales, dirigeants, société civile et secteur privé pour proposer conseils et analyses afin d’éliminer les obstacles à l’égalité femmes–hommes.

*Era Dabla‑Norris et Kalpana Kochhar, FINANCES & DÉVELOPPEMENT, Mars 2019.*

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