## RESTAURER LE POUVOIR DES TRAVAILLEURS

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### Constats généraux
- Les salaires sont restés bas aux États-Unis parce que les travailleurs ont été systématiquement privés de pouvoir par les pratiques des grandes entreprises et les politiques économiques adoptées ou bloquées par le monde des affaires et les riches.
- Ce manque de pouvoir des travailleurs a entraîné une compression des salaires, un creusement des inégalités salariales et une aggravation des disparités raciales.
- Mécanismes identifiés : un chômage excessif, la mondialisation, l’érosion des normes du travail et leur application insuffisante, l’affaiblissement des négociations collectives, et des modifications de la structure des entreprises défavorables aux travailleurs.
- Évolution des revenus sur 40 ans :
  - Revenus des 1 % les plus riches : augmentation de 158 percent.
  - Revenus des 0,1 % les plus riches : augmentation de 341 percent.
  - Productivité globale : augmentation de presque 70 percent.
  - Rémunération horaire du travailleur type : progression de moins de 12 percent.
- Depuis 2000, une érosion régulière de la part du travail dans le revenu est à l’œuvre.

### Politique d’austérité et chômage excessif
- Approche de la Réserve fédérale depuis 1979 : préoccupation excessive pour les risques d’inflation et méconnaissance des avantages du plein emploi, créant un chômage excessif.
- Victimes principales : travailleurs à bas et moyen salaires, principalement les travailleurs noirs.
- Estimation d’impact : si le plein emploi de 5 percent avait été maintenu entre 1979 et 2007, les salaires médians auraient été de 18 à 28 percent plus élevés en 2007 (Bivens et Zipperer, 2018).
- Le chômage excessif explique à lui seul l’augmentation de 9 points de pourcentage de l’écart de salaire entre les travailleurs noirs et les travailleurs blancs enregistrée depuis 1979.
- Politiques budgétaires d’austérité après la Grande Récession ont aggravé la situation.

### Mondialisation aux conditions dictées par le capital
- Flux commerciaux avec nations à bas salaires : réduction probable d’environ 5,6 percent des salaires des travailleurs sans diplôme universitaire de quatre années — soit une perte annualisée de près de 2 000 dollars (Bivens, 2013).
- Les politiques américaines ont amplifié les effets négatifs de la mondialisation : absence de compensation par renforcement du pouvoir de négociation des perdants, échec à corriger les désalignements de monnaies, accords commerciaux protégeant les bénéfices des entreprises mais sapant le pouvoir des travailleurs.
- Conséquence : encouragement des employeurs basés aux États-Unis à substituer des importations à la production nationale.

### Affaiblissement des syndicats
- La négociation collective est une institution clé pour la fixation des salaires moyens ; son érosion a été un facteur majeur de la décélération de la croissance des salaires moyens des hommes.
- Fortin, Lemieux et Lloyd (2019) : l’érosion des syndicats explique entre 29 et 37 percent de l’inégalité salariale entre les hommes, et 37 percent de l’écart croissant entre les salaires élevés et les salaires moyens des hommes.
- Impact sur le salaire médian des hommes : érosion des syndicats a abaissé le salaire médian de 0,33 point de pourcentage chaque année.
- Effet moindre sur les femmes : explique approximativement entre 10 et 13 percent du creusement global de l’écart entre les salaires et 13 percent du creusement de l’écart entre les salaires supérieurs et les salaires moyens.
- Taux de syndicalisation dans le secteur privé : d’environ 23 percent en 1979 à tout juste 7 percent en 2019.
- Demande non satisfaite de négociation collective : en 2017, près de la moitié des travailleurs non syndiqués souhaitaient des négociations collectives — une sous-représentation équivalant à environ 58 millions de travailleurs.

### Affaiblissement des normes du travail et application réduite
- Salaire minimum fédéral en 2019 : inférieur de 25 percent à sa valeur la plus haute de 1968, alors que la productivité a doublé.
- L’érosion du salaire minimum est le principal facteur explicatif de l’évolution de l’écart entre les bas salaires et les salaires moyens.
- Protections en matière d’heures supplémentaires : en 1975 le seuil couvrait près de la moitié des salariés ; en 2014 ils n’étaient plus que 10 percent.
- Vol des salaires :
  - A privé les travailleurs à bas salaire de plus de 50 milliards de dollars en 2016.
  - Représente environ 3 percent du total des salaires des 60 percent de salariés les moins bien payés.
  - Experts estiment que le vol des salaires est aujourd’hui endémique et a pu ponctionner les salaires de 1,5 à 2 percent supplémentaires par rapport à 1979.
- Population active non protégée : environ 6 percent de la population active, y compris travailleurs sans papiers et invités, n’ont pas accès à la protection complète du droit du travail.
- Clauses et pratiques contraignantes :
  - Accords de non-concurrence : restreignent aujourd’hui les perspectives de 28 à 46 percent des travailleurs du secteur privé.
  - Dispositions imposant l’arbitrage : couvraient 56 percent des travailleurs non syndiqués du secteur privé en 2018.
  - Requalification abusive en contractants indépendants (exemples : Lyft, Uber) prive des protections sociales et du droit du travail.

### Structure des entreprises et fissuration
- « Fissuration » du marché du travail : externalisation nationale où entreprises dominantes maintiennent un strict contrôle sur prix et résultats, dégradant salaires et conditions chez les sous-traitants.
- Étendue : entre un cinquième et un tiers de l’économie caractérisée par la fissuration, une part bien plus conséquente qu’il y a 40 ans.
- Jauge approximative d’impact : un transfert de 15 points de pourcentage de l’emploi dans lieux de travail fissurés où les travailleurs gagnent 15 percent de moins impliquerait une baisse globale des salaires de 2,25 percent.
- Pouvoir des acheteurs dominants (Wilmers, 2018) :
  - Part du chiffre d’affaires des fournisseurs non financiers réalisée auprès d’acheteurs dominants : passée de 5 percent en 1979 à 19 percent en 2014 au niveau global, et de 6 percent à 26 percent dans l’industrie manufacturière et la logistique.
  - Estimation : a abaissé de 3,4 points de pourcentage les bénéfices annuels des entreprises publiques non financières.
- Déréglementation sectorielle fin des années 70 : affecté 9 percent de la population active dans les années 80, érodant les emplois à salaire moyen et expliquant le creusement de presque 7 percent de l’écart entre les salaires masculins enregistré entre 1979 et 1988.
- Monopole et concentration des employeurs : font baisser les salaires mais n’ont pas sensiblement comprimé ces derniers globalement ; concentration des employeurs affecte principalement zones rurales et ne semble pas avoir progressé depuis 40 ans.
- Rôle incertain des géants technologiques : bénéfices colossaux des cinq grandes entreprises technologiques représentent un problème de monopole, mais leur rôle dans la compression des salaires est difficile à évaluer et n’a pas été étudié.

### Recommandations de politique publique pour restaurer le pouvoir des travailleurs
- Objectif central : rétablir le pouvoir de négociation du travailleur type, maintenir le chômage à un bas niveau, instaurer et appliquer des normes du travail adéquates.
- Mesures proposées :
  - Maintenir le plein emploi comme priorité macroéconomique.
  - Renforcer les normes du travail et leur application (incluant congé pour raisons familiales, congé maladie).
  - Éliminer les clauses imposant l’arbitrage et les clauses de non-concurrence qui privent les travailleurs de choix.
  - Reconstituer la négociation collective pour augmenter les salaires moyens et réduire les inégalités.
  - Protéger les travailleurs vulnérables, y compris immigrés, contre l’exploitation et garantir l’accès aux protections du droit du travail.
- Argument principal : ces politiques rétabliront l’équité économique, dynamiseront l’engagement civique et la démocratie, et favoriseront la liberté sur le lieu de travail et ailleurs.
- Refus de l’explication dominante : la stagnation salariale n’est pas principalement due à l’automatisation ; la mondialisation aurait pu être gérée autrement ; la croissance excessive du revenu des cadres et du 1 percent supérieur n’est pas le résultat des seules compétences spéciales ou de l’automatisation.

*Source : Lawrence Mishel, “RESTAURER LE POUVOIR DES TRAVAILLEURS”, FINANCES & DÉVELOPPEMENT, Décembre 2020.*

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